LOANGO — À quelques pas des vagues de l’Atlantique, sur les terres historiques du Kouilou, le futur mémorial de l’esclavage de Loango sort de terre. Ce projet d’envergure, financé à hauteur de 10 milliards de francs CFA par l’État congolais, ambitionne de replacer ce site majeur au cœur de la mémoire mondiale, tout en luttant contre une menace pressante : l’érosion côtière.
Un chantier monumental pour une mémoire méconnue
Depuis deux ans, la vie de Mardiner Oniangue Okombi est rythmée par l’avancée de ce chantier colossal. Six jours sur sept, il supervise la construction d’un complexe qui comprendra un musée, un centre de documentation, un théâtre en plein air, une boutique et un restaurant. L’architecture même du bâtiment principal, en forme de navire, symbolise le voyage sans retour de millions d’âmes.
Entre le XVe et le XIXe siècle, la baie de Loango a été le point de départ forcé de plus de 2 millions de captifs. Originaires de l’actuelle République centrafricaine, du Tchad ou du Cameroun, ils convergeaient à pied vers ce port avant d’être déportés vers les Caraïbes et les Amériques. Malgré son importance historique, Loango est longtemps resté dans l’ombre de sites comme l’île de Gorée au Sénégal ou Ouidah au Bénin.
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Éducation et rayonnement international
Pour les autorités congolaises, ce mémorial doit devenir un pilier de l’éducation et de l’attractivité économique du département du Kouilou. Des archéologues travaillent activement sur le site pour exhumer les traces du passé, tandis que des partenariats stratégiques sont à l’étude avec des institutions de renommée mondiale, telles que le Mémorial de l’abolition de l’esclavage de Nantes en France et le Musée Smithsonian de Washington aux États-Unis.
En plus de sa vocation mémorielle, le projet est un levier économique attendu par les populations locales, promettant la création de nombreux emplois directs et indirects liés au tourisme culturel et scientifique.
Le péril de l’érosion : Une course contre la montre
Cependant, une ombre plane sur ce projet ambitieux avant même son inauguration : l’érosion côtière. Selon Dominique Batota, fervent défenseur du site via son projet « Matombibourg », la mer grignote la côte d’au moins cinq mètres par an. Pour lui, le réchauffement climatique n’est pas le seul coupable.
L’agrandissement du port autonome de Pointe-Noire, situé plus au sud, aurait modifié les courants marins. En gagnant des hectares sur la mer pour les infrastructures portuaires, les eaux qui étaient autrefois amorties par la baie frappent désormais de manière frontale et agressive les côtes de Matombi et de Loango. Sans une protection côtière rapide, les experts et militants craignent que le musée ne disparaisse sous les eaux d’ici 10 à 20 ans.
Un investissement à protéger
Les 15 millions d’euros débloqués pour la première phase des travaux témoignent de la volonté politique. Les autorités sont conscientes de l’urgence : construire un mémorial à la gloire de l’histoire africaine est un acte fort, mais garantir sa pérennité face aux assauts de l’Atlantique sera le véritable défi de la prochaine décennie.



