Sécurité alimentaire : le PAM prépare cinq nouvelles années d’intervention au Congo
Le Programme alimentaire mondial (PAM) a organisé le 18 février à Brazzaville, en partenariat avec plusieurs ministères, un atelier de validation des axes de son futur plan stratégique au Congo pour la période 2027-2031. Deux priorités se dessinent : le renforcement de la résilience alimentaire face aux crises, et le développement de l’alimentation scolaire à partir de la production locale. Dans un pays où plus d’un Congolais sur trois souffre de sous-nutrition, selon les données de l’Union africaine, cet exercice de planification engage bien plus que des programmes : il touche à la capacité du Congo à nourrir sa propre population.
Deux axes structurants pour cinq ans
Le futur plan stratégique du PAM au Congo s’articulera autour de deux grands axes. Le premier porte sur l’assistance humanitaire, la protection sociale adaptative aux chocs — c’est-à-dire la capacité à répondre rapidement lorsque des crises (climatiques, économiques, sanitaires) aggravent l’insécurité alimentaire — et le renforcement de la résilience des populations vulnérables.
Le second axe vise le renforcement des systèmes et des capacités nationales. Il inclut notamment le développement de l’alimentation scolaire à partir de la production locale et le soutien aux systèmes alimentaires locaux. Concrètement, il s’agit de faire en sorte que les cantines scolaires soient approvisionnées par des producteurs congolais plutôt que par des importations — un objectif qui, s’il est atteint, bénéficierait à la fois aux élèves, aux agriculteurs et à la balance commerciale du pays.
« Au cours de cet atelier, nous allons examiner et valider les principaux effets et activités du futur plan stratégique, discuter des implications pour chaque ministère, convenir des engagements nécessaires et préciser les étapes en vue de la finalisation », a déclaré Gon Myers, représentant du PAM au Congo, à l’ouverture des travaux.
Un plan élaboré en concertation avec l’État
L’atelier du 18 février n’est pas un point de départ. Il fait suite à une série de consultations menées auprès des communautés bénéficiaires et des acteurs de terrain dans les zones d’intervention du PAM. Une première réunion avait déjà rassemblé les hauts cadres de plusieurs ministères et institutions gouvernementales, au cours de laquelle les orientations stratégiques et les changements envisagés avaient été présentés.
Le directeur général du partenariat au développement au ministère du Plan, Aimé Blaise Nitoumbi, a précisé que l’atelier offrait l’occasion de partager les attentes sectorielles du gouvernement vis-à-vis du PAM pour les cinq prochaines années. L’idée est que le plan stratégique du PAM ne soit pas une feuille de route conçue de l’extérieur, mais un cadre co-construit avec les autorités congolaises.
Le plan 2027-2031 s’alignera sur le Cadre de coopération des Nations unies pour le développement durable (UNSDCF) 2027-2031, qui remplace l’ancien Cadre d’assistance des Nations unies (UNDAF). Il devra également s’inscrire en cohérence avec le prochain Plan national de développement du Congo, dont l’actuel couvre la période 2022-2026.
Le bilan du plan sortant : des ajustements en série
Le plan stratégique en cours est en réalité une extension de celui initialement prévu pour 2019-2023. Il a connu quatre révisions budgétaires successives, nécessitées par l’évolution du contexte : pandémie de Covid-19, hausse des prix alimentaires mondiaux liée au conflit en Ukraine, et aggravation de l’insécurité alimentaire dans certaines zones du pays, notamment dans le nord (Likouala, Sangha) et en milieu périurbain.
Ces révisions ont permis au PAM d’élargir ses interventions, mais elles révèlent aussi la difficulté de planifier à moyen terme dans un environnement marqué par des chocs récurrents. C’est précisément cette leçon que le nouveau plan entend intégrer en plaçant la « protection sociale adaptative » — un mécanisme qui s’active automatiquement en cas de crise — au cœur de son premier axe.
Les chiffres derrière les mots
Pour comprendre pourquoi ce plan stratégique compte, il faut rappeler la réalité alimentaire du Congo. Selon un rapport de l’Union africaine, la prévalence de la sous-nutrition dans le pays atteint 35,5 %. Plus de la moitié de la population — 51,7 % — est exposée à une insécurité alimentaire grave. Ces chiffres contrastent avec le potentiel agricole du pays : le Congo dispose de vastes terres arables dont seulement 4 % sont exploitées, selon la direction générale du Trésor français.
Le paradoxe est connu : un pays dont les terres pourraient nourrir bien au-delà de sa population importe environ 80 % de sa consommation alimentaire. L’alimentation scolaire à base de production locale, que le PAM place au centre de son deuxième axe, est l’un des rares leviers qui permet d’agir simultanément sur la demande (nourrir les élèves) et sur l’offre (créer des débouchés pour les producteurs locaux). Le programme ProManioc, financé par l’Union européenne et mis en œuvre par le PAM dans la Bouenza, fournit déjà un exemple concret de cette approche, avec des repas servis dans les cantines à 5 000 élèves et un appui à 50 groupements de producteurs de manioc.
Ce qui se joue dans les prochains mois
La validation des axes stratégiques est une étape technique, pas une conclusion. Le plan devra être finalisé, budgétisé, puis soumis au Conseil d’administration du PAM à Rome. Sa mise en œuvre effective dépendra de la mobilisation des bailleurs de fonds internationaux et de l’engagement concret des ministères congolais — en particulier celui de l’Agriculture et celui du Plan.
Pour le Congo, l’enjeu dépasse le cadre d’un programme onusien. Il s’agit de savoir si les cinq prochaines années verront le début d’une véritable transition alimentaire — d’un modèle fondé sur l’importation vers un modèle fondé sur la production nationale — ou si la dépendance extérieure continuera de s’approfondir. Le PAM peut accompagner ce mouvement. Il ne peut pas le déclencher seul.



