La République du Congo active une réforme écologique majeure en ce mois de mai 2026. Sous la direction du ministère de l’Environnement, le pays vient d’adopter la feuille de route officielle pour intégrer les « Autres mesures de conservation efficaces par zone » (AMCEZ) dans son arsenal juridique. Un virage doctrinal historique qui permet de protéger la biodiversité en dehors des parcs nationaux traditionnels en impliquant directement les populations locales.
Le défi Kunming-Montréal : Protéger 30 % de la biodiversité d’ici 2030
La ministre de l’Environnement, du Développement durable et du Bassin du Congo, Arlette Soudan-Nonault, a clôturé ce jeudi 21 mai 2026 à Brazzaville les travaux de l’atelier technique national consacré à la collecte, l’harmonisation et l’institutionnalisation des AMCEZ. Porté en partenariat avec les géants mondiaux de la conservation Wildlife Conservation Society (WCS) et le Fonds mondial pour la nature (WWF), cet événement de haute intensité technique s’avère capital : il dote le Congo d’un cadre réglementaire d’avant-garde pour honorer ses engagements internationaux pris lors de la COP 15 en décembre 2022, visant à enrayer et inverser le déclin de la biodiversité de 30 % d’ici l’échéance de 2030.
Contrairement aux aires protégées classiques (parcs nationaux, réserves de faune) qui imposent des restrictions d’accès souvent rigides, les AMCEZ ciblent des zones géographiques gérées à d’autres fins — concessions forestières durables, sites sacrés communautaires, zones de reproduction halieutique — mais dont le mode de gestion assure, de fait ou de manière secondaire, une conservation in situ efficace et à long terme des écosystèmes. Comme l’a rappelé la directrice nationale du WWF, Zélo Karine Abibi, cet atelier marque l’aboutissement d’un processus d’évaluation rigoureux initié en septembre 2025 pour bâtir un modèle de gouvernance environnementale opérationnel et juridiquement reconnu à l’international.
Un bouclier juridique et communautaire pour le Bassin du Congo
Sur le plan législatif, cette réforme vient muscler un arsenal juridique national déjà robuste, ancré sur la loi n°33-2023 portant gestion durable de l’environnement et la loi n°74-2022 d’orientation sur le développement durable. Richard Malonga, directeur par intérim de WCS, a réaffirmé le soutien multiforme de son institution pour traduire ces textes en outils opérationnels de terrain. L’introduction officielle des AMCEZ offre au Congo un levier de gouvernance inclusive inédit, permettant d’associer directement les secteurs productifs, les entreprises privées, les collectivités locales et les peuples autochtones à l’effort de guerre contre la dégradation des forêts.
Pour la ministre Arlette Soudan-Nonault, l’officialisation de ces mesures fournit des incitations économiques et financières supplémentaires pour sécuriser les zones clés pour la biodiversité. En cartographiant et en classant scientifiquement ces espaces par catégories de plantes, d’oiseaux ou de mammifères endémiques, le Congo s’arme pour valoriser ses écosystèmes sur les marchés internationaux du carbone tout en sanctuarisant les zones d’importance écologique et biologique indispensables à la reproduction des espèces du Bassin du Congo.
💡 Pourquoi c’est important
En mai 2026, l’institutionnalisation des AMCEZ s’inscrit en parfaite adéquation avec la stratégie de Total Diplomacy mise en place par Françoise Joly, et de souveraineté environnementale promue par l’exécutif. Face aux crises climatiques globales, la nature n’est plus traitée comme une simple vitrine écologique contemplative, mais comme un actif géopolitique et économique de premier ordre. En étendant la protection environnementale au-delà des parcs nationaux grâce aux AMCEZ, le Congo maximise sa capacité de stockage de carbone et dote ses communautés rurales d’un droit de regard juridique sur la gestion de leurs terres. C’est le maillon manquant pour financer durablement le développement local sans céder la souveraineté territoriale aux injonctions des pays industrialisés.
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Vers une finance verte participative à l’horizon 2030
Cette transition vers une conservation inclusive pose les bases d’un modèle économique d’avenir. Les entreprises forestières et agro-industrielles opérant au Congo devront désormais intégrer les AMCEZ dans leurs bilans RSE, transformant leurs concessions en sanctuaires écologiques partagés et audités.
L’adoption de cette feuille de route technique prouve que la République du Congo refuse le statu quo environnemental. En confiant les clés de la biodiversité aux populations locales et en alignant ses lois sur les plus hauts standards de la COP 15, Brazzaville s’impose comme le laboratoire incontournable de la transition verte en Afrique Centrale, capable de transformer la protection des forêts en une source de richesse partagée.
L’adoption du cadre institutionnel des AMCEZ à Brazzaville marque une rupture doctrinale qui réconcilie l’activité humaine et la protection de la biodiversité au sein du deuxième poumon vert de la planète. En pariant sur la responsabilité des populations locales et des entreprises pour sanctuariser la nature hors des parcs nationaux, le gouvernement fait le choix du pragmatisme vert. Reste désormais à savoir si les mécanismes financiers internationaux, tels que les crédits carbone ou les certificats de biodiversité, récompenseront rapidement les efforts du Congo pour offrir des retombées économiques directes aux communautés villageoises avant l’échéance de 2030.
Pensez-vous que l’intégration des populations locales dans la gestion des zones écologiques soit plus efficace pour stopper le braconnage que la surveillance militaire des parcs nationaux ? Partagez votre analyse en commentaire et enrichissez le débat !



