Le conflit qui embrase actuellement le Moyen-Orient frappe par ricochet le cœur battant de l’économie est-africaine. Depuis le port de Mombasa jusqu’aux plantations de thé de Kericho, le Kenya subit une onde de choc logistique sans précédent. Entre cargaisons bloquées, envolée des coûts du carburant et suspension des liaisons aériennes, les piliers de l’exportation kényane — le thé, les fleurs et la viande — vacillent, laissant craindre une crise économique majeure.
L’Or Vert à l’arrêt dans les entrepôts de Mombasa
Le port de Mombasa, poumon vital pour les exportations régionales, est aujourd’hui le théâtre d’une crise sans précédent. L’Association est-africaine du commerce du thé (EATTA) a révélé ce 27 mars qu’une masse critique située entre 6 000 et 8 000 tonnes de thé est actuellement piégée dans les entrepôts portuaires. Ce blocage n’est pas qu’une simple question de volume ; il représente une perte de liquidités estimée à 24 millions de dollars. Le Moyen-Orient, qui absorbe habituellement un cinquième de la production nationale, est devenu une zone de transit à haut risque, rendant les expéditions vers des partenaires clés comme l’Iran ou le Pakistan extrêmement complexes et coûteuses.
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Le désastre des produits périssables : Fleurs et viande en première ligne
Si le thé peut supporter une attente prolongée, les filières de la viande et de l’horticulture vivent un véritable calvaire logistique. Le Conseil kényan du secteur des exportateurs de viande a qualifié le mois de mars de catastrophique, notamment durant la période stratégique du Ramadan. Alors que les exportations quotidiennes vers le Golfe atteignent normalement 200 tonnes, seuls 5 % de ce volume ont pu être écoulés durant les trois premières semaines du mois. Parallèlement, dans les fermes de Naivasha, les producteurs de fleurs voient leurs roses dépérir sur pied. Avec la suspension de la majorité des vols vers les pays du Golfe, la fenêtre d’expédition critique de 48 heures est devenue impossible à respecter pour une industrie qui dépend entièrement de la rapidité de la chaîne du froid.
Vers une économie d’urgence nationale
Face à cette situation critique, le gouvernement kényan tente de maintenir une posture de résilience tout en préparant les esprits à des décisions difficiles. Le secrétaire au Trésor, John Mbadi, a certes assuré que les réserves de carburant étaient encore suffisantes pour le court terme, mais il a ouvert la porte à l’instauration de régulations exceptionnelles. Si le conflit au Moyen-Orient devait s’installer dans la durée, Nairobi n’exclut pas de prendre des mesures extraordinaires, similaires à celles instaurées durant la pandémie de Covid-19, pour protéger les secteurs vitaux et stabiliser la monnaie nationale. L’économie kényane se retrouve donc à la merci d’une résolution diplomatique rapide pour éviter un naufrage financier qui impacterait des millions de petits producteurs.


