L’horreur a franchi un nouveau seuil dans la guerre civile qui déchire le Soudan depuis 2023. Le 20 mars 2026, une frappe aérienne a dévasté l’hôpital de zone d’El-Daein, capitale de l’État du Darfour oriental. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le bilan provisoire s’élève à 64 morts, dont 13 enfants.
Un bilan humain et structurel catastrophique
L’attaque, attribuée par plusieurs sources locales et des groupes de défense des droits humains à un drone de l’armée soudanaise, a frappé de plein fouet les départements de pédiatrie, de maternité et des urgences. Outre les treize enfants ayant perdu la vie, le personnel médical a payé un lourd tribut avec le décès de deux infirmières et d’un médecin. Huit autres soignants figurent parmi les 89 blessés recensés. L’ampleur des dégâts matériels est telle que l’établissement, point névralgique de la prise en charge médicale dans cette région sous contrôle des Forces de soutien rapide (FSR), est désormais totalement non fonctionnel. Cette interruption brutale des services laisse des milliers de civils sans accès aux soins vitaux, dans une zone déjà étranglée par les pénuries de médicaments.
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Le système de santé : Une cible de guerre systématique
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a fermement condamné cet acte, rappelant que « les soins de santé ne devraient jamais être une cible ». Les chiffres issus du système de surveillance de l’OMS (SSA) révèlent une tendance alarmante : les attaques contre les hôpitaux au Soudan deviennent de plus en plus meurtrières chaque année. Si 64 attaques avaient causé 38 décès en 2023, l’année 2025 a vu ce chiffre exploser avec 1 620 morts pour 65 incidents, représentant à elle seule 82 % des décès liés à des attaques sur le système de santé dans le monde. La frappe d’El-Daein confirme que les belligérants utilisent désormais les infrastructures civiles comme des objectifs stratégiques, au mépris total du droit international humanitaire.
L’escalade des drones dans un conflit enlisé
L’utilisation croissante de drones de plus en plus puissants transforme le visage de cette guerre. Ces engins permettent de déployer des charges explosives dans des zones densément peuplées avec des impacts de zone dévastateurs. Les Nations Unies, par la voix du Haut-Commissaire aux droits de l’homme Volker Türk, se sont dites « horrifiées » par cette multiplication des frappes aériennes aveugles. Tandis que l’armée soudanaise affirme respecter les normes internationales et accuse la « milice terroriste » adverse de s’abriter dans des zones civiles, les faits sur le terrain décrivent une réalité où les populations prises au piège n’ont plus aucun refuge sûr, pas même au sein des services d’urgence.
Un pays au bord de l’effondrement total
Au-delà de cette tragédie ponctuelle, c’est l’ensemble du Soudan qui sombre dans une crise humanitaire sans précédent. Le conflit a déjà déplacé plus de 11 millions de personnes et plongé 33 millions d’habitants dans un besoin urgent d’aide alimentaire. Les attaques répétées contre les hôpitaux aggravent les conséquences à long terme, détruisant non seulement des vies mais aussi l’espoir d’une reconstruction sanitaire pour les générations futures. Pour l’OMS, le temps n’est plus à la condamnation mais à la désescalade immédiate, car comme le souligne son chef, « la paix reste le meilleur remède » pour un pays qui se vide de son sang sous le regard impuissant de la communauté internationale.



