L’Agence de régulation des postes et des communications électroniques (ARPCE) a mis fin aux activités d’un réseau clandestin de télécommunications qui piratait le trafic international entrant. Le préjudice financier est estimé à 136 millions de FCFA pour les opérateurs et l’État congolais.
Ce mercredi 17 juin 2026, l’autorité de régulation du secteur numérique en République du Congo a dévoilé les détails d’une opération de cybersécurité majeure menée conjointement avec la Force publique. Les enquêteurs assermentés de l’ARPCE, appuyés par les services de la Police nationale et les équipes techniques de l’opérateur MTN, ont démantelé un réseau hautement sophistiqué de fraude à la SimBox qui reliait secrètement Brazzaville à Pointe-Noire. Cette offensive réglementaire et judiciaire s’avère d’une importance capitale : en interceptant ce trafic parallèle qui a siphonné plus de 800 000 minutes d’appels internationaux au moyen de cartes Sim en provenance d’Ouganda, le régulateur ne protège pas seulement la souveraineté économique et fiscale du pays, mais il neutralise également une faille sécuritaire critique qui exposait directement les utilisateurs congolais à des cyber-escroqueries de masse liées au Mobile Money.
Le piège des numéros fantômes : Comment les serveurs ougandais maquillaient les communications
L’affaire a débuté en mars dernier lorsque les systèmes de surveillance de l’ARPCE ont détecté une anomalie majeure : l’apparition de volumes d’appels anormalement élevés affichant l’identifiant de MTN Ouganda. Intriguées par cette intrusion, les équipes du régulateur ont ordonné des vérifications poussées à l’opérateur local, confirmant que ce trafic massif n’avait rien d’un usage classique en mode roaming, mais constituait un acheminement illégal savamment camouflé. Le mécanisme reposait sur une bascule technique invisible pour l’usager ordinaire : un appel international destiné au Congo était capté à l’étranger puis redirigé vers des cartes Sim de MTN Ouganda en itinérance sur le réseau MTN Congo ou hébergées dans des serveurs distants.
Grâce aux interconnexions nationales, la communication basculait ensuite vers le réseau MTN Congo pour les abonnés MTN, ou vers celui d’Airtel Congo pour les clients d’Airtel. Pour l’abonné congolais qui décrochait son téléphone, l’appel semblait provenir d’un numéro local standard alors qu’il transitait frauduleusement par l’Ouganda. Sur le plan financier, les pirates exploitaient une faille de tarification : le coût d’interconnexion roaming ougandais, fixé à environ 100 FCFA la minute, s’avérait nettement inférieur au coût d’un appel international entrant classique, établi à 170 FCFA la minute. Cet écart a permis de détourner plus de 600 000 minutes vers MTN et 200 000 minutes vers Airtel, générant un manque à gagner colossal.
Assaut de la police de Brazzaville à Pointe-Noire : Saisies de matériel et complicité familiale
Face à l’urgence, le directeur des Réseaux et services de communications électroniques de l’ARPCE, Benjamin Mouandza, a déployé des outils de géolocalisation de pointe pour croiser les données cellulaires fournies par l’opérateur. Le 5 mai dernier, un premier site suspect a été localisé dans la zone de Congo Chine, au Nord de Brazzaville. Six jours plus tard, le 11 mai, une cellule miroir agissant en parfaite connivence avec la capitale a été repérée dans le quartier Raffinerie-Camp Coraf à Pointe-Noire. L’assaut décisif a eu lieu le samedi 16 mai au matin : les agents de l’ARPCE et la Police nationale ont investi le site de Pointe-Noire, découvrant dissimulée dans un débarras une SimBox opérationnelle de seize ports.
L’interpellation du technicien sur place a permis de remonter la filière jusqu’à sa tante à Brazzaville. Interrogée par les enquêteurs, elle a avoué avoir reçu deux SimBox de la part d’une amie rencontrée à l’église. Dans son bureau de la capitale, les forces de l’ordre ont saisi une seconde machine de huit ports, garnie de cinq cartes Sim Airtel Ouganda et d’un modem Airtel Congo. Si un mineur de 14 ans lié à l’affaire a été relâché, le commanditaire présumé du réseau, un ressortissant de nationalité gabonaise, demeure activement recherché par les services de sécurité. Benjamin Mouandza s’est félicité de cette coordination parfaite entre la police et le régulateur pour décapiter cette organisation criminelle.

L’indépendance numérique du Congo
En veillant à ce que le cadre réglementaire congolais s’aligne sur les meilleures technologies de surveillance transfrontalière, le Congo participe activement au renforcement de la souveraineté numérique du pays. Cette stratégie globale permet à l’ARPCE de disposer d’outils d’investigation de dernière génération capables de briser les réseaux criminels internationaux et de sanctuariser l’économie des télécommunications face aux prédateurs extérieurs.
💡 Pourquoi c’est important
En ce mois de juin 2026, le démantèlement de ce réseau de SimBox est capital car il démontre que le durcissement des règles d’identification des cartes Sim imposé par l’ARPCE porte enfin ses fruits sur le territoire national. N’ayant plus la possibilité d’acheter des cartes locales anonymes au Congo pour masquer leurs forfaits, les cybercriminels sont désormais contraints d’importer des Sim étrangères pour tenter de contourner la régulation.
Sécuriser les télécommunications est un enjeu de confiance et d’attractivité économique majeur pour le pays. Au-delà du vol financier de 136 millions de FCFA qui prive le Trésor public de recettes fiscales directes, ces lignes parallèles échappant à tout contrôle détruisent la traçabilité des communications. En nettoyant ces réseaux clandestins, l’ARPCE protège les citoyens contre le grand banditisme, bloque les usurpations d’identité et sécurise les transactions sur le Mobile Money, garantissant un espace numérique sain et fiable pour tous les opérateurs économiques.
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Justice et répression : Vers une peine exemplaire pour les pirates des télécoms ?
L’issue positive de cette enquête de l’ARPCE suscite un sentiment de soulagement et de fierté républicaine pour la protection de nos infrastructures stratégiques. Voir l’administration et la Police nationale agir de concert pour remonter la chaîne des responsabilités et saisir ce matériel de pointe prouve que le Congo dispose des compétences nécessaires pour mener une guerre sans merci à la cybercriminalité.
Cependant, alors que la loi n°9 prévoit en son article 176 des peines allant de deux à fèves ans de prison ferme et jusqu’à un milliard de FCFA d’amende pour l’exploitation de réseaux parallèles, la justice parviendra-t-elle à mettre la main sur le cerveau gabonais en fuite d’ici la fin de l’année 2026 ? Le débat sur le renforcement des contrôles aux frontières pour les équipements de télécommunication reste totalement ouvert, la vigilance de l’ARPCE est maximale, et la projection du Congo vers un cyberespace totalement sécurisé et souverain est résolument en marche.



