Le Congo renforce son bouclier vert. Avec la signature d’une convention tripartite innovante ce 12 mars, le district d’Igné devient le laboratoire d’un projet mêlant reboisement intensif, agroforesterie et tourisme environnemental.
La lutte contre le dérèglement climatique vient de franchir une étape concrète en République du Congo. Ce jeudi 12 mars, une convention tripartite a été paraphée à Brazzaville, réunissant le Programme national d’afforestation et de reboisement (Pronar), le Réseau climat Congo (RCC) et la Société industrielle et agricole du tabac tropical (SIAT). Cet accord donne naissance au projet « Ndzété ya bomoyi » (L’arbre de la vie), une initiative qui ambitionne de concilier impératifs écologiques et développement humain sur un périmètre de cent hectares.
Une ingénierie forestière au service de la biodiversité
Le site choisi, la réserve domaniale de Bambou Mingali située à 60 km de la capitale dans le district d’Igné, va bénéficier d’un plan d’aménagement sophistiqué. Les plantations seront principalement composées de Limba (Terminalia superba), une essence locale précieuse, et d’Acacia, connu pour sa capacité à fixer l’azote et à restaurer la fertilité des sols.
L’originalité technique du projet réside dans sa dimension symbolique : le Centre national d’inventaire et d’aménagement des ressources forestières et fauniques (CNIAF) a été chargé de dessiner la carte du Congo à même le sol, par une disposition savante des différentes strates de plantations. Ce travail de géomètre-forestier fera de Bambou Mingali un site de tourisme environnemental unique en son genre.
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L’agroforesterie : une réponse sociale aux enjeux climatiques
Le projet « Ndzété ya bomoyi » ne se limite pas à la simple plantation d’arbres. Il intègre un volet social majeur destiné à transformer l’économie locale. Quarante-huit familles riveraines ont été identifiées pour devenir des acteurs centraux de la réserve. Chacune bénéficiera d’une parcelle de deux hectares pour pratiquer l’agroforesterie.
Ce modèle permet d’associer des cultures vivrières aux jeunes arbres forestiers, garantissant ainsi la sécurité alimentaire des foyers tout en assurant l’entretien des plantations. Comme l’a souligné François Mankessi, coordonnateur national du Pronar, cette approche est une réponse directe aux maux qui frappent le pays : érosions urbaines à Brazzaville et Pointe-Noire, inondations dévastatrices dans le Nord et vagues de chaleur sans précédent.
Un Partenariat Public-Privé (PPP) tourné vers le marché du carbone
L’investissement, évalué à 200 millions de FCFA, est intégralement porté par la SIAT. Cette collaboration illustre une nouvelle maturité du secteur privé congolais, désormais prêt à financer la transition écologique.
La répartition des rôles est rigoureuse :
- Le Pronar assure l’expertise technique et le suivi institutionnel.
- La SIAT garantit la pérennité financière des opérations.
- Le Réseau Climat Congo (RCC), sous l’égide de Guy Blanchard Okiéri, assume la gestion opérationnelle.
L’un des objectifs à moyen terme pour le RCC est d’obtenir des certifications environnementales internationales. À terme, ce périmètre de cent hectares devrait permettre au Congo de générer des crédits carbone, créant ainsi une boucle vertueuse où la protection de la nature finance le développement social.
Un soutien aux engagements internationaux du Chef de l’État
Pour Nancy Chenard, secrétaire générale d’Uni Congo, ce partenariat est le reflet de la capacité des acteurs nationaux à s’unir pour le climat. En renforçant le couvert forestier et en réduisant la pression sur les forêts primaires, « Ndzété ya bomoyi » s’inscrit en droite ligne de la « Décennie mondiale d’afforestation » prônée par Denis Sassou N’Guesso. Ce projet de Bambou Mingali n’est pas seulement une plantation de plus ; c’est une preuve par l’exemple que le développement économique du Congo peut, et doit, être vert.



