Après 137 ans d’exil, le dernier des huit oiseaux de pierre sculptés a regagné sa terre natale. Ce retour, salué comme une victoire historique par le président Emmerson Mnangagwa, clôt un long chapitre de spoliation coloniale et marque une étape majeure pour la restitution culturelle sur le continent africain.
Plus d infos sur Le Journal du Congo
Un symbole sacré au cœur de l’identité nationale
L’oiseau du Zimbabwe n’est pas qu’une simple œuvre d’art ; c’est le pilier central de l’identité du pays. Présent sur le drapeau national, les billets de banque et les armoiries, cet aigle majestueux en stéatite (pierre de savon) est un lien direct avec le passé prestigieux du royaume.

Ces sculptures trônaient autrefois sur les murs du Grand Zimbabwe, une cité médiévale en pierre construite entre le XIe et le XVe siècle. Pour les Shona, qui représentent la majorité de la population, ainsi que pour la minorité Venda, ces oiseaux possèdent une profonde signification spirituelle, représentant souvent l’aigle bateleur, considéré comme un messager sacré.
Le récit d’un pillage colonial de plus d’un siècle
Le déracinement de ces icônes a commencé en 1889, lorsqu’un chasseur européen, Willi Posselt, a arraché la première sculpture de sa colonne malgré les protestations des populations locales. Il l’a ensuite vendue à l’impérialiste britannique Cecil Rhodes. Au fil des années, d’autres spécimens ont été emportés par des commerçants et des missionnaires, finissant leur course dans des musées en Afrique du Sud ou en Allemagne.
Pendant des décennies, le « Rhodes Will Act » de 1910, une loi coloniale sud-africaine, a empêché le transfert de la dernière sculpture, affirmant que les possessions de Rhodes ne pouvaient être cédées. Il aura fallu des années de négociations diplomatiques intenses pour que l’Afrique du Sud accepte enfin de contourner ce verrou législatif et de restituer ce trésor à son propriétaire légitime.
Une restitution rare entre nations africaines
Ce qui rend ce retour exceptionnel, c’est qu’il s’agit d’une restitution opérée entre deux pays africains. En plus de la sculpture, l’Afrique du Sud a rapatrié huit ensembles de restes humains, exhumés à l’époque coloniale à des fins de « pseudoscience » raciale.

Pour le Zimbabwe, ce rapatriement est un « retour spirituel ». Les huit oiseaux sont désormais réunis dans le musée situé sur le site du Grand Zimbabwe. Cet événement intervient alors que le pays continue de réclamer au Royaume-Uni le retour des crânes de héros de la lutte anti-coloniale, considérant que la pleine souveraineté d’une nation passe nécessairement par la réappropriation de son patrimoine et de son histoire.



