Le Mali traverse l’une des crises économiques et sécuritaires les plus étouffantes de son histoire récente en ce mois de mai 2026. À quelques jours de la grande fête musulmane de l’Aïd al-Adha (la Tabaski), les terroristes d’al-Qaïda resserrent un blocus impitoyable autour de la capitale. En incendiant des dizaines de convois de carburant et de marchandises à seulement 45 kilomètres de Bamako, les insurgés menacent directement la subsistance de millions de citadins et défient ouvertement la junte militaire.
Le spectre de la pénurie générale à la veille des festivités de l’Aïd
Les images authentifiées par les services de renseignement et les données thermiques des satellites de la NASA (Firms) confirment la violence de l’offensive asymétrique menée ce mardi 19 mai 2026. À moins d’une heure de route à l’ouest de Bamako, sur l’axe stratégique reliant la capitale à la Guinée, des combattants du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM) ont intercepté et réduit en cendres des dizaines de véhicules, incluant des camions-citernes, des minibus et des poids lourds de transport. Bien que les passagers aient été épargnés et forcés de descendre avant les incendies, cette démonstration de force s’avère capitale : elle matérialise l’intensification d’un blocus énergétique total conçu pour asphyxier l’économie nationale et contester la légitimité du pouvoir central.
Pour ce pays enclavé, dépendant quasi exclusivement des corridors routiers en provenance des ports du Sénégal et de la Côte d’Ivoire pour son approvisionnement en hydrocarbures, la coupure de ces artères vitales provoque un séisme sur les marchés de consommation. Les prix des denrées de première nécessité explosent de manière vertigineuse à Bamako, le kilogramme de pommes de terre bondissant de 350 à plus de 500 francs CFA. Plus grave encore à l’approche de la Tabaski, le transport du bétail vers la capitale est paralysé, les éleveurs refusant de prendre la route par peur de voir leurs troupeaux confisqués. Pour la première fois, les étals de moutons sont dramatiquement vides, contraignant les familles les plus modestes à renoncer au sacrifice rituel ou à s’associer à plusieurs pour acheter un bœuf.
Le sursaut militaire de la junte face à l’échec de l’allié russe
Face à cette stratégie d’étranglement, le chef de l’État, le général Assimi Goïta, tente de réorganiser sa riposte. En janvier dernier, la junte avait nommé le général de brigade Famouké Camara à la tête d’une opération spéciale anti-blocus. Pour sécuriser l’acheminement du carburant, l’armée malienne s’appuie massivement sur les forces paramilitaires russes d’Africa Corps (ex-groupe Wagner). Malgré le déploiement d’hélicoptères de combat russes pour escorter les convois et une campagne de communication agressive d’Africa Corps sur les réseaux sociaux pour masquer ses revers, les attaques djihadistes se multiplient, coupant régulièrement trois des six routes d’accès principales de la ville.
Cette vulnérabilité logistique accentue la crise politique qui couve à Bamako depuis les attaques coordonnées de grande envergure menées le mois dernier par les rebelles touaregs et le JNIM, ayant entraîné la mort tragique du ministre de la Défense, Sadio Camara. Arrivés au pouvoir par un coup d’État en 2020 avec la promesse de restaurer l’intégrité territoriale, les leaders militaires voient leur crédibilité mise à rude épreuve. L’insécurité ne se cantonne plus aux régions éloignées du Nord et de l’Est ; elle frappe désormais les faubourgs de la capitale, interdisant aux Bamakois de voyager vers leurs villages d’origine pour célébrer les fêtes en famille sous peine de mort.
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La fragilisation des corridors de la sous-région
Les répercussions de ce blocus dépassent largement les frontières maliennes et menacent l’équilibre commercial de l’Afrique de l’Ouest. Le ciblage systématique de plus de 100 camions de transport depuis l’année dernière décourage les transporteurs routiers ivoiriens et sénégalais, augmentant drastiquement les coûts d’assurance du fret dans toute la zone subsaharienne.
Le Kremlin a réitéré sa promesse de maintenir ses troupes au Mali pour combattre l’extrémisme, mais sur le terrain, le scepticisme grandit. La transformation de la guerre en un conflit d’usure économique force la junte à repenser ses alliances et à militariser l’ensemble de ses réseaux de distribution d’énergie, transformant chaque station-service de la capitale en un objectif militaire potentiel.
Le siège partiel de Bamako à l’aube de la Tabaski illustre le basculement du conflit malien vers une guerre de subsistance où le panier de la ménagère est devenu le principal champ de bataille. En privant les citoyens de carburant et de moutons pour les célébrations sacrées, le JNIM cherche à briser le pacte de confiance entre la population et le général Assimi Goïta. Reste désormais à savoir si l’offensive des hélicoptères d’Africa Corps parviendra à rouvrir durablement les routes de la Guinée et du Sénégal, ou si l’asphyxie économique finira par imposer un changement de paradigme politique au sommet de l’État.



