À Djambala, la classe politique congolaise cherche les conditions d’un scrutin apaisé
Du 16 au 19 février, plus d’une centaine de représentants politiques, de la société civile et des confessions religieuses se retrouvent à Djambala, chef-lieu du département des Plateaux, pour un dialogue préélectoral organisé par le ministère de l’Intérieur. À moins d’un mois de la présidentielle du 15 mars, cette concertation — la septième du genre depuis 2009 — rassemble largement, mais pas unanimement. Deux formations d’opposition ont décliné l’invitation.
Quarante et un partis autour de la table
La concertation de Djambala s’est ouverte le 16 février sous le thème « Dans la paix et l’unité, consolidons la démocratie par des élections libres et transparentes ». Organisée à l’initiative du ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation, dirigé par Raymond Zéphirin Mboulou, elle rassemble les délégués de quarante et un partis politiques — issus de la majorité présidentielle, de l’opposition et du centre — ainsi que des représentants de la société civile, des confessions religieuses et des individualités.
Le Premier ministre Anatole Collinet Makosso a ouvert les travaux devant plus d’une centaine de participants. Il a défendu le principe de cette rencontre en des termes mesurés : « La concertation renforce les relations entre les acteurs et crée une synergie politique plus saine, dans une société ainsi rendue plus pacifique. Pour y parvenir, cela exige que nous surmontions nos émotions, nos préjugés et nos intransigeances. »
Les six candidats ayant déposé leur dossier à la Direction générale des affaires électorales (DGAE) aux côtés du président sortant Denis Sassou-Nguesso participent à ce dialogue. C’est également le cas de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), premier parti d’opposition, qui ne présente pourtant pas de candidat à la présidentielle. Son président, Pascal Tsaty-Mabiala, a fait le déplacement à Djambala.
Le Conseil national des républicains (CNR) de Frédéric Bintsamou, dit Pasteur Ntumi — dont le parti avait un temps envisagé une candidature avant d’y renoncer — est représenté par deux délégués.
Des absences qui dessinent les lignes de fracture
Tous les acteurs politiques n’ont pas répondu à l’appel. L’Union patriotique pour le renouveau national (UPRN), dirigée par l’ancien ministre des Finances Mathias Dzon, a décliné l’invitation. Le parti a qualifié la rencontre de « simulacre de dialogue politique », estimant que les concertations préélectorales organisées depuis 2009 n’ont pas apporté de solutions durables aux dysfonctionnements du système électoral.
Le 14 février, Mathias Dzon avait publiquement jugé que les conditions préalables à une élection consensuelle n’étaient pas réunies, identifiant la refondation du système électoral comme un préalable incontournable. L’UPRN a par ailleurs annoncé la tenue, les 21 et 22 février, d’un symposium de la plateforme Alliance pour la République et la Démocratie (ARD), consacré à un bilan critique du pouvoir en place.
Autre absence notable : Uphrem Dave Mafoula, président du parti Les Souverainistes et candidat déclaré à la présidentielle en tant qu’indépendant, n’a pas été invité à la réunion. Sa formation politique n’est pas agréée par l’État, ce qui l’exclut du cadre de la concertation tel que défini par le ministère de l’Intérieur, qui a adressé les invitations aux seuls partis légalement reconnus.
Un format récurrent, un contexte particulier
Depuis 2009, les autorités congolaises organisent un dialogue politique à l’approche de chaque échéance présidentielle majeure. Brazzaville en 2009, Ewo en 2011, Dolisie en 2013, Sibiti en 2015, Madingou en 2019, Owando en 2021 : ces rendez-vous se sont inscrits dans une pratique institutionnelle régulière, même si leur portée réelle fait l’objet d’appréciations divergentes selon les acteurs politiques.
Le dialogue de Djambala intervient dans un calendrier particulièrement resserré. Le dépôt des candidatures s’est clos le 12 février. Sept dossiers ont été enregistrés par la DGAE. La Commission nationale électorale indépendante (CNEI) doit vérifier la complétude des dossiers avant leur transmission à la Cour constitutionnelle, qui validera la liste définitive des candidats. La campagne électorale officielle s’ouvrira le 28 février. Le scrutin est fixé au 12 mars pour les forces de l’ordre et au 15 mars pour l’ensemble de la population.
Ce que Djambala peut — et ne peut pas — produire
Un dialogue préélectoral n’est ni un accord politique ni une réforme institutionnelle. Il ne modifie pas le cadre légal du scrutin, ne redessine pas la carte des candidatures et ne préjuge pas des résultats. Sa fonction, telle que revendiquée par ses organisateurs, est d’installer un climat de confiance minimale entre des acteurs que tout, par ailleurs, oppose.
La question posée à Djambala est celle que le Congo se pose à chaque rendez-vous électoral : un dialogue suffit-il à produire de l’apaisement quand les termes mêmes du processus font l’objet de contestations ? La réponse, comme toujours, ne viendra pas de la concertation elle-même, mais de ce qui suivra — dans les bureaux de vote, dans les résultats proclamés, et dans la manière dont chaque camp acceptera de les recevoir.
La prochaine étape décisive sera la publication de la liste définitive des candidats par la Cour constitutionnelle, attendue avant l’ouverture officielle de la campagne le 28 février.



