La capitale économique du Cameroun accueille, depuis ce lundi 16 mars 2026, un rendez-vous stratégique pour l’avenir de l’intégration en Afrique centrale. Durant quatre jours, les experts des six pays de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC) sont réunis pour harmoniser les outils de mesure du commerce transfrontalier informel (CTI). Ce séminaire marque une étape décisive dans la volonté des chefs d’État de mieux piloter une économie qui, bien que vitale, échappe encore largement aux radars officiels.
Sortir le petit commerce de l’ombre statistique
Organisé par la Commission de la CEMAC dans le cadre du Projet d’Harmonisation et d’Amélioration des Statistiques en Afrique de l’Ouest et du Centre (HISWACA), cet atelier vise à former les formateurs sur les outils de collecte des études monographiques. Comme l’a souligné Lontchi Roland Marc, représentant de la Commission de la CEMAC, l’enjeu est de taille : si les douanes parviennent à chiffrer les échanges formels, une part colossale de l’activité économique — celle des petits commerçants empruntant les voies terrestres — reste invisible. L’objectif est donc de capitaliser sur ces informations pour mettre en place des politiques d’accompagnement plus justes et plus efficaces.
Une cartographie précise des flux communautaires
En Afrique centrale, les flux de biens et de services le long des frontières terrestres constituent le poumon de l’intégration de proximité. Pourtant, faute de données fiables, l’évaluation réelle de l’intégration économique de la sous-région demeure incomplète. Les travaux de Douala, qui se clôtureront le 19 mars, permettront de doter les instituts nationaux de statistiques (INS) de méthodes modernes pour identifier les points de passage, cartographier les flux et estimer le volume réel des importations et exportations informelles. Il s’agit de transformer une économie de survie en un véritable levier de croissance structuré.
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Une synergie institutionnelle sans précédent
La rencontre réunit une cinquantaine de participants de haut vol issus des douanes, des ministères du commerce et des instituts de statistiques. La présence massive d’institutions telles que la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), la Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC) ou encore l’ISSEA, témoigne de l’importance politique du dossier. Cette collaboration multisectorielle est indispensable pour comprendre les dynamiques à l’œuvre aux frontières, notamment dans les secteurs de l’agro-pastoral et des ressources halieutiques, souvent au cœur des échanges transfrontaliers informels.
Un enjeu de souveraineté pour le prochain quinquennat
Pour des pays comme la République du Congo, cette initiative est une opportunité de mieux intégrer ses circuits commerciaux avec ses voisins directs comme le Cameroun ou le Gabon. En comprenant mieux comment circulent les marchandises, l’État pourra non seulement optimiser ses recettes, mais surtout sécuriser l’approvisionnement des marchés urbains et soutenir les jeunes entrepreneurs du secteur informel. À l’heure où la zone de libre-échange continentale (ZLECAF) se déploie, la maîtrise des statistiques transfrontalières devient un impératif de souveraineté économique pour toute la sous-région.



