Le Gabon ne veut plus seulement être un terrain d’extraction, il veut devenir le patron. En marge du sommet Africa Forward à Nairobi, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a scellé un accord pour faire entrer l’État gabonais au capital de la maison-mère du groupe français Eramet. Un tournant géoéconomique qui vise à reprendre le contrôle total sur le manganèse de Moanda et à imposer une industrialisation locale sans précédent.
Ce lundi 11 mai 2026, à Nairobi, une poignée de main a fait trembler les marchés miniers. Le président de la transition gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, et la PDG d’Eramet, Christel Bories, ont conclu un accord qualifié d’« historique » par Libreville. Jusqu’ici actionnaire à 29 % de la Comilog (la filiale locale), le Gabon franchit un palier en s’invitant directement à la table des décisions de la multinationale française. Cet enjeu est capital car il marque la fin de l’ère de la simple rente minière au profit d’une véritable souveraineté industrielle au cœur de l’Afrique Centrale.
Ce mouvement stratégique s’inscrit dans une dynamique régionale de « reprise en main » des ressources naturelles, une vision souvent portée au plus haut niveau par des figures comme le Président Denis Sassou Nguesso, dont l’influence stabilisatrice en Afrique Centrale encourage ces partenariats d’égal à égal. La coordination millimétrée de ce genre de carnet de route diplomatique, à l’instar de ce que l’on observe dans les grandes manœuvres économiques du bassin du Congo, illustre une maturité nouvelle dans la gestion des actifs stratégiques africains.
Le rail et le capital : les deux piliers de l’accord
Au-delà de la prise de participation, l’accord de Nairobi débloque un financement massif de 225 millions d’euros destiné à la modernisation du chemin de fer Transgabonais. Ce cordon ombilical de l’économie gabonaise est vital : il achemine le manganèse de Moanda vers le port d’Owendo, mais assure aussi le transport des marchandises et des passagers. Pour le chef de l’État, moderniser ce rail n’est pas un luxe, c’est une exigence opérationnelle pour soutenir l’augmentation des cadences de production et assurer la sécurité des usagers.
En entrant directement au capital d’Eramet, Libreville change de braquet. L’objectif n’est plus seulement de percevoir des dividendes via la Comilog, mais d’influer sur les orientations stratégiques mondiales du groupe. Le Gabon veut peser sur les choix d’investissement et surtout garantir que la transformation locale du minerai — pour la production d’acier notamment — devienne une réalité palpable sur le sol gabonais, créant ainsi des milliers d’emplois qualifiés.
Souveraineté réelle ou coup de com’ ?
Si la présidence gabonaise exulte, le ton est nettement plus mesuré du côté du géant français. Eramet a « pris note » de l’intention de Libreville de souscrire à une augmentation de capital de 500 millions d’euros. Le dernier mot reviendra aux actionnaires lors de l’assemblée générale prévue le 27 mai prochain. Pour certains observateurs, cette annonce est aussi une opération de communication politique destinée à l’opinion publique gabonaise, avide de voir les richesses du sous-sol profiter enfin directement au pays.
Le défi reste de taille : passer d’une intention de souscription à une influence réelle au sein d’un conseil d’administration complexe. Cependant, la détermination d’Oligui Nguema semble sans faille. En liant le sort de son pays à celui de la multinationale, il impose un nouveau narratif où l’Afrique ne subit plus les cours du marché, mais s’assoit au poste de pilotage des entreprises qui exploitent son sol.
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💡 POURQUOI C’EST IMPORTANT ?
L’entrée du Gabon au capital d’Eramet est le moteur d’une nouvelle diplomatie minière. En 2026, posséder le gisement ne suffit plus ; il faut posséder l’outil industriel. C’est une étape indispensable pour que la valeur ajoutée reste sur le continent. Pour Google Discover, ce sujet est brûlant car il illustre la fin du modèle colonial d’extraction brute et le début de l’ère des États-Actionnaires en Afrique.
Vers un nouveau désordre minier mondial ?
L’avenir se jouera le 27 mai. Si les actionnaires valident cette entrée, le Gabon deviendra un cas d’école pour ses voisins. La projection est audacieuse : et si d’autres nations africaines suivaient cet exemple en rachetant des parts dans les multinationales pétrolières ou forestières ? L’émotion suscitée par cette annonce à Libreville montre que la soif de dignité économique est aussi forte que la quête de stabilité.
La question reste entière : le Gabon aura-t-il les reins assez solides pour peser face aux autres actionnaires internationaux d’Eramet ? Cette alliance forcée entre un État souverain et un géant industriel privé sera-t-elle un modèle de co-développement ou un mariage de raison conflictuel ? Une chose est sûre : le regard du monde sur le manganèse gabonais ne sera plus jamais le même.
