Au terme d’un match à double visage à Philadelphie, le revirement stratégique historique du sélectionneur portugais n’a pas suffi à freiner les Croates (1-2), projetant les Black Stars vers un seizième de finale à haute tension.
Ce dimanche 28 juin 2026, à Philadelphie, la sélection nationale du Ghana a scellé son destin lors de la troisième et dernière journée de la phase de poules du Mondial nord-américain en concédant une défaite sur le fil face à la Croatie (1-2). Longtemps fidèles au pragmatisme ultra-défensif de leur entraîneur Carlos Queiroz, les Black Stars ont complètement transfiguré leur jeu au retour des vestiaires grâce à un ajustement tactique totalement imprévisible, avant de céder dans les derniers instants face au réalisme froid de l’écurie européenne. Ce dénouement s’avère d’une importance capitale : bien que le Ghana valide officiellement son ticket pour les seizièmes de finale de la Coupe du monde parmi les meilleurs troisièmes de la compétition — signant sa troisième qualification en cinq participations —, ce faux-pas redistribue totalement les cartes du tableau final, offrant un parcours royal à la Croatie et à l’Angleterre, tout en plongeant les Ghanéens dans une attente anxieuse concernant l’identité de leur futur adversaire.
Du catenaccio rigide de Carlos Queiroz au coup de foudre de Petar Susic
Durant les quarante-cinq premières minutes, la rencontre a longtemps semblé s’enfoncer dans les oubliettes du football, la faute à un système en 4-5-1 particulièrement dense imposé par le technicien portugais Carlos Queiroz. Réputé pour bannir le terme « spectacle » de son vocabulaire, l’entraîneur ghanéen a aligné un bloc ultra-compact qui a totalement inhibé les velléités offensives de son propre camp. Face à cette passivité, la Croatie a pris le contrôle du jeu, envoyant un premier avertissement sérieux par Nikola Vlasic, dont la frappe lourde à l’entrée de la surface a trouvé le poteau de Benjamin Asare (17e).
La sanction est tombée logiquement quelques minutes plus tard. Profitant des espaces concédés par l’arrière-garde africaine, le milieu croate Petar Susic a déclenché une frappe pure et limpide des 25 mètres qui est allée se loger au fond des filets (1-0, 25e). Encaissant là son tout premier but de la compétition, le Ghana s’est retrouvé virtuellement relégué à la troisième place, l’Angleterre tenant en parallèle le choc face au Panama. La seule lueur ghanéenne du premier acte est venue d’un exploit individuel d’Antoine Semenyo, dont le raid solitaire s’est conclu par une frappe rasant le montant de Dominik Livakovic (40e).

La révolution du 4-4-2 et la punition signée Luka Modric
Contre toute attente, Carlos Queiroz a brisé ses propres dogmes au retour des vestiaires en opérant un réajustement tactique audacieux : le passage immédiat à un système offensif en 4-4-2. L’entrée en jeu d’Issahaku Fatawu (Leicester) à la place d’Elisha Owusu a transfiguré le visage des Black Stars. En un quart d’heure, le Ghana a montré plus d’intentions créatives que lors de ses deux premiers matchs de poule réunis. Fatawu a immédiatement allumé une mèche enveloppée du gauche effleurant la transversale (47e), avant de semer la panique par un débordement tranchant trois minutes plus tard.
Cette domination territoriale a fini par payer. À la 73e minute, à la suite d’un coup franc magistralement botté par Ernest Nuamah, le défenseur Derrick Luckassen s’est jeté dans la surface pour égaliser de volée (1-1), déclenchant l’hystérie des supporters ghanéens à Philadelphie. Malheureusement, la joie de la Teranga du football a été de courte durée. Incapables de verrouiller le score, les Black Stars ont cédé dix minutes plus tard sur un corner chirurgical de l’éternel Luka Modric, repris victorieusement de la tête par un Nikola Vlasic esseulé (2-1, 83e). Pendant ce temps, les buts de Jude Bellingham et Harry Kane scellaient la victoire de l’Angleterre (2-0), figeant définitivement les positions.
💡 POURQUOI C’EST IMPORTANT
En ce mois de juin 2026, l’électrochoc tactique orchestré par Carlos Queiroz est capital car il met en lumière le potentiel offensif immense mais trop longtemps bridé des nations africaines lors des grands rendez-vous mondiaux. En s’enfermant dans une frilosité excessive durant la moitié du match, le staff technique ghanéen a lui-même creusé le piège qui a permis à la Croatie d’imposer son rythme et de s’emparer des positions préférentielles pour la suite du tournoi.
Se qualifier pour le second tour reste une performance de haut niveau pour les Black Stars, mais la manière suscite de profonds doutes sur la capacité de cette équipe à franchir les seizièmes de finale sans une philosophie de jeu résolument plus ambitieuse. Ce match prouve que le Ghana possède les individualités nécessaires pour bousculer les meilleures nations européennes, à l’image du dynamisme insufflé par Fatawu. C’est le signal fort que pour la suite de la compétition, l’attentisme n’est plus une option viable : face aux puissances mondiales du tableau final, jouer pour ne pas perdre équivaut à condamner le football africain à une élimination précoce.
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Le dilemme Queiroz : Quel visage pour les Black Stars au second tour ?
Ce dénouement laisse un goût d’inachevé amer et une immense voute de frustration parmi les millions de supporters ghanéens à travers le monde, déchirés entre le soulagement de voir leur pays atteindre les phases à élimination directe et la colère de voir une si belle génération bridée par des consignes frileuses. Voir les larmes des joueurs après le coup de sifflet final témoigne de la déception d’un groupe qui a entrevu la lumière en seconde période avant d’être puni par le métier des Croates. La projection vers le tableau final s’annonce d’une intensité dramatique.
Dès lors, face à l’exigence des matchs couperets, Carlos Queiroz saura-t-il tirer les leçons de ce match et installer définitivement le système en 4-4-2 pour libérer le duo Semenyo-Ayew d’ici les prochains jours ? Les Black Stars parviendront-ils à corriger leurs sautes de concentration défensive sur les coups de pied arrêtés, qui restent leur principal talon d’Achille ? Le débat tactique enflamme déjà les esprits de Accra à Kumasi, la ferveur populaire reste intacte pour soutenir l’équipe, et la suite du parcours du Ghana dans ce Mondial 2026 promet d’être un grand moment de suspense.

