L’hémicycle du Palais-Bourbon a été le théâtre d’un séisme mémoriel et législatif sans précédent ce jeudi 28 mai 2026. Les députés français ont approuvé à l’unanimité l’abrogation formelle du « Code noir » et de l’ensemble des textes officiels ayant réglementé l’esclavage dans les anciennes colonies françaises, qui n’avaient jamais été juridiquement abrogés depuis 1848.
Cette décision historique s’avère capitale : elle permet de radier définitivement de l’arsenal juridique français un édit royal indigne qui assimilait des êtres humains à des biens meubles, tout en ravivant le débat brûlant sur les réparations financières et les inégalités persistantes entre l’Hexagone et les Outre-mer.
Une unanimité historique pour effacer les textes de la honte
L’émotion était palpable à l’Assemblée nationale lors du décompte des voix. Au total, les 254 députés présents, issus de l’intégralité des groupes politiques, ont voté en faveur de cette proposition de loi hautement symbolique. Porté par le rapporteur Max Mathiasin, député de la Guadeloupe (groupe Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires), ce texte extirpe enfin du droit français des édits des XVIIe et XVIIIe siècles. Ces lois scélérates organisaient cruellement le quotidien des esclaves, prévoyant le marquage au fer de lys, les oreilles coupées en cas de fuite, ou la peine de mort.
Vingt-cinq ans après l’adoption de la loi Taubira, Max Mathiasin a appelé ses pairs à « poser un acte puissant de mémoire, de justice et de reconnaissance ». Ému aux larmes et enlacé par ses collègues au bas de l’hémicycle après le vote, le rapporteur a salué un hommage indispensable aux millions de personnes mises en esclavage. Naïma Moutchou, ministre des Outre-mer, a vigoureusement soutenu cette démarche en affirmant que, bien que ce code n’ait plus d’effet pratique, son empreinte restait un poids dont il fallait libérer la République.
Le souvenir des ancêtres et le choc des idéologies à la tribune
Les débats ont donné lieu à des moments d’une rare intensité dramatique. L’écologiste Steevy Gustave a ému l’hémicycle en évoquant, la voix tremblante, son arrière-grand-mère, petite-fille d’Ambroise Zerambe, un Africain réduit en esclavage sous le matricule 336. En écho, plusieurs parlementaires ont pointé du doigt l’ironie historique de tenir ce débat à quelques mètres seulement de la statue de Jean-Baptiste Colbert, artisan principal du Code noir de 1685, érigée devant le bâtiment de l’Assemblée. De son côté, la députée de la Réunion, Emeline K/Bidi, a interrogé la portée de ce vote si les Outre-mer continuent d’être traités comme des périphéries lointaines par Paris.
Un article du texte stipule également que le gouvernement devra remettre un rapport complet sur les séquelles à long terme du droit colonial, notamment sur le racisme systémique et la place de l’esclavage dans les programmes scolaires. Cette disposition a provoqué un affrontement idéologique tendu. Le député du Rassemblement national, Julien Odoul, a dénoncé un texte visant selon lui à « enfermer des générations entières dans une logique de culpabilité et de revanche ». Des propos immédiatement qualifiés de « révisionnisme historique consternant » par l’Insoumise Gabrielle Cathala.
💡 Pourquoi c’est important
En ce mois de mai 2026, ce vote unanime à l’Assemblée nationale démontre que le maintien de textes esclavagistes dans le droit positif français, même sans effet juridique, constituait un parjure moral insupportable pour la République. Le Code noir considérait les Noirs comme des objets marchands. Laisser ces édits impériaux « dormir » dans les archives légales sans les abroger formellement envoyait un signal de mépris aux populations d’Outre-mer. C’est capital : cette abrogation officielle arrache le dernier vernis de légalité à l’un des plus grands crimes contre l’humanité. De plus, les députés ont adopté un amendement stipulant que tous les textes ayant institutionnalisé la déportation et l’exploitation des êtres humains sont indissociables de ce crime. En recevant le soutien d’Emmanuel Macron, cette loi prépare le terrain à un examen de conscience national inévitable.
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La question explosive des réparations financières sur la table
Au-delà de la symbolique mémorielle, la question très concrète des réparations financières a hanté les échanges à l’Assemblée. De nombreux parlementaires ont rappelé une injustice historique majeure : lors de l’abolition en 1848, ce sont les colons et propriétaires d’esclaves qui ont reçu d’immenses compensations financières de la part de l’État français, tandis que les esclaves libérés n’ont absolument rien perçu.
Récemment reçu à l’Élysée pour le 25e anniversaire de la loi Taubira, le président Emmanuel Macron a admis que cette « immense question » ne devait plus être éludée, tout en prévenant qu’il ne fallait pas faire de « fausses promesses ». Pour préserver la cohérence immédiate de son texte et garantir le vote unanime des 254 députés, le rapporteur Max Mathiasin a choisi d’exclure le volet des réparations de cette proposition de loi, estimant qu’il méritait un cadre législatif beaucoup plus large. Le texte validé doit désormais s’envoler pour le Sénat, bien qu’aucune date d’examen n’ait encore été fixée.
Le vote unanime de l’Assemblée nationale française pour abroger le Code noir marque une victoire morale retentissante pour les mémoires de l’esclavage et les populations d’Outre-mer. En nettoyant son droit historique de ses textes les plus sombres, la France pose un jalon mémorable. Reste désormais à savoir si le Sénat confirmera ce vote avec la même ferveur unanime, et si le pouvoir exécutif saura transformer ce symbole législatif en actions concrètes pour briser les inégalités économiques persistantes et ouvrir enfin le chantier tant redouté des réparations matérielles.
Pensez-vous que l’abrogation symbolique du Code noir par la France doit obligatoirement s’accompagner de réparations financières directes pour les descendants d’esclaves outre-mer ? Exprimez votre point de vue en commentaire et participez à ce grand débat national !



