Le Mali vient de vivre quarante-huit heures qui pourraient marquer un tournant définitif dans son conflit décennal. Depuis l’aube du samedi 25 avril 2026, le pays est le théâtre d’attaques coordonnées d’une ampleur jamais vue, frappant simultanément le cœur du pouvoir à Bamako et les bastions stratégiques du Nord.
Cette offensive, fruit d’un partenariat inédit entre les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) et les indépendantistes touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA), a plongé la nation dans une confusion totale, contredisant frontalement les discours rassurants de la junte au pouvoir.
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L’Alliance de Circonstance : Un Partenariat Explosif
La rupture majeure de ce week-end réside dans l’officialisation d’une « coordination d’actions » entre le Jnim, affilié à Al-Qaïda, et le FLA. Attaye Ag Mohamed, cadre de la rébellion touareg, a admis une convergence d’objectifs visant la chute des autorités de transition. Cette alliance a permis aux assaillants de mener des opérations complexes sur plusieurs fronts : à Kidal et Gao dans le Nord, à Sévaré et Mopti au Centre, et jusque dans la ville-garnison de Kati, fief de la junte situé aux portes de Bamako. Si les drones et le soutien russe freinaient jusqu’ici la progression des groupes armés, ces derniers semblent avoir trouvé la solution pour briser le verrou sécuritaire des Forces armées maliennes (Fama).
Bamako et Kati : Le Cœur du Pouvoir Visé
L’attaque a frappé là où le régime se croyait le plus en sécurité. À Kati, la résidence du chef de la junte, le général Assimi Goïta, a été prise pour cible, forçant son exfiltration vers un lieu sûr. Le ministre de la Défense, Sadio Camara, a quant à lui été visé par une attaque au camion-suicide contre son domicile. Bien que l’armée affirme avoir repris le contrôle et neutralisé de nombreux assaillants, les témoignages d’habitants et les vidéos circulant sur les réseaux sociaux montrent des jihadistes circulant à moto dans la capitale et aux abords de l’aéroport international Modibo-Keïta, dont les vols ont été suspendus. Un couvre-feu de trois jours a été instauré à Bamako pour tenter de stabiliser la situation.
La Chute de Kidal et l’Affaissement des Forces Russes
Le symbole est d’autant plus fort que Kidal, bastion historique repris en 2023 par les Fama et les mercenaires de Wagner, semble avoir changé de mains une nouvelle fois. Le FLA et le Jnim revendiquent le contrôle de la ville depuis samedi soir. Ce dimanche 26 avril, les combats ont repris avec intensité pour déloger les derniers éléments de l’Africa Corps (successeur de Wagner) retranchés dans l’ancien camp de la Minusma. Les rebelles touaregs affirment même que les mercenaires russes auraient demandé l’ouverture d’un « corridor de sortie » pour évacuer les zones de conflit. Si cette information se confirme, elle signerait l’échec de la stratégie de reconquête territoriale entamée par Bamako avec l’appui de Moscou.
Un Bilan Contesté et un Silence Inquiétant des Autorités
Malgré la gravité des faits, le porte-parole du gouvernement, le général Issa Ousmane Coulibaly, assure que la situation est « totalement sous contrôle » et évoque un bilan officiel de seulement 17 blessés, un chiffre jugé dérisoire par les observateurs de terrain au regard de la violence des affrontements à Mopti et Gao. Plus troublant encore est le silence des hommes forts du régime : ni Assimi Goïta, ni le patron du renseignement Modibo Koné n’ont pris la parole pour s’adresser à la nation en pleine crise. À l’international, les réactions de condamnation pleuvent, de l’ONU à l’Union africaine, tandis que le Sénégal exprime sa solidarité face à ce que les analystes décrivent comme le revers sécuritaire le plus cinglant pour la junte depuis sa prise de pouvoir il y a cinq ans.



