Le Carnet de route du candidat Denis Sassou-Nguesso fait des routes et du désenclavement une priorité du quinquennat 2026-2031 : densifier le réseau national, relier les zones de production aux marchés, connecter le Congo à ses voisins.
Quand on parle d’élection présidentielle, on pense rarement aux routes. Pourtant, au Congo-Brazzaville, peu de sujets affectent aussi directement le quotidien des six millions d’habitants. La possibilité de livrer un produit agricole en ville, de rejoindre un centre de formation, de se rendre à un concours ou à un entretien d’embauche sans perdre des journées entières dans les aléas du trajet — tout cela dépend de l’état du réseau routier. Dans son programme « L’accélération de la marche vers le développement », le candidat Denis Sassou-Nguesso fait des infrastructures de transport l’un des trois piliers du déploiement des infrastructures de base, aux côtés de l’énergie et du numérique.
Ce que le Carnet de route promet
Le programme 2026-2031 détaille plusieurs engagements en matière routière. Le premier est de « densifier le réseau routier national pour permettre la circulation des marchandises de n’importe quel lieu de production vers n’importe quel autre lieu de consommation sur le territoire national ». Le document précise que « des routes seront construites aussi à toutes les frontières terrestres, en un ou plusieurs points d’entrée ou de sortie, pour relier le Congo aux autres pays de la sous-région Afrique centrale ».
Le deuxième axe concerne le chemin de fer. Le programme prévoit de « moderniser la voie ferrée principale », le chemin de fer Congo-Océan (CFCO), reliant Brazzaville à Pointe-Noire, afin d’élargir l’offre de transport de marchandises et de contribuer à l’intégration physique sous-régionale. Il propose également d’« inciter des investisseurs privés à construire, en mode concessif, des lignes de chemin de fer pour le transport des minerais des lieux de production vers le port de Pointe-Noire ou vers des voies navigables ».
Le troisième axe porte sur les voies navigables. Le programme prévoit de « rendre navigables en permanence les principaux affluents du fleuve Congo » — Sangha, Oubangui, Alima, Likouala-Mossaka — ainsi que le fleuve Kouilou-Niari qui se jette dans l’Atlantique. Cette dimension fluviale est particulièrement importante pour le nord du pays, où les routes sont rares et les cours d’eau constituent souvent le seul moyen de transport.
Enfin, le programme mentionne la construction du pont route-rail entre Brazzaville et Kinshasa, un projet inscrit dans l’Agenda 2063 de l’Union africaine et financé par la Banque africaine de développement à hauteur de 550 millions de dollars. Le président de la République a lancé les travaux de réhabilitation et de modernisation du CFCO le 27 février 2026 à Brazzaville.
Plus d infos sur Le Journal du Congo
Le défi du bitumage
Pour mesurer l’ampleur du défi, il faut partir des chiffres. En août 2020, à l’occasion du soixantième anniversaire de l’indépendance, Denis Sassou-Nguesso lui-même a dressé le bilan : 3 111 kilomètres de routes bitumées construites depuis 1960, alors que le pays ne disposait à l’indépendance d’« aucun kilomètre de chaussée asphaltée, sauf quelques voiries bitumées dans les quartiers résidentiels des ressortissants européens à Brazzaville, Pointe-Noire et Dolisie ».
Le Congo, avec ses 342 000 km² de territoire, présente un réseau routier total estimé à environ 23 000 km, dont l’essentiel reste en terre.
Depuis mars 2019, la gestion des principaux axes bitumés a été confiée à La Congolaise des Routes (LCR), une société privée détenue par le chinois CSCEC (70 %), Egis Projects (15 %) et l’État congolais (15 %), dans le cadre d’une concession de trente ans. Les corridors concernés sont Brazzaville-Pointe-Noire (535 km), Brazzaville-Ouesso (835 km) et Brazzaville-Mindouli (150 km), soit environ 1 520 km — près de la moitié du réseau bitumé total.
Le programme de construction routière
Le Carnet de route ne chiffre pas précisément le nombre de kilomètres à construire durant le quinquennat 2026-2031. Mais le précédent programme, « Ensemble, poursuivons la marche » (2021-2026), fixait un objectif explicite : « ouvrir et aménager chaque année, à partir de 2022, cinq cents kilomètres de route sur l’ensemble du territoire national ». Le programme actuel note qu’« en raison de l’insuffisance des ressources financières publiques, nombre de ces infrastructures n’ont pas encore été construites » et que « quelques-unes seulement sont en voie d’achèvement ».
Le bitumage d’un kilomètre de route coûte entre 500 millions et un milliard de FCFA selon les estimations courantes en Afrique de l’Ouest et centrale. Bitumer 500 km par an représenterait un investissement annuel de 250 à 500 milliards de FCFA — un montant considérable pour un pays dont le budget total des recettes publiques est ciblé à 5 000 milliards de FCFA par le programme.
Ce que les routes changent concrètement
Au-delà des chiffres, l’enjeu routier se mesure dans la vie quotidienne. Avec le développement et le bitumage de nouvelles routes, un agriculteur de la Bouenza pourra acheminer plus facilement ses produits vers Nkayi ou Dolisie et accéder aux marchés urbains. Un lycéen du Pool pourra rejoindre Kinkala plus régulièrement, même en saison des pluies, grâce à des axes plus fiables. Un jeune entrepreneur souhaitant lancer une activité de transformation agroalimentaire dans un district aujourd’hui enclavé pourra, lui aussi, trouver des débouchés et organiser le transport de ses marchandises grâce à un réseau routier plus accessible et plus régulier.
L’enclavement routier est vu comme un frein au développement, moins quantifié mais tout aussi paralysant. Pour les jeunes, la route est aussi un vecteur de mobilité sociale. Un réseau plus dense et mieux entretenu permettrait à des étudiants de rejoindre un établissement sans s’exiler définitivement en ville, à des apprentis de faire des allers-retours entre centre de formation et entreprise, à des petits commerçants de développer leur activité au-delà de leur district. Le programme propose un horizon : ne plus être condamné à rester là où l’on est né faute de routes.
Le corridor régional : une autre dimension
Le Congo occupe une position géographique stratégique en Afrique centrale. Il partage des frontières avec cinq pays (Cameroun, RCA, RDC, Angola-Cabinda, Gabon) et dispose d’une façade atlantique de 170 km avec le port de Pointe-Noire. Le CFCO, reliant Pointe-Noire à Brazzaville, et les voies navigables du nord constituent les colonnes vertébrales du réseau de transport.
Le programme prévoit de contribuer à la construction du corridor 13 reliant Ouesso (Congo) à N’Djamena (Tchad), un projet d’intégration régionale qui ouvrirait une route commerciale entre l’Atlantique et le Sahel. La construction du pont route-rail entre Brazzaville et Kinshasa, dont les travaux sont annoncés pour 2026, relierait les deux capitales les plus proches du monde — séparées par le fleuve Congo — et permettrait le transit de plus de 5 millions de passagers et 3 millions de tonnes de fret par an.
Le programme inscrit ces projets dans sa feuille de route, en lien avec les initiatives d’intégration régionale. Pour les Congolais, et particulièrement pour ceux qui vivent loin de la dorsale Pointe-Noire-Brazzaville-Ouesso, la route n’est pas un sujet abstrait : c’est la condition même de leur participation à la vie économique du pays.



