Le district de Mayéyé, dans la Lékoumou, devient le fer de lance de la redynamisation d’une culture de rente historique : le café. Cette initiative, qui s’inscrit dans la stratégie nationale de diversification économique, illustre la volonté de l’État de transformer le potentiel agropastoral du pays en un levier de croissance industrielle et d’exportation.
Dans les collines verdoyantes du département de la Lékoumou, un parfum oublié commence à flotter de nouveau. Celui du café. Le 12 mars 2026, le district de Mayé-Yé a été le théâtre d’une opération qui dépasse le simple cadre de la distribution agricole. C’est le lancement d’une véritable reconquête économique. Entre expertise agronomique, volonté politique et espoir rural, plongée au cœur de la stratégie qui veut faire du café congolais le nouveau moteur de la croissance nationale.
L’Étincelle de Mayé-Yé : Quand la Terre Reprend ses Droits
L’image est forte : des centaines de paysans, venus des vingt villages et quatre quartiers du district de Mayé-Yé, repartent avec, sous le bras, des plants de café Robusta et des outils neufs. Cette scène, qui s’est déroulée en présence de la ministre des Affaires sociales, de la Solidarité et de l’Action humanitaire, Irène Marie-Cécile Mboukou-Kimbatsa, marque le passage de la parole aux actes.
Une logistique de précision Le projet ne s’appuie pas sur des promesses éthérées, mais sur une base matérielle concrète. Une pépinière de 40 000 plants a été spécialement érigée pour cette phase de relance. Chaque caféiculteur a reçu un lot de cent plants, accompagné d’un kit de travail (machettes, houes, matériel de plantation). L’objectif est de créer immédiatement une masse critique de production.
Cette approche par district « pilote » permet de tester la résilience des structures d’encadrement avant une extension généralisée. En choisissant Mayé-Yé, le gouvernement mise sur un terroir historiquement propice, mais dont les capacités étaient restées en sommeil depuis des décennies.
La Caution Scientifique : L’Agronomie au Service du Développement
La présence d’Irène Marie-Cécile Mboukou-Kimbatsa à la tête de cette initiative n’est pas qu’une question de protocole. Ministre, mais avant tout agronome de formation et spécialiste reconnue des sols, elle apporte une rigueur scientifique indispensable à la réussite du projet.
Le choix stratégique du Robusta Le café Robusta (Coffea canephora) n’a pas été choisi au hasard. Contrairement à l’Arabica, plus fragile et exigeant en altitude, le Robusta s’épanouit pleinement dans les plaines et collines humides de la Lékoumou. Sa résistance naturelle aux maladies foliaires et son rendement élevé en font l’allié idéal pour une relance rapide.

L’expertise de la ministre sur la typologie des sols a permis de sélectionner les zones les plus fertiles, garantissant que les 40 000 premiers plants bénéficient d’un drainage et d’une nutriments optimaux. L’accent est mis sur la régénération des sols par des techniques de paillage et d’amendements naturels, évitant la dépendance immédiate aux engrais chimiques coûteux.
L’Impulsion de Sibiti : Un Mandat de Transformation
Cette dynamique trouve sa source dans le discours du candidat Denis Sassou Nguesso lors de son passage à Sibiti, le chef-lieu du département. Face aux forces vives de la Lékoumou, le constat était sans appel : un département aussi riche ne peut se contenter d’importer ce qu’il est capable de produire.
Rompre avec la dépendance Le café est ici présenté comme une « arme de diversification ». Dans le projet de société « Accélérons la marche vers le développement », l’agriculture est le pilier central destiné à prendre le relais de la rente pétrolière. La Lékoumou, jadis fleuron de la caféiculture, a été rappelée à sa vocation originelle. Ce n’est plus seulement une question de sécurité alimentaire, mais de souveraineté économique. La ministre Mboukou-Kimbatsa l’a martelé : les quantités produites doivent viser non seulement le marché national, mais surtout l’exportation pour générer des devises.
