En tournée d’inspection dans le Niari et la Bouenza, le ministre du Développement industriel a visité les grands sites cimentiers du pays. Face à une capacité de production supérieure à la demande locale, Brazzaville mise sur les partenariats public-privé et l’exportation pour diversifier l’économie.
Ce samedi 1er août 2026, l’industrie lourde s’affirme comme l’un des moteurs majeurs de la transformation économique en République du Congo. À l’issue d’une mission d’inspection et de prise de contact menée dans les départements du Niari et de la Bouenza, le ministre du Développement industriel, des Zones économiques spéciales et de la Promotion du secteur privé, Michel Djombo, a réaffirmé la volonté ferme du gouvernement de faire de la filière ciment un levier stratégique de croissance. Traversant les grands bassins de production du Sud du pays, cette tournée visait à évaluer le fonctionnement des usines existantes et à coordonner la stratégie nationale face à un marché local désormais en surcapacité. L’objectif de Brazzaville est clair : structurer un secteur compétitif, consolider les partenariats public-privé et conquérir les marchés sous-régionaux d’Afrique centrale.
Plus d infos sur Le Journal du Congo
Niari et Bouenza : Tour d’horizon des géants du ciment congolais, de Tao-Tao à Dangote Cement
La visite ministérielle a débuté dans le département du Niari, plus précisément dans le district de Louvakou, près de Dolisie. Michel Djombo s’est d’abord rendu sur le chantier de construction de la cimenterie Tao-Tao, fruit d’un partenariat avec des investisseurs indiens. Implantée au village Mafounbou, cette usine affiche un taux d’exécution des travaux de 90 % et s’apprête à livrer 600 000 tonnes de ciment par an dans sa phase initiale. À proximité, l’usine Forspak, portée par des capitaux chinois et opérationnelle depuis 2013, poursuit ses activités avec un rythme stabilisé à 300 000 tonnes par an, soit environ 750 tonnes quotidiennes.
Dans la Bouenza, le ministre a inspecté deux fleurons de l’industrie nationale. Au village Mfila (district de Yamba), la cimenterie Dangote Cement Congo, inaugurée en novembre 2017, tourne aujourd’hui à plein régime. Dotée d’équipements de dernière génération et d’un laboratoire de contrôle qualité moderne, cette usine dispose d’une capacité impressionnante de 1,5 million de tonnes par an. La tournée s’est achevée à l’usine Sonocc, structure où l’État congolais est coactionnaire aux côtés d’investisseurs chinois, et dont le fonctionnement dynamique confirme la bonne santé opérationnelle du secteur.

Surcapacité de production et partenariats public-privé : La stratégie de Brazzaville pour conquérir les marchés sous-régionaux
Les échanges entre le ministre Michel Djombo et les dirigeants des différentes unités industrielles ont mis en lumière une réalité économique incontournable : l’appareil productif congolais génère désormais un volume de ciment bien supérieur aux besoins de la consommation intérieure. Pour éviter l’asphyxie du secteur et maximiser la rentabilité des investissements, le gouvernement entend réorienter sa stratégie vers la compétitivité et l’ouverture commerciale.
Cette nouvelle feuille de route repose sur le renforcement des partenariats public-privé (PPP) et l’accompagnement ciblé des investissements productifs. En abaissant les coûts logistiques et en améliorant le cadre réglementaire, le Congo ambitionne de transformer cet excédent de production en véritable force d’exportation vers les pays voisins de la zone CEMAC et de la sous-région, notamment la République démocratique du Congo, le Gabon et la Centrafrique.
POURQUOI C’EST IMPORTANT
En ce mois d’août 2026, l’accélération de la politique industrielle dans la filière ciment est capitale car elle matérialise la volonté du Congo de diversifier son économie hors du secteur pétrolier. Analyser cette tournée ministérielle comme une simple visite de terrain serait une erreur de perspective : avec une capacité globale dépassant largement les 2,5 millions de tonnes par an, le Congo possède les atouts pour devenir le hub cimentier de l’Afrique centrale.
Développer des exportations régionales massives, optimiser le partenariat public-privé et garantir l’autosuffisance en matériaux de construction sont des enjeux de souveraineté économique, d’emploi local et de balance commerciale absolus pour la période 2026-2030. Si cette stratégie de conquête des marchés extérieurs réussit, l’industrie manufacturière deviendra l’un des premiers contributeurs au PIB national.
Plus d infos sur Le Journal du Congo
Diversification économique et prospective 2026-2030 : Le ciment, pilier de la souveraineté industrielle du Congo
Le repositionnement du secteur cimentier à l’échelle régionale s’inscrit dans la vision globale d’industrialisation portée par les autorités congolaises. En valorisant les ressources minières locales (notamment le calcaire de la Bouenza et du Niari), le pays consolide sa chaîne de valeur nationale et sécurise le financement de ses propres projets d’infrastructures.
Pour la période 2026-2030, la réussite de ce modèle dépendra de la fluidification des voies de transport routières, ferroviaires et fluviales, indispensables pour acheminer les surplus vers les frontières. La synergie entre les capitaux publics, les géants privés comme Dangote et les investisseurs asiatiques (indiens et chinois) offre au Congo un socle solide pour affronter la concurrence internationale.
Le constat dressé en ce milieu d’année 2026 témoigne de la maturité technique atteinte par l’industrie congolaise du ciment. En passant d’une logique d’import-substitution à une dynamique d’exportation offensive, le Congo pose les jalons d’une croissance durable et résiliente.
Dès lors, les corridors logistiques sous-régionaux seront-ils suffisamment performants pour absorber l’exportation des surplus de ciment congolais d’ici la fin de l’année 2026 ? La compétitivité des usines du Niari et de la Bouenza permettra-t-elle au Congo d’imposer ses tarifs dans l’espace CEMAC à l’horizon 2030 ? Le débat est ouvert, l’enthousiasme des industriels est réel, et le déploiement de cette politique stratégique va continuer de retenir toute notre attention.



