COTONOU – Ce vendredi 27 mars 2026 marque un tournant décisif pour la démocratie béninoise. À deux semaines du scrutin du 12 avril, la campagne électorale s’ouvre officiellement dans un climat de ferveur et de questionnements. Pour la première fois depuis une décennie, le nom de Patrice Talon ne figurera pas sur le bulletin de vote. Alors que le président sortant achève son second mandat, deux duos de candidats se lancent dans une course de fond pour présider aux destinées du pays pour les sept prochaines années, un mandat rallongé par la récente révision constitutionnelle.
Le Duo Wadagni-Talata : L’Héritage de la Transformation
Sous la bannière bleue et le slogan « Plus loin, ensemble », Romuald Wadagni, figure centrale de l’embellie économique de la dernière décennie, se présente comme le garant de la stabilité. Ancien ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, il fait équipe avec l’actuelle vice-présidente Mariam Chabi Talata. Ce ticket bénéficie du soutien massif de la mouvance présidentielle, portée par le Bloc Républicain (BR) et l’Union Progressiste Le Renouveau (UP-R), les deux seules formations représentées à l’Assemblée nationale depuis les législatives de janvier dernier. La stratégie de Romuald Wadagni repose sur une promesse de « rupture générationnelle » tout en consolidant les acquis infrastructurels. Son programme mise sur l’industrialisation régionale, avec l’ambition d’attirer au moins une industrie nouvelle dans chacun des futurs pôles économiques du pays, tout en capitalisant sur une croissance prévue à 6,8 % par la Banque africaine de développement pour cette année 2026.
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Paul Hounkpè : L’Alternative de l’Opposition Modérée
Face à la machine de la mouvance, le duo Paul Hounkpè et Judicaël Hounwanou défend les couleurs vertes sous le thème « Rebâtir ensemble la fierté béninoise ». Paul Hounkpè, chef de file de l’opposition modérée et leader des Forces Cauris pour un Bénin émergent (FCBE), capitalise sur son ancrage local et son expérience d’ancien maire. Son discours cible prioritairement la gouvernance de proximité et l’amélioration des indicateurs de santé publique. Dans un contexte où la pression sociale reste forte malgré les bons chiffres macroéconomiques, Paul Hounkpè se positionne comme le candidat du dialogue et de la cohésion nationale. Il plaide pour une viabilité financière accrue des dispositifs de protection sociale, rappelant que si la croissance est là, elle doit désormais se traduire plus concrètement dans le panier de la ménagère et l’accès aux soins pour les plus vulnérables.
L’Ombre de l’Exclusion : Le Silence des « Démocrates »
Le scrutin de 2026 reste toutefois marqué par l’absence remarquée du principal parti d’opposition, Les Démocrates. La Commission électorale nationale autonome (CENA) a écarté leur dossier de candidature, faute d’avoir réuni les 28 parrainages de députés ou de maires requis par le nouveau code électoral. Cette décision, confirmée par la Cour constitutionnelle, a plongé la formation dirigée par l’ancien président Boni Yayi dans une crise de succession ouverte et une amertume certaine. En choisissant de ne donner aucune consigne de vote, le parti laisse un électorat significatif dans l’incertitude. L’enjeu du taux de participation devient dès lors une variable cruciale : la légitimité du futur président dépendra de sa capacité à mobiliser au-delà des cercles partisans acquis à la mouvance, dans un pays où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans.
Vers un Nouveau Contrat Social
Au-delà de la joute politique, les deux semaines de campagne à venir seront le théâtre d’un débat sur le modèle de développement béninois. La jeunesse, moteur socio-économique essentiel, est au cœur de toutes les promesses. Romuald Wadagni promet de transformer « l’énergie des jeunes en opportunités » par la technologie et l’entrepreneuriat, tandis que Paul Hounkpè insiste sur la dignité par l’emploi local et la solidarité. Le prochain chef de l’État héritera d’un pays transformé physiquement par les grands travaux de l’ère Talon, mais devra relever le défi immense de l’inclusion et de la redistribution des richesses. Le rendez-vous du 12 avril n’est donc pas seulement une élection, mais le premier test de la résilience du « modèle béninois » dans l’après-Talon.



