Le candidat de la majorité présidentielle a tenu meeting le 3 mars à Kinkala, chef-lieu du département du Pool — le territoire le plus meurtri par les guerres civiles congolaises. Entre promesses d’électrification et geste symbolique des sages demandant de « recoudre les pans déchirés », la visite révèle les attentes d’un département
Cinquième étape d’une campagne lancée le 28 février à Pointe-Noire, le candidat Denis Sassou-Nguesso a tenu meeting le 3 mars à Kinkala, chef-lieu du département du Pool. Devant une foule rassemblée pour l’occasion, représentants des jeunes, des femmes et des sages ont pris la parole pour exprimer leur soutien au président sortant, tout en égrenant une liste de demandes concrètes : routes bitumées dans les districts, emplois, petites industries de transformation, finalisation du tronçon Ngambari-Mindouli et construction d’un lycée moderne à Kinkala.
En réponse, le candidat a promis l’électrification « sous peu » de Louingui, Loulou et Boko, la construction de barrages sur le coude du fleuve Congo, un programme de mécanisation agricole et un lycée moderne. Il s’est engagé à ce que le prochain gouvernement « œuvre en faveur des initiatives des femmes et de la jeunesse afin que celles-ci n’aillent plus dans d’autres aventures que celle du développement du Pool ».
Pourquoi le Pool n’est pas un département comme les autres
Pour mesurer ce qui se joue dans ce meeting, il faut rappeler ce que le mot « Pool » signifie dans l’histoire politique congolaise récente.
Ce département a été le théâtre de deux guerres. La première, de 1998 à 2005, a opposé les forces gouvernementales aux miliciens Ninja dirigés par Frédéric Bintsamou, alias Pasteur Ntumi. La seconde, d’avril 2016 à décembre 2017, a éclaté après l’élection présidentielle contestée de mars 2016. Selon l’International Crisis Group, cette résurgence a fait plus de 81 000 déplacés — soit environ un tiers de la population du département, estimée à 300 000 habitants. Le bilan de la première phase est plus lourd encore : les estimations les plus élevées parlent de centaines de milliers de morts sur l’ensemble des guerres civiles congolaises.
Pendant le conflit de 2016-2017, six des treize districts du Pool étaient qualifiés « en détresse » par les élus locaux eux-mêmes. Des villages entiers ont été détruits ou brûlés. Le trafic ferroviaire sur le CFCO a été interrompu, aggravant les pénuries alimentaires. Le taux de malnutrition a dépassé le seuil d’urgence de 15 % pour atteindre 20 % dans certaines localités, selon les Nations unies. Amnesty International et l’Observatoire congolais des droits de l’homme ont documenté des exactions des deux camps, incluant des exécutions extrajudiciaires, des arrestations arbitraires et des violences sexuelles.
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Le cessez-le-feu du 23 décembre 2017, signé à Kinkala même, a mis fin aux hostilités. Un programme DDR (Désarmement, Démobilisation, Réinsertion) a été lancé avec l’appui du PNUD. Plus de 8 000 armes ont été collectées et détruites. Mais la reconstruction du département reste embryonnaire. La reconstruction publique n’a réellement commencé, de manière « timide » selon les chercheurs de l’université Aix-Marseille, qu’en 2012-2013 pour la première guerre — soit dix ans après le cessez-le-feu. Pour la seconde, le schéma semble se répéter : un atelier d’imprégnation du PDDR s’est tenu à Kinkala en septembre 2023, huit ans après le début des hostilités, six ans après l’accord de paix.
L’aiguille des sages : un symbole chargé d’histoire
Le moment le plus fort du meeting est probablement celui que l’article source rapporte sans le contextualiser : les sages du Pool ont remis au candidat une aiguille, symbole pour « recoudre le tissu Congo du Sud au Nord, de l’Est à l’Ouest ». Le vieux Nkangou, président des sages, a déclaré : « Soyez donc l’artisan de l’unité et le garant de l’Union des filles et fils du Congo. »
Ce geste n’est pas anodin. Le département du Pool est historiquement peuplé en majorité de Lari, un sous-groupe Kongo du sud du pays. Les guerres civiles congolaises se sont articulées en partie sur des lignes ethniques et régionales : le nord soutenant Sassou-Nguesso (Mbochi), le sud ayant été le bastion de l’opposition (Kolélas, puis Ntumi). Demander au candidat du nord de « recoudre les pans déchirés » revient à lui dire, en langage diplomatique des aînés : les plaies ne sont pas fermées.



