Le programme du candidat Denis Sassou-Nguesso fait de l’électricité une priorité du prochain quinquennat : porter les capacités installées à 3 000 MW, doubler le réseau de transport et de distribution, en s’appuyant sur le gaz, l’hydroélectricité et le solaire.
À l’approche de la présidentielle du 15 mars 2026, le chef de l’État place la question énergétique au rang de ses priorités stratégiques, au même niveau que la paix ou les finances publiques. L’idée portée par le programme est claire : tant que les quartiers restent dans le noir, que les ateliers dépendent des groupes électrogènes et que les petites entreprises voient leur matériel à l’arrêt, le discours sur l’emploi des jeunes et l’innovation reste théorique. En affichant l’objectif d’atteindre environ 3 000 MW de capacités installées d’ici la fin du quinquennat 2026-2031, le candidat entend signifier que le Congo ne veut plus subir ses carences énergétiques, mais préparer une montée en puissance industrielle, agricole et numérique.
Pour la jeunesse congolaise, qui représente environ 70 % de la population active selon le ministère de l’Agriculture, la promesse est implicite mais lisible : moins de coupures, plus de continuité, donc plus de projets possibles. L’électricité, dans ce programme, n’est pas un sujet technique isolé : elle est présentée comme la condition préalable à toute politique d’emploi crédible.
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Ce que le Congo produit aujourd’hui
En 2025, la République du Congo dispose d’une capacité installée estimée à 751 MW, pour une demande évaluée à 600 MW. Sur le papier, l’offre dépasse la demande. Dans les faits, le pays subit des délestages quotidiens, parfois plusieurs heures par jour, qui affectent aussi bien les ménages que les entreprises.
Le parc de production repose sur deux piliers. Le premier est le gaz naturel : la Centrale électrique du Congo (CEC), exploitée à Pointe-Noire en partenariat avec Eni-Congo, affiche une capacité de 484 MW après l’installation d’une troisième turbine. La CEC fournit à elle seule environ 60 % de l’énergie consommée dans le pays. La Centrale électrique de Djeno (CED), exploitée par le turc Aksa Enerji et alimentée par les champs d’Eni, apporte une capacité complémentaire. Le second pilier est l’hydroélectricité, avec trois barrages opérationnels : Imboulou (120 MW), construit avec un financement chinois à 85 % et inauguré en 2011 ; Moukoukoulou (74 MW), opérationnel depuis 1979 et actuellement en cours de réhabilitation ; Liouesso (19 MW), inauguré en 2019 dans le nord du pays. Le Congo a également inauguré en mai 2023 la première tranche d’une centrale hybride thermique-solaire à Impfondo, d’une capacité prévue de 3,4 MW.
Ces chiffres révèlent un déséquilibre structurel : le gaz naturel assure environ trois quarts de la production d’électricité, l’hydroélectricité un quart, et le solaire reste marginal. Le potentiel hydroélectrique total du pays est estimé à 22 000 MW, dont seulement 3 % sont aujourd’hui exploités.
Un plan de redressement
Le véritable problème du Congo n’est pas tant la production que le transport. La ligne haute tension Pointe-Noire-Brazzaville, colonne vertébrale du réseau national, date de plus de quarante ans.
Le ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique, Émile Ouosso a engagé un plan avec Eni-Congo : remplacement des transformateurs de Loudima, Djiri, Tsiélampo, Ngoyo et Côte Matève, réhabilitation du barrage de Moukoukoulou, et modernisation de la ligne 225 kV avec le soutien d’une enveloppe additionnelle de la Banque mondiale. L’objectif officiel est de récupérer les 200 MW perdus et d’atteindre un réseau sans délestage à Brazzaville d’ici septembre 2026.
Le Pacte national énergétique de la République du Congo, préparé dans le cadre de la Mission 300 de la Banque mondiale et signé en 2025, chiffre la demande supplémentaire totale à 3 508 MW à l’horizon 2030, en tenant compte de l’alimentation des industriels et des projets d’exportation vers Kinshasa et Cabinda. Le coût global des investissements nécessaires pour l’expansion du parc de production est évalué à 6 134 milliards de FCFA, soit environ 9,4 milliards de dollars.
