La diplomatie africaine vient de vivre un séisme dont les répliques se font sentir jusqu’au siège des Nations Unies. Alors que l’on prêtait à l’ancien président sénégalais Macky Sall une marche triomphale vers la succession d’António Guterres, le rideau est tombé brutalement ce vendredi 27 mars 2026. Dans un désaveu sans précédent, vingt États membres de l’Union africaine (UA) ont opposé leur veto à son investiture, marquant l’échec d’une stratégie de conquête qui aura duré plusieurs mois.
L’échec cuisant de la « procédure d’approbation tacite »
Tout s’est joué sur un mécanisme technique aux conséquences politiques dévastatrices. L’initiative, portée par le Burundi qui assure la présidence tournante de l’UA, avait été soumise via la procédure dite « d’approbation tacite ». Ce sceau diplomatique prévoyait que le texte soit adopté si moins d’un tiers des 55 pays membres ne soulevait d’objections. Le couperet est tombé : 20 pays, soit bien plus que le quorum de rejet, ont rompu le silence. La Commission de l’UA, dans une note consultée par RFI, a dû acter l’impossibilité de retenir ce projet de décision. Macky Sall se retrouve donc privé du précieux « bloc africain », moteur indispensable pour toute ambition au 38e étage de l’ONU.
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Le désaveu frontal du Sénégal : Une rupture consommée
Le coup de grâce est venu de Dakar. Après plusieurs semaines d’un silence pesant, les nouvelles autorités sénégalaises ont officiellement fait connaître leur refus de soutenir leur ancien président. Dans une missive de la mission permanente du Sénégal auprès de l’UA, le gouvernement est on ne peut plus clair : il n’a été « à aucun stade associé à l’initiative » et ne saurait être considéré comme « partie prenante ». Pour Dakar, cette candidature n’est pas celle de la nation. Ce rejet s’inscrit dans un contexte de relations glaciales entre le nouveau régime et Macky Sall, les autorités actuelles l’accusant d’avoir lourdement endetté le pays et pointant sa responsabilité dans la répression sanglante des manifestations entre 2021 et 2024.
Le barrage diplomatique : Tunisie, Afrique du Sud et Nigeria en première ligne
Le Sénégal n’a pas été seul dans cette fronde. Dix-neuf autres nations, dont des poids lourds du continent comme l’Afrique du Sud, la Tunisie et le Nigeria, ont fait barrage. Les arguments avancés dépassent le simple cadre des affinités politiques. Abuja a notamment invoqué un principe fondamental du multilatéralisme : la rotation géographique. Pour le Nigeria, une désignation africaine à ce stade violerait l’usage voulant que le prochain Secrétaire général soit issu de la zone Amérique latine et Caraïbes. Ce rappel à l’ordre institutionnel montre que l’unité africaine, bien que souvent recherchée, ne se fait pas au détriment des équilibres mondiaux établis.
Une ambition mondiale désormais orpheline
Privé du parrainage de l’UA et contesté par son propre pays, Macky Sall voit ses chances s’amenuiser considérablement face à des concurrents qui disposent déjà de soutiens régionaux consolidés. Si, techniquement, n’importe quel État membre de l’ONU peut encore présenter sa candidature, le poids politique d’un candidat « désavoué par les siens » est un handicap quasi insurmontable dans les couloirs du Conseil de sécurité. Ce retournement de situation marque la fin d’une ère pour l’influence diplomatique de l’ancien président sénégalais et souligne la volonté des nouvelles puissances africaines d’imposer une nouvelle éthique de sélection pour les hauts postes internationaux.



