Une page historique de l’intégration créative africaine s’est écrite dans la capitale ghanéenne du 21 au 27 mars dernier. Sous l’impulsion de la réalisatrice et productrice congolaise Claudia Yoka, une délégation de haut niveau a séjourné à Accra pour jeter les bases d’un partenariat cinématographique inédit entre Brazzaville et la « Black Star » de l’Afrique de l’Ouest.
Cette initiative, qui vise à rapprocher les économies créatives francophones et anglophones, ambitionne de raconter des histoires africaines unifiées transcendant les frontières linguistiques par le biais du cinéma et de la culture. Soutenu par la Chambre africaine des producteurs de contenu (ACCP), ce rapprochement marque une volonté politique ferme de faire éclore le potentiel des cinéastes des deux nations.
Le modèle ghanéen au service de l’essor congolais
Le choix du Ghana comme partenaire stratégique ne relève pas du hasard, mais d’une analyse historique fine du succès des industries voisines. Claudia Yoka a rappelé que les techniciens et institutions ghanéens ont joué un rôle essentiel dans l’essor initial de Nollywood au Nigeria. Le Congo cherche désormais à reproduire cet impact transformateur en s’appuyant sur l’expertise ghanéenne pour structurer sa propre industrie. Les réunions avec Kafui Danku, directrice de l’Autorité nationale du film du Ghana (NFA), ont permis d’esquisser un cadre institutionnel où le gouvernement ghanéen s’engage à lever les obstacles bureaucratiques pour faciliter les coproductions transfrontalières.
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Un maillage de festivals et de mentorat féminin
Au-delà des accords administratifs, ce partenariat se veut vivant et ancré dans le partage d’expériences entre créatrices. La rencontre entre Claudia Yoka, fondatrice du festival Tazama, et Juliet Asante, doyenne du cinéma ghanéen et directrice du Black Star International Film Festival, a ouvert la voie à un jumelage de leurs événements respectifs. Cette synergie permettra d’élargir les publics et de mutualiser les ressources, tout en offrant aux femmes cinéastes des opportunités de mentorat cruciales pour surmonter des difficultés souvent communes d’un côté à l’autre du continent. Cette dynamique s’étend déjà à d’autres directrices de festivals en Afrique centrale, notamment au Gabon, au Cameroun et en République démocratique du Congo.
Cap sur 2027 : Premier tournage en vue
Le partenariat ne restera pas longtemps au stade des intentions, puisque des projets concrets sont déjà sur les rails. Le célèbre directeur de casting Mawuko Kuadzi, premier Africain à recevoir le prix Artios en quarante ans, a été désigné pour piloter le casting d’un projet de film conjoint entre le Congo et le Ghana. Prévu pour un tournage début 2027, ce film servira de rampe de lancement officielle à cette collaboration. En s’appuyant sur des modèles éprouvés comme l’Africa monologue challenge pour identifier les talents, cette initiative espère ouvrir de nouvelles portes sur le marché mondial, à l’image de la percée de Claudia Yoka sur les grandes plateformes de distribution internationales comme Amazon Prime et Apple TV.