L’Agroforesterie : Un Modèle Durable et Social
Le modèle promu à Mayé-Yé est celui d’une agriculture intégrée. Le caféier est une plante qui apprécie l’ombre légère. À ce titre, le projet encourage l’agroforesterie.
Une double rentabilité En associant les caféiers à des arbres fruitiers ou à des essences forestières à croissance rapide, les paysans protègent leurs cultures du soleil brûlant tout en diversifiant leurs sources de revenus. Ce système permet également de maintenir la biodiversité et de lutter contre l’érosion des sols, un problème récurrent dans les zones vallonnées de la Lékoumou.
Sur le plan social, l’attribution de deux hectares par famille (via des mécanismes de soutien à l’afforestation comme le projet « Ndzété ya bomoyi » mentionné dans d’autres cadres) permet une sédentarisation des populations rurales. L’agriculture devient un métier de dignité, capable d’offrir un horizon aux jeunes qui, autrement, seraient tentés par l’exode rural vers Brazzaville ou Pointe-Noire.
Plus d infos sur Le Journal du Congo
Industrialisation et Chaîne de Valeur : De la Cerise à la Tasse
La relance de la production à Mayé-Yé n’est que le premier maillon d’une chaîne que l’État veut totalement intégrer.
La transformation locale, le défi de demain L’ambition affichée est d’arrêter l’exportation exclusive de café vert (grains non torréfiés), qui génère peu de valeur ajoutée. Le plan prévoit :
- Le traitement primaire : Installation de petites unités de déparpage et de séchage au sein même des districts pour garantir la qualité du grain.
- La transformation industrielle : Lien direct avec les Zones Économiques Spéciales (ZES). Le café de la Lékoumou a vocation à être torréfié, moulu et conditionné sur le sol congolais.
- Le label « Made in Congo » : Créer une marque de café congolais capable de rivaliser avec les productions d’Afrique de l’Est ou du Brésil sur le segment du Robusta de haute qualité.
Infrastructures et Logistique : Les Veines de l’Or Vert
Produire du café est une chose, l’acheminer vers les centres de consommation en est une autre. La relance de la Lékoumou est intrinsèquement liée aux grands travaux d’infrastructure du pays.
Le rôle du CFCO et des routes agricoles La réhabilitation du Chemin de Fer Congo Océan (CFCO) est vitale. Elle doit permettre de transporter les tonnes de café produites vers le port autonome de Pointe-Noire à moindre coût. Parallèlement, le désenclavement des zones de production par des routes agricoles bitumées ou carrossables en toute saison est la condition sine qua non pour que le travail des paysans de Mayé-Yé ne pourrisse pas sur place.
[Image de locomotive de fret sur le Chemin de Fer Congo Océan]
L’Impact Humain : Le Témoignage du Terrain
Pour les habitants de Mayé-Yé, ce retour du café est synonyme d’espoir. Après des années de précarité, le café offre la perspective d’un revenu stable et saisonnier, permettant de financer la scolarité des enfants et l’amélioration de l’habitat.
L’autonomisation par la solidarité L’action d’Irène Marie-Cécile Mboukou-Kimbatsa s’inscrit aussi dans une vision de solidarité nationale. En fournissant les plants gratuitement, l’État lève la barrière financière à l’entrée. Le café devient un instrument de justice sociale, redonnant du pouvoir d’achat aux zones les plus reculées.
Un Pari sur l’Avenir
Le réveil de la filière café dans la Lékoumou est un test grandeur nature pour la diversification économique du Congo. Si le succès est au rendez-vous à Mayé-Yé, c’est tout le paysage agricole national qui pourrait s’en trouver transformé. Entre la science du sol, la force de la volonté politique et la sueur des planteurs, le pays est en train de planter les graines d’une prospérité qui ne dépendra plus uniquement des cours du brut.
À Mayé-Yé, le café n’est plus seulement une boisson ; c’est le symbole d’un Congo qui se lève pour travailler sa terre et nourrir ses ambitions.



