Après plus d’un siècle d’« exil » en France, le tambour parleur des Ebrié a retrouvé la terre de ses ancêtres ce 13 mars à Abidjan. Ce retour historique, rendu possible par une loi d’exception, relance le débat sur les milliers d’œuvres congolaises qui attendent toujours leur rapatriement depuis les musées parisiens.
C’est un géant de bois d’iroko, long de trois mètres et pesant 430 kg, qui a fait vibrer le tarmac de l’aéroport d’Abidjan ce vendredi. Le Djidji Ayôkwé, tambour sacré du peuple Ebrié, a été accueilli avec une émotion indescriptible par les chefs traditionnels et la ministre ivoirienne de la Culture, Françoise Remarck. Confisqué par les autorités coloniales françaises en 1916 pour briser la résistance locale, cet instrument de communication — qui servait jadis à prévenir des dangers ou à mobiliser pour la guerre — n’est plus un simple objet de musée, mais un symbole de justice retrouvé.
Une brèche dans l’inaliénabilité des musées français
Ce retour n’est pas un acte isolé. Il s’inscrit dans une dynamique amorcée en 2017 par la France pour restituer le patrimoine africain spolié. Pour le Djidji Ayôkwé, le Parlement français a dû voter une loi spécifique afin de contourner le principe d’« inaliénabilité » des collections nationales.
Plus largement, le Sénat français a adopté, le 29 janvier 2026, une loi-cadre visant à faciliter ces restitutions sans avoir à voter une loi pour chaque objet. Ce texte, qui doit encore être validé par l’Assemblée nationale, pourrait accélérer le retour des 148 œuvres réclamées par la Côte d’Ivoire, mais aussi celles attendues par d’autres nations africaines.
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Et pour le Congo-Brazzaville ?
Si le Bénin a récupéré ses trésors royaux d’Abomey et le Sénégal le sabre d’El Hadj Omar Tall, la République du Congo observe ce mouvement avec une attention croissante. À ce jour, le pays ne dispose pas encore d’une liste de restitution aussi médiatisée que celle de ses voisins, mais les chiffres sont éloquents : le seul Musée du Quai Branly à Paris conserve plus de 70 000 objets africains, dont une part significative provient de l’ancien Congo français.
Des pièces maîtresses, telles que des masques Punu, des statues de gardiens de reliquaires ou des objets rituels Téké, font partie de ce patrimoine « exilé ». Le rapport Savoy-Sarr, qui sert de base à la doctrine française de restitution, préconise le retour des objets acquis par la violence ou la coercition. Au Congo, des voix s’élèvent pour que des commissions scientifiques bilatérales soient activées afin de documenter la provenance exacte de ces trésors nationaux.
Un enjeu de souveraineté culturelle
Pour Brazzaville, l’enjeu dépasse la simple récupération d’objets. Il s’agit de permettre aux jeunes générations de se reconnecter avec leur histoire précoloniale. « Nous ne réclamons pas de la repentance, mais du respect pour notre mémoire », souligne un expert du patrimoine local.
Le succès du retour du tambour Ebrié montre que la voie est tracée. Alors que la France assouplit son cadre législatif en ce début d’année 2026, la balle est désormais dans le camp de la diplomatie culturelle congolaise pour identifier et réclamer les « pièces manquantes » de son puzzle historique.



