PRETORIA – Nouveau coup de théâtre dans le feuilleton médiatique de Stellio Gilles Robert Capo Chichi, plus connu sous le pseudonyme de Kemi Seba. L’influenceur panafricaniste, qui s’est bâti une réputation sur une rhétorique de rupture radicale, a été interpellé lundi dernier en Afrique du Sud.
Selon un communiqué de la police locale, l’homme a été arrêté dans un centre commercial de Pretoria alors qu’il s’apprêtait, semble-t-il, à quitter clandestinement le territoire.
Justice : la fin d’une cavale
Loin des plateaux de télévision et des lives enflammés sur les réseaux sociaux, c’est une réalité beaucoup plus prosaïque qui a rattrapé l’activiste. Kemi Seba a été arrêté en compagnie de son fils de 18 ans et d’un « facilitateur ». Ce dernier aurait perçu la coquette somme de 250 000 rands (environ 13 000 euros) pour aider le duo à franchir illégalement la frontière vers le Zimbabwe via le fleuve Limpopo, avec pour objectif final de rejoindre l’Europe.
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Cette arrestation met en lumière un décalage flagrant entre le discours public de l’homme — prônant la souveraineté africaine et le rejet de l’Occident — et ses actes privés, consistant à payer des passeurs pour tenter de regagner le continent européen. Pour de nombreux observateurs, cette tentative de fuite ressemble davantage à la manœuvre d’un homme cherchant à échapper à ses responsabilités qu’à l’acte de bravoure d’un militant politique.
Stellio Capo Chichi : Entre militantisme et culte de la personnalité
Kemi Seba, qui compte 1,5 million d’abonnés, a souvent été critiqué pour sa propension à la mise en scène. Derrière le combat pour le panafricanisme, l’homme semble cultiver une soif de lumière permanente. Ses détracteurs voient en lui un personnage qui agit moins comme un leader d’opinion que comme un gourou politique, captivant une audience jeune par des diatribes virulentes tout en s’assurant une visibilité maximale.
Sa déchéance de la nationalité française en 2024, qu’il avait théâtralisée en brûlant son passeport en public, n’était qu’un épisode de plus dans sa stratégie de communication. Pourtant, l’enquête menée en France sur ses liens supposés avec le groupe paramilitaire russe Wagner et les révélations des « Wagner Leaks » suggèrent une influence bien plus trouble. Les documents piratés indiquaient que ses actions auraient été, à une époque, financées et guidées par feu Evgueni Prigojine, jetant une ombre sur l’authenticité de son engagement « souverainiste ».
Sous la menace d’une extradition vers le Bénin
Le Bénin, son pays d’origine, ne l’entend pas de cette oreille. Un mandat d’arrêt international pèse sur lui pour « apologie de crimes contre la sûreté de l’État et incitation à la rébellion ». Les autorités béninoises lui reprochent d’avoir activement soutenu, par voie numérique, la tentative de coup d’État déjouée du 7 décembre 2025 contre le président Patrice Talon, allant jusqu’à qualifier ce jour de « jour de la libération ».
Placé en détention provisoire en Afrique du Sud, Kemi Seba attend désormais sa comparution prévue pour le 20 avril 2026. Une procédure d’extradition est d’ores et déjà en cours. Pour celui qui voyageait avec un passeport diplomatique nigérien octroyé par la junte de Niamey, le retour au pays pourrait s’avérer beaucoup moins triomphal que prévu. La justice béninoise attend désormais de confronter l’influenceur à la réalité des faits, loin des filtres des réseaux sociaux.



