Le président burundais Évariste Ndayishimiye accuse Kigali de nourrir des intentions hostiles envers son pays. Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions croissantes en Afrique de l’Est, marqué par l’occupation d’Uvira en décembre 2025 et la persistance des combats dans l’est congolais, malgré un accord de paix signé entre Kinshasa et Kigali.
Burundi : Ndayishimiye dénonce les visées du Rwanda sur sa sécurité régionale
Les relations entre Bujumbura et Kigali se dégradent. Le chef de l’État burundais exprime une inquiétude croissante face aux agissements de son voisin rwandais, qu’il soupçonne de poursuivre une stratégie d’expansion régionale aux dépens de la stabilité burundaise.
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Un contexte de tensions croissantes en Afrique de l’Est
Depuis décembre 2025, la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs s’est considérablement détériorée. La chute d’Uvira, capitale provisoire du Sud-Kivu, aux mains des combattants du M23 appuyés par Kigali, a marqué un tournant dans les hostilités. Cette ville, située à proximité immédiate des frontières burundaises, représente un enjeu géopolitique majeur pour l’ensemble de la région.
L’occupation d’Uvira pendant près de quatre semaines a démontré la capacité opérationnelle des forces rwandaises à intervenir rapidement dans les zones frontalières. Pour Bujumbura, cette démonstration de force constitue un signal d’alarme sur les ambitions régionales de Kigali.
L’accord de paix de Washington : une promesse non tenue
Le protocole d’accord signé à Washington en décembre 2025 entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame était présenté par la communauté internationale comme un tournant diplomatique majeur. Pourtant, quatre mois après sa signature, les combats se poursuivent sans interruption dans l’est de la République démocratique du Congo.
Cette persistance des hostilités pose des questions sérieuses sur l’engagement réel des parties signataires et sur la capacité des mécanismes internationaux à imposer le respect des engagements pris. Pour les observateurs régionaux, cet échec relatif renforce les craintes concernant les véritables intentions de Kigali.
Les accusations du Burundi : une lecture stratégique
Les déclarations du président burundais reflètent une interprétation des événements régionaux qui privilégie la prudence sécuritaire. Selon cette perspective, les mouvements rwandais ne visent pas seulement à consolider une influence en territoire congolais, mais pourraient également constituer une menace pour les États voisins, notamment le Burundi.
Cette lecture s’appuie sur plusieurs indicateurs : la proximité géographique des zones de conflit, l’implication directe des forces rwandaises aux côtés du M23, et la capacité démontrée à maintenir une présence militaire durable dans des zones stratégiques.
Les responsabilités de la communauté internationale
Face à ces tensions, Kigali maintient une position ferme. Le président rwandais Paul Kagame a réaffirmé son refus de modifier sa posture défensive tant que Kinshasa ne respecterait pas ses engagements internationaux. Cette position de statu quo crée une impasse diplomatique où chaque partie invoque le manquement de l’autre.
Washington et les institutions multilatérales se trouvent face à un défi majeur : comment relancer un processus de paix lorsque les protagonistes principaux maintiennent des positions incompatibles ? La question de la crédibilité des mécanismes de règlement des différends internationaux en Afrique se pose avec acuité.
Implications pour la stabilité régionale
Les craintes exprimées par le Burundi ne doivent pas être écartées. Elles reflètent une réalité : la persistance d’un foyer de tension majeur en Afrique de l’Est crée des effets de débordement imprévisibles. Les petits États comme le Burundi, géographiquement enclavés et aux ressources limitées, sont particulièrement vulnérables aux turbulences régionales.
La consolidation d’une présence rwandaise durable dans l’est congolais pourrait effectivement modifier l’équilibre des forces régional, avec des conséquences difficiles à prévoir pour les voisins immédiats de Kigali.
Vers une escalade ou une désescalade ?
Les prochaines semaines seront décisives. Si le processus de paix continue de stagner, les accusations mutuelles risquent de s’intensifier, créant un environnement propice à une escalade. Inversement, une relance sincère du dialogue pourrait désamorcer les tensions et restaurer la confiance.
Pour le moment, les signaux restent contradictoires. Tandis que Bujumbura exprime ses préoccupations, Kigali maintient son intransigeance, et Kinshasa demeure fragmentée face à ses propres défis internes. La communauté internationale, quant à elle, doit démontrer qu’elle dispose des outils et de la volonté politique pour imposer un règlement durable.



