En marge des Assemblées de la BAD, le président Denis Sassou N’Guesso a dévoilé une ambition industrielle majeure : transformer Pointe-Noire en un hub de production de fertilisants pour doper l’agriculture congolaise et africaine.
Le chef de l’État congolais, Denis Sassou N’Guesso, vient d’annoncer officiellement le lancement d’un vaste projet d’industrialisation visant à transformer la capitale économique, Pointe-Noire, en un pôle de production d’engrais et de fertilisants à l’échelle continentale. Cette annonce, partagée lors des 61es Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) tenues fin mai 2026 à Brazzaville, marque un tournant décisif. Ce pivot est capital car le Congo détient un avantage géologique unique en Afrique centrale qui lui permettra de rompre sa dépendance exclusive au pétrole brut tout en résolvant la crise des rendements agricoles de la sous-région.
Le plan industriel de Pointe-Noire : Valoriser le gaz et la potasse pour l’agriculture
Pour concrétiser cette transformation, le Congo s’appuie sur des gisements massifs de matières premières situés à proximité immédiate du Port autonome de Pointe-Noire. Le pays dispose de réserves abondantes de gaz naturel, de potasse et de phosphate, des composants indispensables à la fabrication des engrais chimiques et organiques. « Nous voulons développer le secteur hors pétrole », a martelé le président, rappelant que le processus de liquéfaction du gaz est déjà pleinement opérationnel sur le terrain.
Cette stratégie bénéficie du soutien direct de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA). Adama Ekberg Coulibaly, expert de l’institution onusienne basé à Yaoundé, confirme que le Congo est le seul pays d’Afrique centrale à posséder une telle base de ressources locales abondantes. La CEA a d’ailleurs déjà formulé au gouvernement un plan directeur d’industrialisation et de diversification économique pour attirer des investisseurs internationaux au sein d’une Zone Économique Spéciale (ZES) sur mesure.

💡 Pourquoi c’est important
En ce mois de juin 2026, ce pivot industriel répond à une urgence alimentaire critique : les sols d’Afrique centrale souffrent d’un déficit chronique de fertilisation, maintenant les rendements agricoles bien en deçà de la moyenne de 13 tonnes à l’hectare exigée par l’Union africaine. Développer une usine d’engrais à bas coût à Pointe-Noire ne va pas seulement restructurer l’économie nationale. Cela va sécuriser la souveraineté alimentaire de toute la zone CEMAC. En transformant localement son gaz et son phosphate plutôt que de les exporter bruts, le Congo s’impose comme le garant de la sécurité alimentaire régionale et un acteur incontournable de la transition post-pétrole.
Diversification économique : Le rôle clé du phosphate dans le PND 2022-2026
Ce projet de production de fertilisants s’intègre parfaitement dans les priorités du Plan national de développement (PND) 2022-2026, qui a érigé l’agriculture et l’industrie au rang d’axes salvateurs pour l’avenir du pays. L’expert de la CEA insiste sur la nécessité de valoriser la filière nationale jusqu’au bout de la chaîne. La transformation locale du phosphate permettra de fournir aux agriculteurs des intrants de qualité supérieure et abordables, indispensables pour stimuler la productivité de la terre.
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Sans engrais de qualité, la modernisation de l’agriculture congolaise restera une illusion. En stimulant l’installation d’industries chimiques lourdes à Pointe-Noire, le gouvernement fait d’une pierre deux coups : il crée des emplois industriels qualifiés à forte valeur ajoutée et garantit des récoltes abondantes pour les marchés urbains et ruraux.
L’horizon d’une puissance agricole congolaise en Afrique centrale
L’ambition de faire de Pointe-Noire le grenier industriel d’intrants pour l’Afrique ouvre des perspectives économiques fascinantes. En mariant la richesse de son sous-sol gazier à sa vocation agricole, le Congo amorce enfin sa véritable révolution industrielle. Ce pari audacieux réussira-t-il à attirer assez rapidement les capitaux privés nécessaires face à la concurrence internationale ?
L’émotion est palpable chez les producteurs locaux qui voient là une chance historique de sortir de la précarité et de doper leurs rendements. Reste à savoir si le rythme d’exécution de ce plan directeur saura répondre à l’urgence de la crise alimentaire qui guette la sous-région.



