Le projet titanesque de la Namibie pour devenir une superpuissance de l’énergie propre soulève un dilemme déchirant : faut-il sacrifier une biodiversité unique, dont le manchot du Cap en danger critique, sur l’autel du développement économique et de la transition climatique mondiale ?
Dans le sud de la Namibie, là où le désert du Namib rencontre l’Atlantique Sud, un conflit d’un genre nouveau émerge. D’un côté, la promesse d’une manne financière de 10 milliards de dollars (soit presque l’équivalent du PIB annuel du pays) pour produire de l’hydrogène vert. De l’autre, des scientifiques et des défenseurs de l’environnement qui tirent la sonnette d’alarme : ce projet pourrait être le coup de grâce pour le manchot du Cap, dont l’extinction à l’état sauvage est prévue d’ici 2035.
Le projet Hyphen : Un géant énergétique en zone interdite
Le gouvernement namibien, en partenariat avec Hyphen (une coentreprise menée par le groupe allemand Enertrag), ambitionne d’utiliser le potentiel éolien et solaire « de classe mondiale » de la région pour produire de l’hydrogène à grande échelle. Ce gaz, s’il est produit par électrolyse à partir d’énergies renouvelables, est qualifié de « vert » et constitue l’un des piliers de la décarbonation de l’industrie lourde mondiale.
Le site choisi n’est autre que le parc national Tsau ǁKhaeb (« Sables doux »). Longtemps surnommé le Sperrgebiet(zone interdite) par les colons allemands pour protéger l’extraction de diamants, ce territoire de 26 000 km² est resté préservé de toute activité humaine pendant plus d’un siècle, devenant un sanctuaire de biodiversité unique au monde.
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« Hydrogène rouge » : Le cri d’alarme des naturalistes
Pour Chris Brown, président de la Chambre de l’Environnement de Namibie (NCE), le projet devrait être rebaptisé « hydrogène rouge », tant le risque de voir des espèces basculer sur la « liste rouge » des espèces menacées est élevé. Il dénonce un double standard flagrant :
« Les Allemands ne permettraient jamais que leurs plus beaux parcs nationaux soient transformés en sites industriels. Mais ils semblent tout à fait disposés à délocaliser non seulement le risque, mais aussi les impacts sur la biodiversité en Namibie. C’est inacceptable. »
Au large, la réserve marine abrite les dernières colonies de manchots du Cap. L’extension prévue du port de Lüderitz pour exporter l’ammoniac produit menace directement cet écosystème marin déjà fragile.
Le dilemme social : L’emploi face à l’histoire
Pourtant, à Lüderitz, l’espoir l’emporte parfois sur l’inquiétude. Avec un taux de chômage des jeunes de 44 %, la promesse de 15 000 emplois durant la construction et 3 000 postes permanents est un argument de poids. « Cela débloquerait massivement le sud de la Namibie », plaide l’ancien maire Phil Balhao.
Toutefois, la zone est chargée d’une histoire sombre. L’île de Shark Island, à proximité, fut le site d’un camp de concentration lors du génocide des Hereros et des Namas (1904-1908) par l’armée coloniale allemande. Les militants locaux insistent pour que le projet respecte la mémoire des milliers de victimes dont l’identité est liée à ces rochers.
Vers une décision finale en 2026
Alors que des projets pilotes plus modestes voient déjà le jour, comme l’usine HyIron pour l’acier vert, la décision finale pour le méga-projet d’Hyphen est attendue pour la fin de l’année 2026.
La Namibie se trouve à la croisée des chemins : devenir le sauveur climatique de l’Europe au risque de perdre ses propres trésors naturels, ou préserver son sanctuaire au prix de sa croissance économique.
Peut-on réellement qualifier d’« écologique » une énergie produite au détriment d’espèces en danger critique d’extinction ? Donnez votre avis en commentaire et partagez ce dossier épineux !
Source : BBC Africa Why Namibia’s green energy dream could be a red flag for penguins



