En inaugurant le nouveau campus de l’université Senghor en Égypte, Emmanuel Macron a redéfini la place du français en Afrique. Le président français y a affirmé que l’épicentre de la langue française se situe désormais dans le bassin du Congo, non sur les rives de la Seine, marquant ainsi un tournant symbolique dans la politique française envers le continent africain.
La francophonie réinventée : Macron déplace le centre de gravité du français vers l’Afrique
Le président français a choisi Alexandrie, cité historique de la Méditerranée, pour redéfinir l’essence même de la langue française. Lors de l’inauguration du nouveau campus de l’université Senghor, samedi 9 mai, Emmanuel Macron a livré un discours qui rompt avec la vision traditionnelle du français comme héritage exclusivement hexagonal.
Un geste symbolique en terre égyptienne
Cette visite s’inscrit dans une dynamique de rapprochement renouvelé avec le continent africain. Après avoir signé un partenariat stratégique au Caire en avril 2025 et facilité un accord de paix au Moyen-Orient en octobre, le chef de l’État français poursuit son engagement sur le terrain africain. La présence du président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi souligne l’importance diplomatique de cette inauguration.
L’université Senghor, institution phare de la francophonie africaine, incarne précisément ce que Macron souhaite promouvoir : un espace d’éducation et d’échange où convergent les étudiants de toute la sphère francophone, au-delà des frontières nationales.
Le français comme « butin de guerre » réinventé
La formulation choisie par le président pour décrire la francophonie surprend d’abord : un « butin de guerre ». Mais cette expression, loin d’être une confession coupable, devient sous sa plume une célébration de transformation. Le français, hérité de la colonisation, s’est métamorphosé en bien commun, en langue « hospitalière » capable d’accueillir des voix venues de tous les horizons.
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« L’épicentre de la langue française ne se trouve pas sur les quais de Seine, mais dans le bassin du fleuve Congo », a déclaré Macron. Cette affirmation ravale la France au rang de simple dépositaire d’une langue qui appartient désormais pleinement à l’Afrique. C’est une reconnaissance implicite que le poids démographique, culturel et politique du français se situe dorénavant au sud du Sahara.
Une francophonie « par essence décentrée »
Le président insiste sur le caractère « universel » de la francophonie, tout en la présentant comme « décentrée ». Cette apparente contradiction résout en réalité une tension historique : la langue française, longtemps associée à la domination hexagonale, devient un outil de liberté et d’expression pour des millions d’Africains.
Cette tournée africaine, qui se poursuivra au Kenya et en Éthiopie, vise à consolider les liens entre Paris et les nations du continent. La France, confrontée au déclin de son influence en Afrique de l’Ouest francophone, cherche à diversifier ses partenariats et à redéfinir son rôle dans la région. L’accent mis sur l’éducation et la langue traduit cette stratégie : plutôt que de dominer, il s’agit de faciliter l’émergence d’une communauté d’intérêts et de valeurs.
Un positionnement post-colonial mesuré
Le discours de Macron navigue avec prudence entre deux écueils : reconnaître l’héritage colonial sans l’assumer pleinement, et affirmer l’universalité du français sans imposer une vision française. Cette équilibre fragile reflète les défis contemporains de la France en Afrique, où l’héritage historique pèse lourdement sur les relations diplomatiques.
L’université Senghor, du nom du poète et homme d’État sénégalais Léopold Sédar Senghor, symbolise cette transition. Senghor lui-même incarnait la tension entre l’amour de la langue française et l’affirmation de l’identité africaine. Son nom sur le campus rappelle que la francophonie n’est pas une imposition, mais une rencontre entre cultures.
Les enjeux réels derrière le lyrisme
Au-delà des formules élégantes, cette visite répond à des enjeux géopolitiques concrets. La France perd du terrain en Afrique face à d’autres puissances. En réinvestissant dans l’éducation francophone et en repositionnant le français comme langue africaine d’abord, Macron tente de sécuriser l’influence française par des canaux culturels et éducatifs.
Le nouveau campus de l’université Senghor, moderne et accueillant, incarne cette vision : un espace où la francophonie se vit comme projet collectif, non comme domination. Les étudiants qui y étudieront porteront cette vision du français réinventé, décentralisé, africain.



