Une enquête scientifique et journalistique internationale révèle l’exportation massive d’uranium non déclaré dans les cargaisons d’hydroxyde de cobalt depuis le Katanga vers la Chine entre 2000 et 2024. Faille de contrôle, risques sanitaires et enjeux géopolitiques au cœur du « copper belt ».
Ce début d’août 2026, une onde de choc secoue le secteur minier mondial et la diplomatie atomique. La publication le 30 juillet 2026 d’une étude scientifique de l’Université de Princeton dans la revue Nature Communications, adossée à une enquête d’investigation menée par Lighthouse Reports, le Financial Times et Le Monde, met en lumière l’exportation de 2 000 à 5 000 tonnes d’uranium dissimulées dans les cargaisons de cobalt expédiées de la République démocratique du Congo (RDC) vers la Chine au cours des 24 dernières années. Alors que la législation congolaise interdit formellement toute exportation d’uranium non autorisée, ces révélations exposent les failles béantes de la chaîne de contrôle minier au Katanga, la contamination environnementale des populations locales et les répercussions géopolitiques liées aux matières fissiles.
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Du projet Manhattan à la transition énergétique : La géologie du Katanga au cœur d’un trafic d’uranium non déclaré
La région du Katanga, berceau de la ceinture cuprifère (copper belt), abrite une association géologique bien connue des experts : les gisements de cuivre et de cobalt y sont naturellement imbriqués à des concentrations notables d’uranium, minerai historique ayant alimenté la première bombe atomique depuis la mine de Shinkolobwe. Avec l’explosion de la demande mondiale de cobalt pour la fabrication des batteries de véhicules électriques, des processeurs pour l’intelligence artificielle et des alliages aérospatiaux, les exportations depuis la RDC se sont intensifiées, destinées à 95 % vers les raffineries chinoises.
L’enquête s’appuie sur des modélisations géochimiques validées par des échantillons conservés à l’AfricaMuseum de Tervuren (Belgique) et sur un mémo confidentiel de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) datant de 2009. Les résultats indiquent que sur le site géant de Tenke Fungurume Mining (TFM) — propriété de l’Américain Freeport-McMoRan puis du groupe chinois CMOC depuis 2016 —, des pics de contamination atteignant 1 100 ppm d’uranium ont été relevés, soit 15 fois le seuil légal. Faute d’importations suffisantes d’acide phosphorique, réactif indispensable pour extraire l’uranium du cobalt avant l’embarquement, ces cargaisons contaminées ont quitté le territoire congolais sans traitement adéquat.

Failles institutionnelles à Kinshasa et risques sanitaires majeurs pour les populations du Katanga
Interrogées par les enquêteurs, les autorités de sûreté nucléaire congolaises (CENAT et CNPRI) reconnaissent l’existence d’une faille de contrôle majeure. Steve Muanza, responsable de l’Agence congolaise de l’énergie nucléaire, a jugé « probable » que l’uranium soit séparé à l’étranger après l’exportation du minerai. Pour tenter de combler ce trou noir sécuritaire, Kinshasa sollicite des financements urgents afin de doter la Route nationale 1 et le poste-frontière avec la Zambie de portiques de détection de radioactivité pour scanner les semi-remorques à destination des ports d’Afrique australe.
Au-delà de la gouvernance minière, l’impact humain s’avère critique. L’absence de barrières étanches autour des résidus miniers expose les riverains de Kolwezi et Lubumbashi à des radiations répétées. Des études médicales antérieures avaient déjà établi que le travail paternel dans les usines ou mines du Katanga multipliait par cinq le risque de malformations congénitales chez les nouveau-nés. En parallèle, l’enquête révèle qu’à la raffinerie de Kokkola en Finlande, l’uranium résiduel extrait du cobalt congolais fait l’objet d’un encadrement strict sous permis de l’autorité de sûreté nucléaire STUK, démontrant qu’une gestion rigoureuse demeure techniquement possible.
POURQUOI C’EST IMPORTANT
En ce mois d’août 2026, la publication de cette enquête est fondamentale car elle met à nu les dérives de la traçabilité des métaux critiques au cœur de la transition énergétique mondiale. Analyser ces exportations d’uranium comme un simple dysfonctionnement administratif serait une erreur de perspective : l’exportation de matières fissiles non comptabilisées pose un défi direct au régime international de non-prolifération nucléaire et à la souveraineté de la RDC sur ses ressources stratégiques.
Mettre en place un contrôle radiologique strict aux frontières, imposer la séparation de l’uranium par acide phosphorique avant toute exportation de cobalt et protéger la santé des populations du Katanga sont des enjeux de sécurité internationale, de responsabilité sociétale des entreprises et de gouvernance minière absolus pour la période 2026-2030. Si la RDC et ses partenaires multilatéraux n’assainissent pas la filière du cobalt, le coût humain et environnemental du virage énergétique continuera d’alourdir le bilan de la région.
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Prospective 2026-2030 : Vers une certification radiologique obligatoire du cobalt africain ?
Les révélations de l’étude Nature Communications forcent les gouvernements, les négociants et les géants industriels de l’automobile et des technologies à réévaluer leurs chaînes d’approvisionnement en métaux critiques. Si le négociant Glencore sur son site de Kamoto (KCC) et le groupe ERG à Metalkol ont déjà suspendu provisoirement leurs exportations par le passé pour installer des modules de séparation d’uranium, la généralisation de ces standards à l’ensemble des opérateurs devient une priorité absolue.
Pour la période 2026-2030, la RDC devra imposer la certification radiologique obligatoire délivrée par des laboratoires indépendants avant la délivrance de tout passeport d’exportation. La crédibilité des mécanismes de gouvernance environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) exigera une transparence totale sur le devenir des sous-produits d’uranium dans les pays importateurs.
Le constat dressé en ce milieu d’année 2026 confirme que la quête de métaux stratégiques pour l’économie numérique ne peut plus s’exonérer du respect des normes sanitaires et du droit international.
Dès lors, l’installation de portiques de détection aux frontières zambiennes permettra-t-elle de bloquer les cargaisons de cobalt contaminées dès la fin de l’année 2026 ? L’Union européenne et les régulateurs internationaux imposeront-ils une norme radiologique stricte sur le cobalt entrant d’ici 2030 ? Le débat est ouvert, l’alerte sanitaire est lancée, et la restructuration du secteur minier au Katanga va continuer de retenir toute notre attention.



