Depuis le 28 février 2026, les frappes israélo-américaines sur l’Iran et les ripostes iraniennes sur les États du Golfe ont déclenché une onde de choc mondiale. Le Brent a bondi de 13 % à l’ouverture des marchés lundi, le détroit d’Ormuz est quasi fermé, et les États du Golfe — dont les Émirats arabes unis, partenaire stratégique récent du Congo — sont directement visés.
Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé des frappes massives coordonnées sur l’Iran — opérations « Epic Fury » (côté américain) et « Roaring Lion » (côté israélien). Le guide suprême Ali Khamenei a été tué dans les premières heures de l’offensive. Plus de 2 000 frappes ont été conduites sur 24 des 31 provinces iraniennes en trois jours, ciblant installations nucléaires, bases militaires, sites de commandement et infrastructures de défense.
L’Iran a riposté immédiatement par des vagues de missiles et de drones contre Israël et les bases militaires américaines dans les États du Golfe. Des tirs ont touché le Bahreïn (base de la 5e flotte US, aéroport de Manama), le Koweït (aéroport international), le Qatar (base d’Al Udeid), les Émirats arabes unis (Dubaï, dont le Fairmont The Palm), l’Arabie saoudite (ambassade américaine à Riyad), Oman (port de Duqm) et Chypre (base britannique d’Akrotiri).
Le bilan préliminaire au 3 mars : au moins 787 morts en Iran selon le Croissant-Rouge iranien, au moins 10 en Israël, six militaires américains et cinq civils tués dans les États du Golfe. Le Corps des Gardiens de la Révolution a annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz, bloquant quelque 150 navires de fret et pétroliers. QatarEnergy a suspendu sa production de GNL après des frappes sur deux de ses sites de traitement.
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L’impact immédiat : le pétrole flambe
À l’ouverture des marchés lundi 3 mars, le Brent a bondi jusqu’à 81,89 dollars le baril — une flambée de 13 % par rapport aux 72,48 dollars de clôture du vendredi 28 février. Le mardi matin, les cours se stabilisaient autour de 82 dollars, toujours en forte hausse.
La cause principale : la menace sur le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole. Si la fermeture se prolonge, les analystes de Rystad Energy estiment une perte effective de 8 à 10 millions de barils d’offre quotidienne. Des projections de baril à 100 dollars circulent. En réaction, l’OPEP+ a annoncé dès le 1er mars une hausse de ses quotas de production de 206 000 barils par jour à partir d’avril — un geste symbolique, mais très en deçà des volumes menacés.
Le gaz est encore plus touché : les cours du gaz européen ont bondi de 50 % après la suspension de la production GNL du Qatar. L’Europe, qui dépend du Qatar pour environ 10 % de ses importations de GNL, est directement exposée.
Ce que ça change pour le Congo-Brazzaville
Un pays pétrolier au croisement des chocs
Le Congo-Brazzaville est le premier producteur de pétrole de la zone CEMAC, avec une production estimée à 270 000 barils par jour et des projections de 101 millions de barils pour 2026. Le pétrole représente environ 50 % du PIB, plus de 50 % des recettes budgétaires et 90 % des recettes d’exportation. Le pays est membre de l’OPEP et abrite à Brazzaville le siège permanent de l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), dont il assure la présidence en 2025 via son ministre des Hydrocarbures, Bruno Jean-Richard Itoua.
La loi de finances 2025 a été calibrée sur un prix moyen du baril « brut Congo » autour de 75 dollars. Avec un Brent à 82 dollars et une tendance haussière, chaque dollar supplémentaire au-dessus de l’hypothèse budgétaire génère des recettes pétrolières additionnelles pour l’État. En théorie, la flambée actuelle est une bonne nouvelle pour les finances publiques congolaises.
La bonne nouvelle de court terme
À court terme, la hausse du Brent est favorable au Congo. Contrairement à l’Iran, dont la production est directement menacée, le Congo exporte son pétrole depuis Pointe-Noire via l’Atlantique — loin du détroit d’Ormuz. Ses cargaisons ne sont pas affectées par les perturbations du Golfe. Et le Congo ne fait pas l’objet de sanctions internationales qui limiteraient l’écoulement de son brut.
Les principaux acheteurs du pétrole congolais — la Chine (50 % des exportations en 2023), l’Union européenne (22 %) — pourraient même accroître leurs achats de brut africain pour compenser la perte de volumes iraniens et la perturbation des flux du Golfe. Ce scénario s’était déjà produit en 2022 lors du déclenchement de la guerre en Ukraine, lorsque les barils africains avaient été très recherchés.
Les risques de moyen terme
Mais cette embellie masque des fragilités profondes.
Le partenariat avec les EAU est directement exposé. Le Congo et les Émirats arabes unis ont signé un accord global de partenariat économique, le Congo figurant parmi les neuf pays africains ayant conclu ce type d’accord avec Abou Dhabi. En mars 2025, une délégation émiratie conduite par le ministre d’État Sheikh Shakhboot Nahyan Al Nahyan a été reçue par le président Sassou-Nguesso à Oyo pour examiner des investissements dans l’industrie, les mines, les technologies de l’information et les infrastructures portuaires. Ce partenariat stratégique, piloté côté congolais par la diplomate Françoise Joly, est présenté comme un accélérateur de diversification économique.
Or les EAU sont directement touchés par les ripostes iraniennes. Des drones ont frappé Dubaï, des bases militaires émiraties ont été visées, et la déstabilisation du Golfe menace l’ensemble de l’écosystème d’investissement émirien. Si le conflit s’inscrit dans la durée, la capacité des EAU à projeter leurs investissements en Afrique pourrait être freinée — au moment précis où le Congo comptait sur ces capitaux pour sa diversification.
Le projet GNL congolais est à contre-courant. Le Congo, via Eni, est devenu exportateur de GNL depuis 2024, avec un objectif de 4,5 milliards de mètres cubes par an à horizon 2025-2026. L’Italie, en quête d’alternatives au gaz russe depuis 2022, est le principal destinataire. La suspension de la production GNL du Qatar crée théoriquement une fenêtre d’opportunité pour le GNL congolais sur le marché européen. Mais les volumes congolais restent très modestes face aux besoins européens, et les infrastructures de traitement on-shore à Pointe-Noire sont encore en montée en puissance.
La position diplomatique du Congo
Au 3 mars, Brazzaville n’a pas publié de réaction officielle au conflit. La RDC voisine a publié un communiqué dès le 28 février, appelant à la retenue et au respect du droit international humanitaire. Le Tchad a exprimé son soutien à l’Iran. L’Algérie a qualifié l’échec des négociations de « profondément regrettable ». L’Union africaine n’a pas encore publié de position commune.
Le silence du Congo est compréhensible. Le pays est simultanément : membre de l’OPEP (aux côtés de l’Iran), partenaire stratégique des EAU (alliés des États-Unis), et bénéficiaire de la hausse des cours provoquée par le conflit. Toute prise de position l’exposerait à froisser l’un de ses partenaires.



