Alors que les routes congolaises continuent de compter leurs morts suite à des dépassements suicidaires, une ville de l’Alima prouve que la fatalité n’existe pas. Entre le mépris mortel de la ligne continue sur nos nationales et la discipline de fer observée à Oyo, voici le décryptage d’une urgence nationale : comment transformer nos routes de cimetières en voies de progrès.
La ligne continue : Le « tapis rouge » vers le drame
Sur les grands axes du Congo-Brazzaville, une frontière invisible est quotidiennement franchie au péril de centaines de vies : la ligne continue. Ce simple marquage au sol, censé être un rempart infranchissable, est devenu pour certains conducteurs une simple suggestion. Le spectacle est quotidien : des bus interurbains, lancés à vive allure, déboîtent sur des tronçons sans visibilité, ignorant que derrière chaque virage peut surgir le néant.
Le cas des transporteurs de passagers, notamment les bus de la société Océan du Nord, est régulièrement pointé du doigt. Lorsqu’un mastodonte de plusieurs tonnes, chargé de dizaines de familles, franchit cette ligne pour gagner quelques minutes, il ne joue pas seulement avec le code de la route, il joue à la roulette russe. La masse et le poids de ces véhicules rendent toute erreur irrécupérable. Franchir la ligne, c’est sciemment franchir la limite entre la vie et la mort.
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Oyo : La ville où la règle est devenue loi
Pourtant, à quelques centaines de kilomètres de là, dans le département de la Cuvette, un autre Congo existe. À Oyo, le chaos routier n’a pas droit de cité. La ville est devenue, presque par défi, le laboratoire national de la discipline routière. Ici, l’ordre règne et les résultats sont spectaculaires : une circulation fluide et un sentiment de sécurité omniprésent.
Le secret ? Une rigueur qui ne souffre aucune exception, particulièrement chez les taxis-motos. À Oyo, monter sur une moto sans casque est impensable. Chaque conducteur porte son gilet fluorescent, arbore une plaque d’immatriculation visible et, surtout, fournit systématiquement un second casque à son passager. C’est une culture de la responsabilité qui s’est enracinée : un passager par moto, pas un de plus. Cette discipline collective prouve qu’avec une volonté politique et une prise de conscience citoyenne, le changement est possible.
L’urgence d’une « contagion » nationale
Pourquoi ce qui fonctionne à Oyo semble-t-il si difficile à Brazzaville ou Pointe-Noire ? La discipline routière ne doit plus être l’exception d’une ville, mais la règle d’une nation. L’exemple de la Cuvette montre que la sécurité ne dépend pas seulement de la qualité du bitume, mais de la mentalité de ceux qui l’empruntent.
Il est temps de passer de la sensibilisation à l’exigence. Renforcement des contrôles, formation accrue des chauffeurs interurbains et généralisation du « modèle d’Oyo » sont les seules clés pour stopper l’hécatombe. La route doit redevenir un espace de mobilité et de développement, et non le théâtre de deuils évitables.



