Le feuilleton judiciaire et diplomatique qui empoisonnait les relations entre le Maroc et le Sénégal vient de connaître un dénouement spectaculaire en ce mois de mai 2026. Le roi Mohammed VI a officiellement accordé sa grâce royale aux quinze supporters sénégalais encore incarcérés dans le Royaume à la suite des violences de la finale de la Coupe d’Afrique des nations (CAN 2025). Ce geste de clémence, hautement politique à l’approche de l’Aïd al-Adha (la Tabaski), vise à éteindre un incendie nationaliste qui menaçait l’une des alliances les plus stables du continent africain.
Du chaos de la finale au complexe procès pour hooliganisme
Pour comprendre l’ampleur de cette décision, il faut remonter à la mi-janvier 2026, lors de la finale de la CAN au stade Moulay-Abdellah de Rabat. Le match s’était soldé par une victoire du Sénégal (1-0) dans une atmosphère de chaos électrique. Un penalty accordé au Maroc dans le temps additionnel, combiné à un but préalablement refusé aux Lions de la Teranga, avait mis le feu aux poudres. Des supporters sénégalais avaient alors tenté d’envahir la pelouse et jeté des projectiles, tandis que l’équipe et son sélectionneur, Pape Thiaw, quittaient le terrain en signe de protestation.
La réponse judiciaire marocaine avait été d’une grande fermeté. S’appuyant sur les caméras de surveillance et constatant des blessures chez les forces de l’ordre ainsi que plus de 370 000 euros de dégâts matériels, le parquet avait obtenu en février des condamnations allant de trois mois à un an de prison ferme pour hooliganisme. Bien que la défense ait toujours nié les faits, dix-huit supporters ont été incarcérés. Trois d’entre eux ayant fini de purger leur peine, les quinze restants attendaient leur sort dans les geôles marocaines.
L’axe Rabat-Dakar respire : Soulagement à l’approche de la Tabaski
Le communiqué du cabinet royal invoque des « considérations humaines » et les « relations fraternelles séculaires » qui unissent le Maroc et le Sénégal pour justifier cette amnistie. L’avocat des supporters, Me Patrick Kabou, a confirmé leur libération immédiate, saluant un geste qui remet « de la joie dans les cœurs » des familles à l’approche des fêtes religieuses. Sur les réseaux sociaux, où les insultes xénophobes et racistes fusaient entre les deux communautés depuis des mois, la tension est retombée d’un cran. À Casablanca, les citoyens saluent une décision politique sage qui permet de clamer l’apaisement et de préserver l’avenir.
Le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a immédiatement réagi sur le réseau social X. Il a exprimé ses « remerciements les plus sincères » au souverain marocain pour cette décision empreinte de clémence, confirmant que les ressortissants sénégalais retrouveraient très bientôt leurs proches.
💡 Pourquoi c’est important
En ce mois de mai 2026, la grâce accordée par Mohammed VI démontre que le football est devenu un enjeu de sécurité nationale et de haute diplomatie en Afrique. L’axe Rabat-Dakar est le pilier de la stratégie d’influence du Maroc au sud du Sahara et un modèle de coopération économique. Laisser des supporters sénégalais dépérir en prison pour des faits de hooliganisme sportif aurait brisé le soft power marocain et alimenté un ressentiment populaire durable au Sénégal. En intervenant directement, le Roi siffle la fin de la récréation nationaliste et rappelle aux deux peuples que la géopolitique des États surpasse les passions éphémères des stades.
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La bataille des coulisses : Le tapis vert de la CAF devant le TAS
Si le volet humain est désormais réglé, la guerre institutionnelle autour du trophée de la CAN 2025 est loin d’être terminée. Le 17 mars, la Confédération africaine de football (CAF) avait pris la décision radicale d’attribuer la Coupe d’Afrique sur tapis vert au Maroc, sanctionnant la désertion du terrain par les joueurs sénégalais durant de longues minutes lors de la finale.
Refusant de s’avouer vaincu, le Sénégal a officiellement saisi le Tribunal arbitral du sport (TAS) pour contester cette destitution. L’instance juridique internationale n’a pas encore fixé de date pour son verdict, ce qui signifie que l’ambiance restera lourde entre les deux fédérations, déjà condamnées à de lourdes amendes pour comportements antisportifs.
La clémence royale de Mohammed VI permet d’éviter un point de rupture diplomatique entre deux nations historiquement sœurs, transformant une crise de hooliganisme en une opportunité de réconciliation humanitaire. En libérant les supporters sénégalais avant les célébrations de la Tabaski, le Maroc pose un acte de leadership politique fort sur l’échiquier africain. Reste désormais à savoir si le verdict très attendu du Tribunal arbitral du sport concernant l’attribution de la coupe viendra raviver les braises de la discorde ou si la diplomatie des États parviendra définitivement à immuniser les relations bilatérales contre les dérives du football business.

