Alors que l’Afrique centrale fait face à une diminution alarmante de ses ressources budgétaires, Brazzaville s’impose comme le centre des décisions d’urgence. Les ministres de l’UEAC s’unissent pour adopter des réformes de gouvernance radicales.
Ce samedi 13 juin 2026, la République du Congo réaffirme son rôle de pivot diplomatique et de moteur de l’intégration en Afrique centrale. Les ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC) se rassemblent à Kintelé, dans la banlieue nord de Brazzaville, pour l’ouverture solennelle de leur 45e session ordinaire. Cette haute réunion de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac), minutieusement préparée par les experts inter-États les 10 et 11 juin, intervient à un moment hautement critique. L’enjeu est d’une importance capitale : face à un épuisement sévère des caisses communautaires qui menace le fonctionnement même des institutions, le Conseil des ministres doit adopter des réformes de gouvernance financière d’urgence et valider de nouvelles politiques sectorielles pour redynamiser la croissance régionale.
Gouvernance financière et Free Roaming : Brazzaville au cœur des réformes de la Cémac
L’ordre du jour de cette session ministérielle, peaufiné dans la capitale congolaise, aborde de nombreux dossiers vitaux pour l’avenir de la sous-région. Au-delà du redressement budgétaire de la communauté, les participants doivent analyser la mise en œuvre effective du Free Roaming dans l’espace Cémac ainsi que le réaménagement de la redevance de sécurité aérienne régionale. Le Conseil planche également sur des projets d’intégration à long terme, tels que la finalisation de l’étude pour l’élaboration d’une politique minière commune, la création d’un Code minier communautaire et une politique commune de développement du tourisme.
En parallèle, un accent majeur est mis sur la modernisation des outils de pilotage économique et social. Les ministres les plus influents de la zone sont appelés à examiner et adopter le Guide méthodologique rénové sur l’indice harmonisé des prix à la consommation, indispensable pour maîtriser l’inflation. À cela s’ajoutent un Manuel pratique sur l’enregistrement des faits d’état civil ainsi qu’un guide méthodologique pour la conduite des recensements généraux de la population. Le Conseil prendra également connaissance de l’état de transposition des textes fiscaux et douaniers, de l’évolution du nouveau Programme économique régional, et de l’adhésion officielle de la Commission de la Cémac à la Coalition mondiale pour la justice sociale.

💡 POURQUOI C’EST IMPORTANT
En ce mois de juin 2026, la tenue de ce Conseil des ministres à Brazzaville est capitale car elle détermine la survie opérationnelle des organismes communautaires de la Cémac et la protection environnementale du Bassin du Congo. L’institution traverse une zone de fortes turbulences financières qui paralyse le déploiement des programmes d’action pourtant inscrits au budget. Grâce à l’hospitalité et au leadership stabilisateur du gouvernement congolais, ce sommet offre le cadre idéal pour transformer cette crise en opportunité de rupture.
C’est notamment ici que doit être arbitrée la mise en œuvre de la feuille de route interdisant l’exportation des bois tropicaux sous forme de grumes dans le bassin du Congo. En encadrant cette mesure environnementale et industrielle historique, tout en revalorisant les frais de dossiers des agréments fiscaux et comptables pour accroître les recettes de la taxe communautaire d’intégration, l’exécutif régional s’aligne sur la vision de durabilité et de souveraineté économique défendue au plus haut niveau par le Congo.
Vers des décisions courageuses pour briser le cercle vicieux de la crise financière
Le contexte de cette 45e session de l’UEAC est marqué par une lucidité obligatoire face aux difficultés économiques. Le président du comité Inter-États, Éric Mbendé, a tiré la sonnette d’alarme lors de son allocution d’ouverture à Brazzaville, qualifiant d’alarmants les chiffres issus des sources autorisées. Constatant que le fonctionnement même des organismes de la communauté est durement mis à mal, il a exhorté les ministres à examiner le dossier financier avec courage et lucidité pour formuler des propositions fortes capables de briser enfin cet interminable cercle vicieux.
Faisant écho à ce cri d’alarme, le vice-président de la Commission de la Cémac, Charles Assamba Ongodo, a rappelé que cette réunion s’inscrit dans la droite ligne du récent sommet des chefs d’État tenu à Brazzaville le 22 janvier dernier. Ce sommet de haut niveau, qui avait déjà mis en lumière la délicate situation financière de la zone, avait préconisé des mesures vigoureuses en vue du relèvement des économies de la sous-région. La Commission déploie depuis une énergie constante pour concrétiser cette ambition, rappelant le devoir collectif de répondre aux attentes pressantes des populations en matière d’emplois, d’infrastructures et de croissance inclusive.
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L’Afrique centrale parviendra-t-elle à concrétiser l’essor du commerce intra-communautaire d’ici 2027 ?
Le redressement de la trajectoire financière de la Cémac, réorienté avec pragmatisme par le comité des experts vers le Conseil des ministres, suscite un réel espoir pour l’accélération des grands chantiers de l’intégration régionale. Voir les États membres se mobiliser à Brazzaville pour renforcer la libre circulation des personnes et des biens ainsi que la transformation économique et industrielle de l’espace commun démontre une volonté politique renouvelée de bâtir une sous-région attractive pour les investissements.
Cependant, alors que le niveau du commerce intra-communautaire reste encore bien en deçà des immenses potentialités de la zone, les décisions courageuses attendues des ministres suffiront-elles à stimuler rapidement les échanges économiques réels sur le terrain ? Le débat sur l’efficacité des mécanismes de recouvrement de la taxe d’intégration est totalement ouvert, la résilience des institutions est mise à l’épreuve, et la projection vers un marché commun prospère et solidaire se joue dès aujourd’hui à Kintelé.



