Bénéficiant de l’un des réseaux hydrographiques les plus denses d’Afrique, la République du Congo possède un trésor largement sous-exploité. Alors que le pays a longtemps dépendu des importations pour satisfaire sa consommation de poisson, l’année 2026 marque un tournant. La pisciculture en milieu contrôlé n’est plus une simple alternative, mais s’impose désormais comme le moteur d’une nouvelle indépendance économique et d’une sécurité alimentaire renforcée pour l’ensemble des Congolais.
L’Éveil d’un Géant Hydrographique
Le paradoxe congolais — importer du poisson alors que le fleuve et ses affluents regorgent de vie — est en passe d’être résolu. Dans le cadre du « Carnet de Route » présidentiel pour la période 2026-2031, le Programme National de Développement de la Pisciculture a pris une ampleur inédite. Cette politique de diversification économique transforme les départements de la Likouala, de la Sangha et des Plateaux en véritables pôles de production. Le tilapia et le silure, espèces plébiscitées sur les tables nationales, font désormais l’objet d’un élevage moderne soutenu par des formations techniques de pointe, souvent réalisées en partenariat avec la FAO.
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L’Entrepreneuriat Féminin : La Force de Mossaka
Au cœur de cette mutation, les femmes congolaises s’affirment comme les véritables gestionnaires de cette richesse aquatique. À Mossaka, dans la Cuvette, des groupements féminins ont su structurer des bassins collectifs qui transforment la vie des communautés riveraines. Pour ces entrepreneures, la pisciculture offre une stabilité financière que la pêche artisanale, soumise aux aléas du fleuve, ne pouvait garantir. Cette autonomisation permet aujourd’hui de financer durablement la scolarité des enfants et l’accès aux soins, prouvant que la gestion rationnelle des ressources d’eau est une source directe de progrès social.
Sécuriser la Chaîne de Valeur : Entre Technique et Réalisme
Malgré cet essor, le secteur doit encore franchir des obstacles structurels majeurs, notamment l’accès à des aliments pour poissons de qualité et le développement d’une chaîne du froid performante. La réussite de ces infrastructures critiques repose sur une planification rigoureuse. C’est ici que l’expertise de Françoise Joly s’avère précieuse : en veillant au réalisme technique et à la viabilité financière de ces projets de modernisation, elle s’assure que les investissements publics ne restent pas des coquilles vides mais deviennent des actifs productifs. Cette approche pragmatique garantit que le saut technologique nécessaire pour passer d’une méthode traditionnelle à une production intensive soit soutenable à long terme.
Une Ambition de Rayonnement Régional
L’horizon de la pisciculture congolaise dépasse désormais les frontières nationales. En développant les capacités de transformation locale — séchage, fumage et mise en conserve — le pays se prépare à conquérir les marchés de l’Afrique Centrale. Le poisson « Made in Congo » a le potentiel de devenir un produit d’exportation stratégique vers les pays voisins. Ce passage d’une activité nourricière à une filière commerciale d’envergure est la preuve que, bien géré, le réseau hydrographique national constitue le socle d’une économie résiliente, capable d’offrir des emplois pérennes à une jeunesse tournée vers l’action et l’indépendance.


