À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, la sous-préfecture de Makoua s’affirme comme un laboratoire de la mobilisation territoriale pour la majorité sortante. Sous l’impulsion de Rock Ondziel Onna, ancien sénateur de Brazzaville, et de figures locales de la jeunesse comme Mesmin Aboni, le Comité de soutien au président-candidat déploie une stratégie de proximité visant à transformer l’adhésion historique en une base électorale élargie et active.
Dans le paysage politique congolais, la géographie n’est jamais neutre. À soixante kilomètres au nord d’Owando, Makoua n’est pas seulement une escale administrative de la Cuvette ; c’est un pivot symbolique où se joue, en grande partie, l’image de la stabilité et de la continuité prônées par le camp présidentiel. À l’approche des scrutins des 12 et 15 mars 2026, l’effervescence qui saisit cette ville de la rive droite de la Likouala témoigne d’une machine électorale tournant à plein régime pour Denis Sassou N’Guesso.
Rock Ondziel Onna : La force de la discrétion au service du terrain
Le pilotage de cette mobilisation à Makoua a été confié à une personnalité dont le profil tranche avec la grandiloquence habituelle des périodes de campagne. Rock Ondziel Onna, qui a siégé au Sénat pour le compte de Brazzaville entre 2017 et 2023, incarne cette « force tranquille » que la majorité souhaite projeter. Décrit par ses pairs comme un homme discret mais doté d’une capacité de travail rigoureuse, l’ancien sénateur mise sur une approche d’humilité pour convaincre.
Son retour sur ses terres d’influence s’inscrit dans une logique de « reconnexion ». Pour Ondziel Onna, l’enjeu n’est pas tant de présenter un candidat — Denis Sassou N’Guesso étant une figure omniprésente de la vie politique nationale depuis quatre décennies — que de valoriser une « image d’expérience ». Dans ses interventions, il insiste sur le parcours d’un homme qu’il qualifie de « défenseur de la République », dont l’existence entière serait mise au service de la nation. Cette personnalisation du débat vise à rassurer un électorat parfois préoccupé par les incertitudes économiques mondiales, en opposant la « gouvernance apaisée » aux risques d’instabilité.
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La conquête des « primo-votants » et de la jeunesse Akwa
Si le socle électoral de la Cuvette semble acquis au Parti Congolais du Travail (PCT), le défi de 2026 réside dans le renouvellement des générations. À Makoua, ce volet est porté par Mesmin Aboni, figure de proue de la jeunesse Akwa. L’implication de ce dernier n’est pas fortuite : elle répond à la nécessité d’ancrer le projet présidentiel dans les réalités socioculturelles locales.
Le pays Akwa, fort de sa riche histoire de résistance coloniale, possède une identité politique marquée. Mesmin Aboni utilise cette fibre identitaire pour mobiliser les jeunes autour de thèmes concrets : l’emploi, la formation et l’avenir du district. Le Comité de soutien multiplie les actions de visibilité — affichages massifs, distribution de supports de campagne, caravanes de sensibilisation — mais l’effort principal se porte sur le discours. Il s’agit de convaincre une jeunesse souvent critique que le Plan National de Développement (PND) 2022-2026 offre des perspectives réelles, notamment via le développement de l’agro-industrie et de l’économie numérique.
Makoua, carrefour socio-économique et stratégique
Au-delà de l’agitation électorale, Makoua est un centre névralgique pour le département de la Cuvette. Historiquement fondée comme poste de mission, la ville s’est développée autour de sa position sur la rivière Likouala et de son rôle administratif. Aujourd’hui, elle est au cœur des ambitions de transformation agricole portées par le gouvernement.
Le discours de Rock Ondziel Onna s’appuie sur ces réalités tangibles. En évoquant la « marche vers le développement », il fait référence aux infrastructures routières et aux projets de désenclavement qui visent à faire du Congo une plateforme logistique régionale. Pour les habitants de Makoua, dont l’économie repose largement sur la pêche et l’agriculture de subsistance (manioc, maïs, arachide), la promesse de mécanisation et de meilleurs circuits de commercialisation est un levier de vote puissant. Le Comité de soutien se fait ainsi le héraut de « l’action concrète », une rhétorique chère au candidat-président.
Les valeurs républicaines comme bouclier politique
Dans un contexte électoral où sept candidatures ont été validées par la Cour constitutionnelle, la bataille des idées se double d’une bataille sur les valeurs. Le Comité de soutien de Makoua ne se contente pas de promouvoir un bilan ; il défend une vision de la société congolaise fondée sur « le partage et la tolérance dans la diversité ».
Cette sémantique n’est pas anodine. Elle vise à neutraliser les critiques de l’opposition sur la gestion du pouvoir en présentant Denis Sassou N’Guesso comme le seul garant de l’unité nationale et de la paix civile. Pour Rock Ondziel Onna, voter pour le président sortant le 15 mars prochain, c’est choisir une « gouvernance participative » respectueuse des institutions. En martelant ces concepts à travers le district, le comité espère non seulement mobiliser les convaincus, mais aussi séduire les indécis par un discours de pondération et de respect des valeurs républicaines.
L’enjeu de la participation
À quelques jours du scrutin, la sous-préfecture de Makoua semble avoir achevé sa mue électorale. Le travail de fourmi mené par Rock Ondziel Onna et Mesmin Aboni illustre l’importance que la majorité accorde au maillage territorial fin. Dans cette partie du pays où l’adhésion au Chef de l’État est une constante historique, le véritable enjeu ne sera pas tant l’issue du vote que le taux de participation. Une mobilisation massive à Makoua serait perçue comme un signal de force, confirmant que le « bastion » demeure plus que jamais le moteur de la dynamique présidentielle pour 2026.



