Taekwondo : cinq jours après sa prise de fonction, Adel Rihan mobilise toutes les ligues du pays
Le 15 février, cinq jours seulement après la passation de service entre Thomas Moutala et le nouveau président de la Fédération congolaise de taekwondo (FECOTAE), Adel Rihan, des sessions d’entraînement collectif ont été organisées simultanément dans toutes les ligues départementales du pays — du Niari au Pool, en passant par Pointe-Noire. L’initiative, baptisée « Grand réveil », visait à remettre en activité une discipline restée longtemps sans rassemblement majeur. Dans un pays où le sport traverse une crise institutionnelle d’une gravité inédite, la rapidité de cette relance mérite d’être replacée dans son contexte.
Ce qui s’est passé le 15 février
À Pointe-Noire, la session a rassemblé une cinquantaine d’athlètes, d’encadreurs et de dirigeants. Le programme a porté sur la condition physique (cardio, agilité) et la révision des fondamentaux techniques. Le président Adel Rihan, présent à Pointe-Noire, s’est adressé directement aux pratiquants. Dans les autres départements, c’est le premier vice-président, Brice Nzoala, qui a donné lecture du message fédéral — un discours axé sur la discipline, le travail et la volonté de redonner au taekwondo congolais sa compétitivité.
La passation de service entre Thomas Moutala et Adel Rihan avait eu lieu le 10 février à Brazzaville, dans un exercice qualifié d’historique par les deux parties : c’était, selon Moutala, la première passation formelle depuis la création de la fédération dans les années 1970. On retiendra le geste autant que le symbole. Dans une culture sportive congolaise où les transitions fédérales sont rarement apaisées, celle-ci a été présentée comme un modèle.
Un nouveau président issu du terrain international
Adel Rihan n’est pas un inconnu du taekwondo congolais. Avant son élection, il occupait le poste de manager de l’équipe nationale. C’est sous sa conduite que le Congo a participé aux championnats du monde de taekwondo à Wuxi (Chine, 24-30 octobre 2025), avec deux athlètes : Walikemot Neem (-63 kg) et Bouassa Jonathan (-58 kg), encadrés par les coachs internationaux Bazebizonza Floris et Mananga Olivier. Les deux combattants se sont inclinés en 32e de finale face à une concurrence de 940 athlètes issus de 176 pays, sans démériter. Le Congo a suffisamment marqué les esprits pour recevoir une nouvelle invitation internationale.
Ce parcours donne à la prise de parole de Rihan à Pointe-Noire un poids que l’article source ne pouvait transmettre. Il ne parle pas en administrateur fraîchement élu : il parle en homme qui a vu le niveau mondial, mesuré l’écart, et sait ce que « remettre les acteurs dans le bain » signifie concrètement.
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Pourquoi ce « Grand réveil » dit plus qu’il n’en a l’air
Pour comprendre la portée de cette initiative, il faut la replacer dans le paysage sportif congolais de février 2026 — un paysage dévasté.
Le football, discipline reine, est en crise ouverte depuis plus d’un an. Le championnat national Ligue 1 saison 2024-2025 a été annulé. La Coupe du Congo 2025, annulée elle aussi. Les stades appartenant à l’État restent fermés sur décision du ministère des Sports, dans le cadre d’un bras de fer avec la Fédération congolaise de football (FECOFOOT) qui dure depuis mi-2024. Le 16 février — le lendemain même du « Grand réveil » du taekwondo — la FECOFOOT annonçait le forfait des Diables rouges U17 pour le tournoi UNIFFAC qualificatif à la CAN, faute de championnat permettant une sélection. Le stade de la Concorde de Kintélé est à l’abandon. Le stade Alphonse-Massamba-Débat est menacé de perte d’homologation par la CAF.
Le sport congolais, en somme, est dans un état de paralysie institutionnelle où les athlètes paient le prix d’un conflit entre fédération et ministère. Dans ce contexte, qu’une fédération nouvellement installée organise en cinq jours une mobilisation nationale simultanée — même modeste (50 participants à Pointe-Noire) — relève moins de l’événement sportif que du signal politique. Le taekwondo montre qu’il est possible, au Congo, de faire fonctionner une fédération sportive quand les acteurs s’entendent.



