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Grande foire agricole du Congo : bilan de la première édition et deuxième édition annoncée en août 2026

Divine Ndinga Par Divine Ndinga
23/02 21:38
dans Actualité, Économie
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Grande foire agricole du Congo : bilan de la première édition et deuxième édition annoncée en août 2026

Anatole Collinet Makosso

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Après dix jours à Bambou Mingali, la GFAC pose la première pierre d’un chantier bien plus vaste

La première édition de la Grande foire agricole du Congo (GFAC) s’est achevée le 15 février à Bambou Mingali, dans le département de Djoué-Léfini. Le ministre de l’Agriculture, Paul Valentin Ngobo, a annoncé la tenue d’une deuxième édition dès le mois d’août. Au-delà de l’événement, c’est toute la stratégie de diversification économique du Congo qui est en jeu : dans un pays où l’agriculture ne contribue qu’à environ 5 % du PIB alors que les importations alimentaires représentent plus de la moitié des achats extérieurs, chaque initiative qui rapproche le pays de sa souveraineté alimentaire mérite d’être mesurée à l’aune de ses résultats concrets.

Dix jours de foire, un bilan jugé positif par les organisateurs

Ouverte le 5 février par le président Denis Sassou-Nguesso et clôturée le 15 février par le Premier ministre Anatole Collinet Makosso, la GFAC a rassemblé pendant dix jours des producteurs, transformateurs, exposants, experts et techniciens agricoles venus de l’ensemble des quinze départements du pays. L’événement se tenait au village de Bambou Mingali, situé à une soixantaine de kilomètres au nord de Brazzaville, dans le district d’Ignié.

Le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Paul Valentin Ngobo, a dressé un bilan qu’il a qualifié de « fructueux et satisfaisant, en dépit de quelques flottements ». Le taux de fréquentation a été estimé à 70 % des capacités du site, selon l’Agence congolaise d’information (ACI), un niveau supérieur aux attentes des organisateurs. Le ministre a souligné que certains producteurs et exposants ont réalisé un chiffre d’affaires dépassant les deux millions de francs CFA sur la durée de la foire — un montant modeste à l’échelle macroéconomique, mais significatif pour des exploitants agricoles habitués à des circuits de commercialisation limités.

La deuxième édition est d’ores et déjà programmée pour le mois d’août 2026.

Une foire inscrite dans l’Agenda de transformation agricole

La GFAC ne s’est pas improvisée. Placée sous le thème « Le progrès par la terre, l’unité par le travail », elle s’inscrit dans le cadre de l’Agenda pour la transformation agricole au Congo (ATAC), l’un des piliers du Plan national de développement (PND) 2022-2026. L’initiative est née, selon le ministère, d’une instruction directe du président de la République lors d’un déplacement dans le département de la Bouenza en mai 2025.

Concrètement, la foire a combiné plusieurs formats : des expositions de productions végétales et animales issues des zones agricoles protégées (ZAP), des démonstrations de technologies agricoles — mécanisation, irrigation, itinéraires techniques — et des conférences réunissant experts nationaux et internationaux. La Banque africaine de développement (BAD) y a présenté le projet PRODIVAC, doté de 80,2 millions de dollars, qui appuie le développement de filières prioritaires comme le maïs, le manioc et le soja.

L’Agence nationale de valorisation des résultats de la recherche et de l’innovation technologique (ANVRI) a, de son côté, exposé des prototypes d’appareils conçus par des innovateurs congolais, appliqués aux secteurs agricole, piscicole et environnemental.

Un secteur agricole encore marginal dans l’économie nationale

Pour mesurer la portée réelle de cette initiative, il faut rappeler les ordres de grandeur. L’agriculture congolaise contribue à environ 5 % du PIB, selon la direction générale du Trésor français, alors qu’elle employait près de 40 % de la population active. Seulement 4 % des terres arables sont exploitées. Les importations de produits alimentaires et de boissons représentent plus de la moitié des importations du pays, et environ 80 % de la consommation alimentaire intérieure provient de l’extérieur, selon les données de la Banque mondiale.

Un pays qui nourrit sa population avec ce qu’il achète au reste du monde est un pays dont la sécurité alimentaire dépend directement des cours internationaux et de la capacité à payer — une capacité elle-même indexée sur les revenus pétroliers.

C’est précisément ce cercle de dépendance que la politique des ZAP et les initiatives comme la GFAC entendent briser. Le ministère de l’Agriculture a créé ces zones sur l’ensemble du territoire, avec un objectif de cent ZAP opérationnelles d’ici 2026. Elles visent à sécuriser les terres, regrouper les structures de production et améliorer les rendements par la mécanisation et l’accès aux semences améliorées.

Les obstacles structurels demeurent

Les producteurs rencontrés pendant la foire — y compris par le candidat à la présidentielle Uphrem Dave Mafoula, qui a visité les stands le 13 février — ont régulièrement cité les mêmes difficultés : le manque de machines agricoles pour moderniser la production, l’état des routes qui enclave les zones de culture et rend l’acheminement des récoltes vers les marchés urbains coûteux et aléatoire, et l’absence de mécanisme de financement adapté aux petits exploitants.

Ces obstacles ne sont pas nouveaux. Ils figurent dans tous les diagnostics sectoriels depuis des années. La direction générale du Trésor français relevait déjà l’absence d’industrie de transformation et de conservation des produits agricoles, le faible taux de mécanisation et les difficultés d’accès aux semences de qualité. L’API-Congo, l’agence de promotion des investissements, note que les importations alimentaires se chiffrent à plus de 200 milliards de francs CFA par an.

La GFAC, à elle seule, ne résoudra pas ces contraintes structurelles. Mais elle a eu le mérite de rendre visible, en un lieu et un temps donnés, à la fois le potentiel productif des terroirs congolais et l’ampleur du chemin qu’il reste à parcourir.

Une dynamique à pérenniser

En annonçant une deuxième édition pour août, le ministre Ngobo a insisté sur le fait que l’expérience de Bambou Mingali devait être « capitalisée » et qu’elle n’était « pas une fin en soi, mais le point de départ d’une dynamique nouvelle ». Le choix d’un rythme semestriel — si la promesse est tenue — marquerait une volonté de ne pas laisser retomber l’élan.

L’enjeu, pour le Congo, dépasse largement le cadre d’une foire agricole. Il touche à la capacité du pays à convertir une intention politique récurrente — faire de l’agriculture un levier de diversification — en résultats mesurables : hectares cultivés, rendements, emplois créés, part des importations alimentaires réduite. La GFAC aura été un moment de visibilité. Ce qui comptera, ce sont les chiffres qui suivront.

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