Réunis du 6 au 8 août 2026 sur le campus de l’Université d’Abomey-Calavi au Bénin, des milliers de militants, ONG et réseaux associatifs ont clôturé trois jours d’échanges intenses. Entre promotion de la mobilité intra-africaine, justice fiscale et hommage aux idéaux de Thomas Sankara, l’altermondialisme réaffirme sa voix sur le continent.
Ce dimanche 9 août 2026 (à la suite des cérémonies de clôture tenues le 8 août à Cotonou), le mouvement altermondialiste international boucle un chapitre stratégique en Afrique de l’Ouest. Après un début d’organisation marqué par des incertitudes logistiques et gouvernementales qui ont réduit la durée des travaux à trois jours, la 17e édition du Forum social mondial (FSM) s’est achevée sans encombre sur le campus de l’Université d’Abomey-Calavi. Marquée par une marche symbolique emmenée sous une banderole à l’effigie du capitaine Thomas Sankara, cette grande messe de la société civile globale a permis de fédérer des dizaines d’organisations autour de la souveraineté des peuples, de la justice fiscale et du droit à la libre circulation.
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Mobilité intra-africaine et criminalisation des exilés : Le réseau Migreurop et Alarme Phone Sahara dénoncent les frontières
Parmi les 15 thématiques majeures débattues au cœur du « village » associatif, la question des migrations et de la liberté de mouvement a occupé une place centrale. Les délégations de Migreurop et de l’association Alarme Phone Sahara ont vivement dénoncé l’externalisation des frontières européennes vers les pays africains, une politique sécuritaire qui entrave la mobilité intra-continentale et pénalise les ressortissants africains au sein même de leur propre région.
Afin de contrer la criminalisation croissante des personnes migrantes et le projet de création de centres d’expulsion hors des frontières européennes, les organisations participantes ont acté le lancement d’un observatoire international de suivi. Comme l’a souligné Moctar Dan Yaye d’Alarme Phone Sahara, l’enjeu stratégique consiste désormais à dépasser les luttes isolées pour structurer une plateforme d’action unifiée capable de peser face aux gouvernements et aux institutions multilatérales.
Justice fiscale et solidarité internationale : De la taxation des multinationales à l’appel pour Haïti
Le second pilier des résolutions de Cotonou s’est concentré sur la justice fiscale et la souveraineté économique des pays du Sud. Les experts du CCFD-Terre Solidaire ont porté la proposition d’une taxation unitaire des entreprises multinationales, consistant à imposer ces géants économiques sur la réalité de leur activité locale. Une telle réforme permettrait aux États africains de générer des recettes publiques équivalentes à l’ensemble de leurs encours de prêts auprès du Fonds monétaire international (FMI).
À l’heure du bilan, le secrétaire du Conseil international du FSM, Fabien Cohen, s’est félicité de la réussite de ce retour sur le sol africain, soulignant l’importance de l’intersectionnalité des luttes face aux crises climatiques, sécuritaires et économiques. Lors de la cérémonie de clôture, les délégués ont lancé un appel mondial solennel pour constituer une plateforme internationale dédiée à la souveraineté d’Haïti, avec pour horizon l’organisation d’une grande conférence nationale caraïbéenne à l’échéance 2027.
POURQUOI C’EST IMPORTANT
En ce mois d’août 2026, la tenue et le succès du 17e Forum social mondial à Cotonou sont fondamentaux car ils démontrent la vitalité de la société civile africaine face aux défis de la mondialisation. Analyser ce rassemblement comme un simple forum de protestation serait une erreur de perspective : formuler des alternatives concrètes sur la taxation des multinationales et dénoncer l’externalisation des frontières constituent des leviers directs de souveraineté pour les pays du Sud.
Garantir la liberté de circulation intra-africaine, réformer la fiscalité internationale pour financer les services publics et unifier les luttes citoyennes sont des enjeux de justice sociale, de gouvernance démocratique et de dignité humaine absolus pour la période 2026-2030. Si les réseaux associatifs concrétisent l’observatoire des mobilités et la plateforme fiscale, Cotonou restera un jalons majeur de l’altermondialisme.
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Prospective 2026-2030 : L’Afrique de l’Ouest, laboratoire de l’altermondialisme et des alternatives citoyennes
La clôture sans incident du FSM 2026 au Bénin renforce le rôle moteur de l’Afrique de l’Ouest dans le renouvellement des doctrines de solidarité internationale. La capacité des acteurs locaux à lier justice climatique, droits des exilés et souveraineté économique offre une feuille de route pragmatique pour les mouvements sociaux mondiaux.
Pour la période 2026-2030, la réussite de la dynamique enclenchée à Abomey-Calavi dépendra de la capacité des réseaux associatifs à maintenir leur cohésion et à faire appliquer l’agenda pour Haïti en 2027. L’articulation entre les luttes universitaires, citoyennes et panafricanistes permettra de consolider le rapport de force face aux politiques d’austérité et aux entraves migratoires.
L’élan concrétisé en ce début d’août 2026 confirme que le continent africain demeure un foyer central de création d’alternatives pour un monde plus juste et solidaire.



