Réunis le 25 septembre 2026 à Libreville sous la présidence du ministre congolais de l’Énergie et de l’Hydraulique, Bruno Jean Richard Itoua, les ministres sectoriels des six États membres de la CEMAC ont validé le règlement portant création du Système d’information énergétique communautaire (SIE-Cémac) et adopté sa feuille de route de déploiement. Soutenu par l’Agence africaine de l’énergie, cet instrument novateur comble un déficit historique de statistiques fiables, harmonisées et comparables pour planifier les investissements d’infrastructures, anticiper la demande d’électricité et accélérer l’interconnexion des réseaux du Cameroun jusqu’au Tchad.
Ce lundi 28 septembre 2026, l’intégration sous-régionale en Afrique centrale enregistre une avancée technique et politique déterminante pour son avenir industriel. À l’issue d’une session ministérielle stratégique tenue le vendredi 25 septembre à Libreville, au Gabon, les ministres de l’Énergie des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale ont franchi un palier décisif en adoptant le cadre juridique et opérationnel du Système d’information énergétique communautaire (SIE-Cémac). Conduite par le ministre de l’Énergie et de l’Hydraulique de la République du Congo, Bruno Jean Richard Itoua, la délégation congolaise a joué un rôle moteur dans ces arbitrages, le Congo assumant actuellement la présidence en exercice de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’organisation sous-régionale.
Cette rencontre ministérielle s’attaque à la racine d’un mal structurel qui paralyse depuis plusieurs décennies les politiques de développement en Afrique centrale : la rareté, la fragmentation et le manque de fiabilité des données statistiques relatives à la production, au transport et à la consommation d’énergie. En instituant un cadre normatif commun, les six capitales entendent substituer un pilotage prévisionnel rigoureux aux approximations empiriques du passé.
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Le leadership congolais à Libreville : Sortir de l’opacité statistique pour planifier l’avenir
La présidence des travaux assurée par Bruno Jean Richard Itoua s’inscrit dans la continuité de la diplomatie active déployée par Brazzaville au sein des institutions communautaires. Dès l’ouverture des délibérations, le ministre congolais a rappelé que l’exercice ne se résumait pas à une simple mise en conformité administrative, mais engageait la crédibilité économique globale de l’espace CEMAC. Pour la République du Congo, cette tribune a offert l’opportunité de partager les réformes engagées au niveau national pour moderniser le cadastre énergétique, auditer les flux des sociétés publiques d’électricité et structurer un système national de données reliant les barrages hydroélectriques aux centres de consommation urbains.
Les diagnostics techniques présentés par le collège d’experts préalablement aux délibérations ministérielles ont mis en exergue des défaillances criantes. L’absence d’outils méthodologiques harmonisés d’un pays à l’autre, les lacunes persistantes dans la conduite des enquêtes de terrain relatives à l’accès au réseau et l’opacité entourant certaines données d’extraction fossile ou de biomasse ont longtemps constitué des angles morts pour les décideurs publics. En validant le texte organique du SIE-Cémac, les ministres mettent fin à ces disparités méthodologiques, engageant les instituts nationaux de statistiques et les ministères de tutelle à appliquer des grilles de collecte standardisées aux normes internationales.
De la production à la distribution : L’architecture opérationnelle du SIE-Cémac
Le dispositif validé dans la capitale gabonaise érige une plateforme centralisée pour la collecte, le traitement, l’archivage sécurisé et la publication transparente des données énergétiques des six États membres : le Cameroun, la République centrafricaine, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad. Cette base de données intégrée couvrira l’ensemble du cycle de vie des ressources, inventoriant la capacité nominale des centrales de production hydrauliques, thermiques et solaires, mesurant les pertes techniques sur les lignes de haute et moyenne tension, et modélisant la structure de la demande des ménages et des zones industrielles.
Cette révolution méthodologique bénéficie du concours direct et de l’ingénierie de l’Agence africaine de l’énergie (AFREC), l’institution spécialisée de l’Union africaine. Les représentants de l’agence continentale ont rappelé que des projections fiables constituent la condition première exigée par les institutions financières multilatérales et les fonds souverains pour injecter des capitaux dans les infrastructures énergétiques. En disposant d’indicateurs de consommation clairs, actualisés en temps réel et comparables entre États voisins, les gouvernements de la région pourront anticiper les déficits d’approvisionnement saisonniers, optimiser les programmes de maintenance des réseaux et justifier la rentabilité financière des grands corridors de transport électrique transfrontaliers.
L’arbitrage de l’UEAC : Vers un marché communautaire de l’électricité interconnecté
La validation politique actée à Libreville constitue le point de départ d’une procédure législative qui doit désormais trouver son aboutissement institutionnel. Conformément aux traités régissant la communauté, le projet de règlement portant création du SIE-Cémac ainsi que sa feuille de route opérationnelle sont d’ores et déjà transmis au Conseil des ministres de l’Union économique de l’Afrique centrale (UEAC) en vue de leur promulgation définitive et de leur application immédiate dans les ordonnancements juridiques nationaux.
Ce jalon technique préfigure la concrétisation du Pool énergétique de l’Afrique centrale (PEAC). Dans une région paradoxalement riche en gisements hydroélectriques majeurs mais où le taux d’accès moyen à l’électricité demeure parmi les plus faibles du globe, l’absence de planification conjointe condamnait chaque nation à une coûteuse autarcie énergétique. En dotant la sous-région d’une cartographie statistique commune, le futur SIE-Cémac servira de boussole opérationnelle pour concrétiser les interconnexions physiques des réseaux nationaux, permettant par exemple aux excédents de production d’un bassin fluvial d’équilibrer les déficits d’un pôle industriel voisin dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine.
POURQUOI C’EST IMPORTANT
En ce mois de septembre 2026, la création du SIE-Cémac sous la présidence congolaise est fondamentale car aucune transition énergétique ni aucune industrialisation manufacturière n’est réalisable en Afrique centrale sans la maîtrise absolue des statistiques de terrain. Analyser cette initiative comme un simple recueil de données comptables masquerait l’enjeu économique sous-jacent : sans indicateurs crédibles et vérifiables, les bailleurs de fonds internationaux refusent de cofinancer les méga-centrales électriques et les lignes de transport transfrontalières dont la région a un besoin vital.
Standardiser la collecte des données de production et de consommation, sortir de la gestion à l’aveugle des réseaux de distribution et soumettre le secteur énergétique aux exigences de la transparence statistique sont des leviers indispensables pour éradiquer les délestages chroniques, attirer l’investissement industriel lourd et garantir la souveraineté économique des six États membres de la CEMAC.
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De la rigueur de Libreville au défi du déploiement territorial
L’adoption prochaine du règlement communautaire par le Conseil des ministres de l’UEAC ouvrira la phase critique du déploiement technique au sein des administrations nationales.
La réussite du SIE-Cémac se mesurera à la diligence avec laquelle les six pays membres formeront leurs cadres statisticiens, financeront les campagnes d’enquêtes auprès des ménages et dématérialiseront la remontée des données depuis les postes de transformation isolés. En impulsant cette réforme sous la bannière de sa présidence en exercice, le Congo démontre que la coopération sous-régionale tire sa force d’initiatives pragmatiques et rigoureuses, érigeant l’information statistique en fondement inébranlable de la prospérité énergétique collective de l’Afrique centrale.



