Dans son programme « Accélérons la marche vers le développement », Denis Sassou-Nguesso promet de porter les dépenses d’éducation à 25 % du budget de l’État, soit entre 5 et 10 % du PIB. L’objectif affiché : faire de l’école un tremplin vers l’emploi. Le budget 2025 consacre 97 milliards de FCFA à l’enseignement supérieur sur 2 198 milliards de dépenses totales. Décryptage d’une promesse de campagne.
Pour 2026, Sassou-Nguesso ne se contente pas de promettre des emplois : il présente l’école comme la véritable rampe de lancement de son nouveau quinquennat.
Une promesse budgétaire qui change de dimension
Dans son programme, l’éducation n’est plus seulement un chapitre parmi d’autres, c’est le socle censé préparer une génération capable de porter l’« accélération de la marche vers le développement ». L’enjeu est double : rassurer des parents inquiets pour l’avenir de leurs enfants et envoyer un signal à une jeunesse qui doute de plus en plus de l’utilité de ses années d’étude.
L’objectif chiffré est loin d’être neutre : viser des dépenses d’éducation de l’ordre de 25 % du budget de l’État ou de 5 à 10 % du PIB en incluant les salaires des enseignants. Pour un pays où les écoles manquent parfois de salles, de matériel et de personnel, cette barre symbolique envoie un signal fort, autant à la communauté éducative qu’aux familles.
Ce choix budgétaire est présenté comme un investissement stratégique. Le programme rappelle que c’est grâce au capital humain que l’on conçoit, met en œuvre et ajuste les politiques de développement. La créativité, la science, la technique, l’innovation, la création d’entreprises : tout passe, d’une manière ou d’une autre, par la qualité de la formation reçue.
Revenir aux fondamentaux pour les plus jeunes
Le document reconnaît que de nombreux rapports ont mis en lumière une inadéquation entre formation et emploi, mais aussi des faiblesses de base dans l’apprentissage. Pour y répondre, il prévoit de revisiter les curricula de formation des enseignants du primaire et du secondaire en repartant des fondamentaux.
L’objectif est de s’assurer que tous les élèves apprennent réellement à lire, écrire, calculer, analyser et comprendre, tout en maîtrisant progressivement les outils de l’information.
Cette insistance sur les bases n’est pas anodine. Elle vise à éviter que des générations d’élèves ne sortent du système avec des diplômes fragiles et des compétences insuffisantes pour poursuivre des études exigeantes ou s’insérer sur le marché du travail. Le message est simple : sans fondamentaux solides, il n’y a pas de capital humain performant.
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Moderniser l’ensemble de la chaîne éducative
Au-delà des programmes, le Carnet de route insiste sur la modernisation de tout l’appareil éducatif. Il évoque la nécessité de moderniser « sur tous les plans » les écoles, collèges et lycées, mais aussi les facultés, écoles et instituts de l’enseignement supérieur. L’objectif est de tendre vers les « meilleurs ratios » observés dans le monde : moins d’élèves par enseignant, des classes moins surchargées, plus d’heures de travaux pratiques, des infrastructures plus adaptées.
Le texte met aussi en avant l’usage des nouvelles technologies de l’information, en particulier dans l’enseignement supérieur. Il s’agit de connecter les universités congolaises aux standards internationaux, de faciliter l’accès au savoir et de préparer les étudiants aux métiers d’aujourd’hui et de demain, y compris dans le numérique.
Miser sur l’excellence et l’ouverture pour les étudiants
Le programme ne se contente pas de parler de quantité, il parle aussi de qualité. Il prévoit que les universités, écoles et instituts publics mettent en place des politiques sélectives de recrutement des enseignants, afin de ne retenir que les « meilleurs profils », qu’ils soient congolais ou étrangers, après une période probatoire. L’idée est de hausser le niveau d’exigence pédagogique et scientifique.
Parallèlement, le document encourage les partenariats interuniversitaires à l’échelle mondiale, avec des échanges d’enseignants et l’accueil d’étudiants congolais dans des établissements de grande renommée à l’étranger. Pour la jeunesse, cela signifie une promesse de plus grandes opportunités : diplômes mieux reconnus, réseaux plus larges, et possibilité de revenir avec des compétences rares au pays.
Éducation et emploi : un lien assumé
En filigrane, ce plan éducatif est directement relié aux enjeux d’emploi et de développement économique. L’objectif est de faire en sorte que les jeunes soient réellement « aptes à l’emploi » ou capables de prendre des initiatives créatrices d’emplois. L’éducation n’est donc pas présentée comme une fin en soi, mais comme un levier pour construire une économie plus dynamique, plus innovante et plus inclusive.
Dans un contexte où beaucoup de jeunes doutent de l’utilité de leurs études face au chômage, ce discours peut apparaître comme un signal encourageant. Si les moyens suivent, si les classes s’allègent, si les contenus se réajustent et si les formations collent davantage aux réalités économiques, l’école peut effectivement redevenir un moteur central de mobilité sociale.