Le programme 2026-2031 : les projets en portefeuille
Pour atteindre l’objectif de 3 000 MW, le programme s’appuie sur un portefeuille de projets à différents stades d’avancement. Le plus emblématique est le barrage de Sounda, dans le département du Kouilou, dont la capacité prévue est de 600 à 800 MW. Un protocole d’accord a été signé avec China Overseas Co Ltd, et le porte-parole du gouvernement a annoncé en septembre 2024 que les travaux débuteraient en janvier 2025, pour un achèvement prévu en 2030. Le coût est estimé à 9,4 milliards de dollars. La réalisation effective de ce chantier dans les délais annoncés sera un test majeur de crédibilité pour le programme.
D’autres projets hydroélectriques sont en portefeuille : les centrales de Morala (230 MW) et Nyanga (101 MW), confiées au consortium Energaz-CGGC (China Gezhouba Group Corporation) ; les centrales de Murala (150 MW), Kouembali (150 MW) et Loufoulakari (50 MW), à différents stades d’études. Le projet binational de Chollet (600 MW), sur la rivière Dja à la frontière camerounaise, a fait l’objet d’un protocole d’accord dès 2010 et d’un choix de constructeur en 2021, mais reste en attente de financement.
Côté énergies renouvelables, un protocole d’accord a été signé en juin 2024 avec la société émiratie AMEA Power pour un projet solaire photovoltaïque de 100 MW, le premier à cette échelle au Congo. Le programme prévoit également le développement de microcentrales hydroélectriques et de projets biomasse, sans que des calendriers précis n’aient été communiqués.
Le volet transport et distribution prévoit de doubler le réseau existant de lignes. Le programme d’électrification des zones rurales (PEZOR), présenté aux ambassadeurs et partenaires financiers en septembre 2025, vise 700 000 nouveaux branchements en zone urbaine et entre 106 000 et 150 000 en zone rurale d’ici 2030, pour un coût estimé à 87 milliards de FCFA.
L’accès à l’électricité : le chiffre qui résume tout
Derrière les mégawatts et les milliards, un indicateur mesure l’impact concret de toute politique énergétique : le taux d’accès à l’électricité. Selon le Pacte national énergétique, il se situe actuellement à 32 % au niveau national. Le ministre Ouosso a précisé les disparités : environ 64 % en milieu urbain (en comptant les branchements illicites), 15 % dans les villes secondaires, et environ 10 % en zone rurale. L’objectif gouvernemental est de porter ce taux à 81 % d’ici 2030, avec 90 % en zone urbaine et 50 % en zone rurale.
Ces chiffres donnent la mesure du défi. Atteindre 3 000 MW de capacités installées ne servirait à rien si le réseau de transport continue de perdre la moitié de l’énergie en chemin, ou si les branchements en zone rurale restent à 10 %.
Le programme du candidat Sassou-Nguesso lie explicitement les deux dimensions — production et distribution — ce qui constitue une avancée par rapport aux plans.
L’électricité comme levier pour la jeunesse
Le volet énergétique du programme est intimement connecté au discours sur l’emploi des jeunes. Sans courant fiable, les projets restent sur le papier : fermes modernes qui ne peuvent pas fonctionner, ateliers de transformation qui tournent au ralenti, espaces numériques qui ferment à la première coupure, petites unités agroalimentaires qui ne peuvent pas assurer la chaîne du froid.
Pour un jeune entrepreneur à Nkayi, à Dolisie ou dans un district du Pool, l’électricité est la condition préalable. Un cyber qui reste ouvert le soir, un atelier de soudure qui tourne sans interruption, une unité de transformation qui fonctionne en continu — tout cela suppose un réseau qui délivre ce qu’il promet. La Société nationale d’électricité prévoit la formation de 300 techniciens locaux dans le cadre du plan de modernisation, avec des bourses destinées en priorité aux jeunes diplômés des écoles d’ingénieurs de Pointe-Noire et de Brazzaville. Les chantiers à venir — barrages, lignes, postes de transformation, centrales solaires — représentent également un gisement d’emplois dans les métiers de l’énergie.
Le programme mise sur un effet d’entraînement : en sécurisant l’approvisionnement électrique, le gouvernement entend créer les conditions pour que les investissements privés — nationaux et étrangers — se déploient dans l’industrie, l’agriculture mécanisée, le numérique et les services. C’est la logique qui sous-tend l’Agri-hub d’Eni-Congo à Loudima, la Distillerie du Congo à Nkayi, ou les projets de zone économique spéciale autour de Pointe-Noire : tous supposent un réseau électrique fiable.



