À Makélékélé, berceau historique du MCDDI, Euloge Landry Kolélas a réuni plus de 300 sages pour les appeler à voter Denis Sassou-Nguesso le 15 mars. Le parti fondé en 1989 par l’ancien Premier ministre Bernard Kolélas, longtemps principal rival du président sortant, fait aujourd’hui campagne pour celui qu’il combattait hier.
Euloge Landry Kolélas, directeur local de campagne du candidat Denis Sassou-Nguesso à Makélékélé, a rencontré le 5 mars les sages du premier arrondissement de Brazzaville pour susciter leur adhésion au candidat de la majorité présidentielle. Devant plus de 300 sages et notables des comités de quartiers Mayoula, Niania, Centre sportif et Ngassa, le président du Mouvement congolais pour la démocratie et le développement intégral (MCDDI) a justifié le choix porté sur Denis Sassou-Nguesso par « la confiance qu’il porte en lui dans la gouvernance publique et le développement économique du Congo ».
« Nous devons ratisser large le 15 mars pour faire élire notre candidat, car vous ne serez pas déçus. Nous devons lui donner la chance de poursuivre les réalisations entamées pendant ce mandat finissant », a lancé Euloge Landry Kolélas à l’assemblée des sages. Outre les actions de porte-à-porte, l’équipe de campagne a annoncé l’organisation d’autres rencontres avec la population dans les jours précédant le scrutin.
Le MCDDI : de l’opposition à la majorité
La scène a une portée symbolique considérable pour quiconque connaît l’histoire politique congolaise. Le MCDDI a été fondé le 3 août 1989 par Bernard Kolélas, figure majeure de l’opposition au régime de parti unique, cofondateur du parti avec l’écrivain Sony Labou Tansi. Lors de la première élection présidentielle pluraliste de 1992, Bernard Kolélas était arrivé deuxième, derrière Pascal Lissouba, avec 38 % des voix au second tour. Son parti dominait alors Brazzaville aux élections locales et contrôlait la quasi-totalité des sièges de députés dans la région du Pool.
Makélékélé et Bacongo, les deux arrondissements du sud de Brazzaville, constituaient le bastion historique du MCDDI et de ses miliciens Ninja. Pendant les guerres civiles des années 1990, ces quartiers ont été le théâtre d’affrontements entre les milices de Kolélas et les forces de Denis Sassou-Nguesso, revenu au pouvoir en 1997 après un conflit armé qui a dévasté la capitale.
Le rapprochement entre Bernard Kolélas et Sassou-Nguesso s’est amorcé en 2005, lorsque le fondateur du MCDDI est rentré d’exil pour assister aux obsèques de son épouse, bénéficiant d’une amnistie présidentielle. En 2007, il est élu député de Goma Tsé-Tsé. En 2009, il appelle à voter Sassou-Nguesso à la présidentielle. Il meurt le 13 novembre 2009 à Courbevoie, à l’âge de 76 ans.
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Les frères ennemis
La succession de Bernard Kolélas a fracturé le parti. Son fils Guy Brice Parfait Kolélas, qui a pris la tête du MCDDI après la mort de son père, s’est opposé au changement de Constitution de 2015 qui permettait à Sassou-Nguesso de briguer un troisième mandat consécutif. Il s’est présenté contre le président sortant à l’élection de mars 2016, puis de nouveau en 2021, devenant le principal candidat d’opposition. Il est décédé le 22 mars 2021, le jour même du scrutin, des suites du Covid-19, alors qu’il était évacué vers la France.
Son frère Euloge Landry Kolélas a fait le choix inverse. Dès 2015, il a soutenu le changement de Constitution. En mars 2016, alors que Guy Brice Parfait Kolélas se présentait contre Sassou-Nguesso sous les couleurs du MCDDI, Euloge Landry a publiquement appelé les militants à voter pour le président sortant, déclarant que « Bernard Kolélas ne nous a pas laissés à l’opposition mais plutôt à la majorité présidentielle ». Nommé ministre du Commerce extérieur et de la Consommation en 2015, puis haut-commissaire à la réinsertion des ex-combattants en août 2017, il dirige aujourd’hui le MCDDI et conduit la campagne du candidat Sassou-Nguesso dans l’arrondissement même qui fut le fief de son père.
Makélékélé en 2026
L’arrondissement de Makélékélé, premier arrondissement de Brazzaville, est l’un des plus peuplés de la capitale. Son histoire politique en fait un terrain sensible : c’est ici que la population à majorité Lari et Kongo a longtemps exprimé son soutien à l’opposition, d’abord à Bernard Kolélas, puis à son fils Guy Brice Parfait. Le ralliement du MCDDI à la majorité présidentielle ne signifie pas mécaniquement que l’électorat de Makélékélé suivra. En 2009, lorsque Bernard Kolélas avait appelé à voter Sassou-Nguesso, l’abstention dans ses anciens bastions avait été très élevée.
Le scrutin du 15 mars dira si le nom Kolélas conserve sa capacité de mobilisation dans ce quartier, et dans quel sens.



