Firmin Ayessa, quarante ans au service de l’État congolais, s’est éteint à Istanbul
Le ministre d’État chargé de la Fonction publique, du Travail et de la Sécurité sociale, Firmin Ayessa, est décédé le 17 février 2026 à Istanbul, en Turquie, où il était hospitalisé. Il avait 74 ans. Sa disparition prive le Congo d’un homme dont la trajectoire — du micro de Radio-Congo aux plus hautes fonctions de l’État — épouse, à elle seule, un demi-siècle de vie institutionnelle.
Une disparition qui marque la classe politique
Le gouvernement congolais a confirmé la nouvelle dans un communiqué diffusé dans la soirée du 17 février. Firmin Ayessa suivait des soins médicaux en Turquie, après une première prise en charge à Paris. Selon le communiqué de la Primature, le gouvernement a adressé ses « condoléances les plus émues » au président de la République, à la famille du défunt ainsi qu’à l’ensemble de la nation. Le deuil sera observé à Brazzaville, au domicile familial.
Le président du Sénat, Pierre Ngolo, a été parmi les premiers responsables à réagir publiquement, qualifiant cette disparition de perte majeure pour la vie politique nationale. Au sein du Parti congolais du travail (PCT), dont Firmin Ayessa était membre du Bureau politique, l’émotion a été immédiate et largement partagée.
Du journalisme aux arcanes du pouvoir
Né le 2 novembre 1951 à Ondza, près de Makoua, dans le département de la Cuvette, Firmin Ayessa était journaliste de formation. Diplômé en lettres de l’université de Brazzaville puis en communication de l’université de Bordeaux, il entre à Radio-Congo en 1977 et en devient directeur des programmes dès 1978.
Sa carrière dans les médias publics s’étend sur plus d’une décennie : direction générale de la Radio-Télévision congolaise de 1984 à 1989, puis de l’Agence congolaise d’information de 1989 à 1991. Parallèlement, il exerce des fonctions de conseiller en communication, d’abord à l’ambassade du Congo en France, puis auprès du président de la République au début des années 1990.
C’est après la guerre civile de 1997 que Firmin Ayessa entre pleinement dans la sphère gouvernementale. Il est alors nommé ministre chargé de l’organisation du forum et des relations avec le Parlement de transition. En 1999, il rejoint le cabinet du chef de l’État, où il exercera sans interruption pendant dix-huit ans — d’abord comme directeur du cabinet civil, puis comme directeur adjoint chargé de la communication, et enfin comme ministre d’État, directeur de cabinet du président de la République, de 2007 à 2017.
Rares sont les parcours qui traversent autant de séquences politiques sans rupture.
Un retour au gouvernement en 2017
Après près de deux décennies au cœur de la présidence, Firmin Ayessa fait son retour au gouvernement en août 2017, dans le deuxième cabinet du Premier ministre Clément Mouamba. Il y occupe le poste de vice-Premier ministre, chargé de la Fonction publique, de la Réforme de l’État, du Travail et de la Sécurité sociale. En mai 2021, lors de la formation du gouvernement Makosso, il est reconduit avec le rang de ministre d’État.
À ce poste, il gérait l’un des portefeuilles les plus sensibles de l’appareil gouvernemental. La fonction publique congolaise, avec ses enjeux de masse salariale, de dialogue social et de modernisation administrative, exige un sens permanent de l’équilibre entre les attentes des agents et les contraintes budgétaires de l’État. Ses interlocuteurs soulignaient sa capacité à maintenir un dialogue constant avec les partenaires sociaux, notamment les organisations syndicales.
Un militant du PCT de longue date
L’engagement partisan de Firmin Ayessa est indissociable de sa trajectoire institutionnelle. Membre du Parti congolais du travail depuis 1984, il intègre le Comité central en 1990, puis le Bureau politique en 2006. Élu député de Makoua en 2002, il conservait ce mandat au moment de son décès.
Grand Officier dans l’Ordre du mérite congolais et Commandeur dans l’Ordre national de la paix, il était également le père de la journaliste Bélinda Ayessa.
Un vide à combler dans un contexte particulier
La disparition de Firmin Ayessa laisse un siège vacant au Conseil des ministres, à moins d’un mois de l’élection présidentielle prévue le 15 mars 2026. Le remplacement à la tête du ministère de la Fonction publique fera l’objet d’un décret présidentiel. En attendant, le gouvernement assure la continuité des affaires courantes du département.
Au-delà de la succession ministérielle, c’est une mémoire institutionnelle qui disparaît. Firmin Ayessa aura été l’un des rares responsables congolais à avoir traversé, sans discontinuer, les fonctions de journaliste, de conseiller, de directeur de cabinet et de ministre — un parcours qui témoigne autant de la longévité du système politique congolais que de la place singulière qu’il y occupait.



