ÉTAT DU PLATEAU – Dans cette région charnière du Nigeria, où la savane rencontre les collines, le silence de la nuit est trop souvent brisé par le fracas des armes. À Zike, village de l’ethnie chrétienne Irigwe, le souvenir du massacre d’avril 2025 reste vif : 52 hommes, femmes et enfants ont péri en une seule nuit.
Si les assaillants sont présumés être des éleveurs Fulani (Peuls) musulmans, ce drame n’est que le symptôme d’une pathologie bien plus profonde où la religion sert souvent de paravent à une lutte acharnée pour la survie économique et la reconnaissance identitaire.
Le poids de l’identité : « Indigènes » contre « Colons »
Au cœur de l’État du Plateau, le conflit s’enracine dans une distinction juridique et sociale explosive. Les autorités locales classent les populations en deux catégories : Les « Indigènes », principalement issus d’ethnies chrétiennes (Irigwe, Berom), ils bénéficient d’un accès préférentiel aux terres et aux emplois publics, et les « Colons » (Settlers), une étiquette qui frappe souvent les communautés Fulani musulmanes, quand bien même ces dernières occupent les terres depuis des générations.
Cette ségrégation administrative crée un sentiment d’injustice permanente. Pour les éleveurs Fulani, le manque de reconnaissance se traduit par une marginalisation politique, tandis que pour les agriculteurs chrétiens, l’arrivée des troupeaux est perçue comme une tentative d’expropriation foncière.

L’économie du bétail : Un patrimoine à un million de nairas
Le conflit ne peut être compris sans intégrer la dimension financière. Dans le Nigeria rural de 2026, une seule vache vaut environ 1 million de nairas (soit environ 700 dollars). Pour une famille Fulani, le troupeau représente l’épargne de toute une vie, transmise de génération en génération.
Cependant, avec l’explosion démographique du pays (plus de 230 millions d’habitants), les zones de pâturage traditionnelles disparaissent au profit des cultures. Lorsque le bétail piétine les champs de maïs ou de pommes de terre, la réponse est immédiate et souvent violente. Le vol de bétail (rustling) et les représailles sur les récoltes créent un engrenage de « justice populaire » que les forces de sécurité, quasi absentes des campagnes, ne parviennent pas à briser.
L’ombre de l’intervention américaine
La persistance de ces massacres a attiré l’attention internationale, certains responsables politiques américains n’hésitant pas à parler de « génocide contre les chrétiens ». Si le gouvernement nigérian rejette fermement ce terme, soulignant que les musulmans du Nord subissent également les assauts des groupes terroristes (Boko Haram) et des gangs armés, l’implication des États-Unis a pris une dimension militaire : Déploiement de troupes, environ 200 soldats américains sont actuellement au Nigeria pour former et assister l’armée locale, et frappes ciblées : en décembre 2025, des frappes de missiles ont visé des caches d’insurgés dans le nord-ouest du pays.
Cette militarisation du conflit souligne l’incapacité de l’État nigérian à sécuriser ses propres frontières intérieures, laissant des zones entières sous le contrôle de groupes armés ou de milices communautaires.
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Des oasis de paix : L’espoir par la base
Malgré ce tableau sombre, des initiatives locales prouvent que la coexistence reste possible. À Mista Ali, une ville cosmopolite, le chef chrétien Danladi Akinga Kasuwa a réussi à maintenir l’ordre en imposant un dialogue strict entre toutes les ethnies. « Pas de sentimentalisme, pas de religion différente. Nous adorons un seul Dieu », martèle-t-il.
De même, des projets agricoles financés par la coopération internationale réunissent désormais des agriculteurs Berom et des éleveurs Fulani dans les mêmes champs. En travaillant côte à côte pour planter des pommes de terre, ces anciens ennemis redécouvrent une dépendance mutuelle. Pour eux, la paix n’est pas un traité signé dans un bureau à Abuja, mais un effort quotidien de voisinage.
Une paix graduelle
Comme le souligne Amos, un agriculteur participant à ces projets de réconciliation : « La paix est une chose graduelle que l’on construit pierre par pierre. » Pour que l’État du Plateau cesse d’être un champ de bataille, il faudra plus que des troupes étrangères ; il faudra une réforme profonde du droit foncier, une justice capable de poursuivre les meurtriers de tous bords et, surtout, la fin de la rhétorique politique qui divise les citoyens entre « vrais » Nigérians et étrangers.
La paix au Nigeria passera-t-elle par une intervention militaire étrangère ou par une réforme profonde du droit foncier local ? Commentez et partagez cet article pour sensibiliser sur cette crise souvent méconnue !
Source : BBC Africa – ‘Peace is a gradual thing’: How land, cattle and identity fuel a deadly Nigerian conflict



