À l’occasion du 10e anniversaire du Salon Osiane au Grand Hôtel de Kintélé, experts et startuppers ont posé les bases d’une filière industrielle inédite. Objectif : recycler les tonnes de e-déchets pour propulser l’économie circulaire et l’emploi des jeunes.
Le mercredi 3 juin 2026, le Grand Hôtel de Kintélé à Brazzaville a accueilli un atelier thématique crucial dans le cadre de la 10e édition du Salon international de la tech et de l’innovation de l’Afrique centrale (Osiane). Axée sur la gestion des déchets d’équipements électriques et électroniques (DEEE), cette rencontre stratégique a réuni des délégués de la sous-région, des experts et des décideurs économiques. Cette initiative s’avère d’une importance capitale : alors que le pays accélère sa transition numérique, elle vise à transformer l’empreinte écologique du web en un puissant levier de création d’emplois, de préservation environnementale et de santé publique.
Quand la numérisation crée une nouvelle typologie de rebuts toxiques au Congo
Mené sous le thème percutant « Comment le Congo peut-il transformer ses déchets électroniques en opportunités durables ? », cet atelier a brisé un tabou majeur de la transition numérique. Charles Poaty, directeur général du groupe Batelec consulting, a rappelé une réalité implacable : l’adoption massive des nouvelles technologies s’accompagne d’une production exponentielle de volumes de rebuts d’un genre nouveau. Le pays a simplement changé de typologie de déchets, qui sont désormais de nature électronique et hautement toxiques si leurs composants finissent dans la nature.
Pour répondre à cette urgence, des structures spécialisées déploient déjà des solutions techniques locales pour la collecte, le démantèlement et le traitement sécurisé de ces flux spécifiques. Ces mécanismes opérationnels, exécutés en synergie avec des organisations internationales, prouvent que le tissu privé national commence à s’armer. Les panélistes ont démontré avec force que la transformation circulaire de ces résidus technologiques en fin de vie ne relève plus seulement de la salubrité publique, mais constitue une véritable stratégie industrielle.

💡 Pourquoi c’est important
En ce mois de juin 2026, l’essor d’une filière de traitement des déchets électroniques au Congo touche au cœur même de la transition écologique et industrielle de l’Afrique centrale. On ne peut pas concevoir un écosystème numérique performant si la nation s’étouffe sous ses propres rebuts technologiques obsolètes.
Structurer cette économie circulaire est capital : cela permet de récupérer des métaux rares et des composants réutilisables, réduisant le coût de fabrication des futurs équipements. En s’attaquant de front à la toxicité des anciens appareils, le Congo prévient des crises sanitaires lourdes pour ses populations urbaines et rurales, tout en créant une chaîne de valeur autonome qui transforme un fardeau environnemental en source de richesse brute.
L’économie circulaire et les métiers verts : Une chance historique pour la jeunesse
Les débats productifs de cet atelier ont particulièrement captivé les nombreux étudiants et porteurs de projets présents à Kintélé. Pour cette jeunesse en quête d’insertion, la chaîne de valeur des e-déchets ouvre des perspectives d’entrepreneuriat inédites à travers l’émergence des « métiers verts ». De la maintenance informatique spécialisée au reconditionnement d’appareils, en passant par le recyclage technique des métaux, c’est tout un pan de l’économie numérique qui demande à être conquis par les talents locaux.
Plus d infos sur Le Journal du Congo
Au terme des travaux, l’ensemble des participants a conclu à la nécessité absolue d’implémenter urgemment un cadre normatif national. Seule une législation stricte, adossée à des partenariats public-privé (PPP) solides, permettra de structurer durablement cette filière d’avenir. Le Salon Osiane, organisé par l’ONG Pratic sous le parrainage de l’édition « Kokoba », démontre qu’en dix ans, il est devenu bien plus qu’un rendez-vous d’affaires : c’est le carrefour où se dessinent les réponses aux grands défis sociétaux et écologiques du continent africain.
Le Congo est-il prêt à faire de ses poubelles technologiques le moteur de sa croissance ?
La transition vers une gestion responsable des rebuts électroniques marque un tournant porteur de fierté pour le Congo. En parvenant à lier l’innovation logicielle à la responsabilité écologique, le salon Osiane prouve que l’Afrique centrale peut inventer son propre modèle de développement durable.
Reste désormais à savoir si les institutions publiques et les grands importateurs de technologies joueront le jeu en finançant massivement ces infrastructures de recyclage sur le sol national. L’émotion des jeunes inventeurs face à ce gisement d’opportunités est palpable, et la projection vers un Congo propre et technologiquement souverain est en marche.



