Le bras de fer entre Dakar et la Confédération Africaine de Football (CAF) entre dans une phase judiciaire décisive. Déchu de son titre de champion d’Afrique le 17 mars dernier par le jury d’appel de la CAF, le Sénégal a officiellement saisi le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) à Lausanne. Lors d’une conférence de presse tenue à Paris ce jeudi 26 mars, le collectif d’avocats de la Fédération Sénégalaise de Football a exposé une stratégie offensive, affirmant que l’issue de ce dossier dépasse les frontières du continent pour interroger l’éthique même du football mondial.
Une « atteinte » aux lois du jeu
Pour le collège d’avocats, la décision de la CAF d’attribuer le titre au Maroc sur « tapis vert » constitue une violation flagrante des principes fondamentaux du sport. L’argumentaire sénégalais repose sur plusieurs piliers juridiques et techniques : Violation des règles d’arbitrage : Me Seydou Diagne soutient que déchoir le Sénégal revient à remettre en cause la souveraineté des décisions arbitrales sur le terrain. Non-respect des lois du jeu : La défense invoque une violation « effrontée » des lois 5 et 6 du jeu, qui régissent les pouvoirs de l’arbitre et de ses assistants. L’intégrité globale en jeu : Juan de Dios Crespo Pérez, spécialiste du droit du sport, estime que le jugement du TAS sera un test pour l’intégrité de l’ensemble du monde du football.
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Soupçons de corruption et enquête internationale
Parallèlement à la procédure sportive, le gouvernement sénégalais a franchi une étape politique et judiciaire supplémentaire en demandant l’ouverture d’une enquête internationale. Cette mission a été confiée à l’avocat français et ancien bâtonnier de Paris, Pierre-Olivier Sur.
L’objectif est d’investiguer sur des soupçons de corruption au sein de la CAF qui auraient pu influencer la décision du jury d’appel. Pierre-Olivier Sur a indiqué que le dépôt d’une plainte formelle pourrait être « très proche », une fois les investigations nécessaires achevées. Pour rappel, le jury d’appel avait transformé les sanctions financières initiales de janvier en un forfait pur et simple (3-0) contre le Sénégal le 17 mars.
Un calendrier judiciaire sous pression
La durée habituelle d’une procédure devant le TAS oscille entre neuf et douze mois. Toutefois, face à l’urgence de la situation, la défense sénégalaise, par la voix de l’avocat suisse Serge Vittoz, plaide pour une procédure accélérée.
Cette option nécessite l’accord de toutes les parties concernées. Si un consensus est trouvé, une décision finale pourrait intervenir dans un délai de deux mois. En attendant, le Maroc, bien que désigné champion par la CAF, n’a toujours pas reçu les médailles, la dotation financière, ni le trophée.
Le symbole du Stade de France
Malgré la décision de la CAF, la Fédération Sénégalaise refuse la fatalité. Dans un geste de défi hautement symbolique, le Sénégal prévoit de présenter le trophée de la CAN (dont il reste le détenteur physique) à ses supporters lors du match amical contre le Pérou, prévu ce samedi 27 mars au Stade de France. Ce geste vise à réaffirmer la légitimité sportive des Lions de la Teranga en attendant que le droit ne tranche ce litige sans précédent dans l’histoire du football africain.



