Porté par la mise en service complète de la centrale hydroélectrique de Nachtigal (420 MW) au Cameroun, le projet d’exportation de 100 MW vers N’Djamena via une ligne haute tension de 225 kV marque un tournant pour la sécurité énergétique tchadienne. Entre aléas hydrologiques, investissements dans le transport et impératifs contractuels, cette liaison concrétise la transition du corridor pétrolier historique vers un véritable marché électrique sous-régional adossé au Pool énergétique de l’Afrique centrale (PEAC).
Ce mardi 8 septembre 2026, l’intégration sous-régionale en Afrique centrale franchit une étape technique et stratégique déterminante à travers le projet d’interconnexion électrique entre le Cameroun et le Tchad. Visant l’acheminement de 100 mégawatts (MW) d’électricité camerounaise vers le réseau tchadien au moyen d’infrastructures de transport haute tension en 225 kV et de postes de transformation dédiés, cette initiative d’envergure ambitionne de rapprocher deux systèmes énergétiques aux caractéristiques structurellement asymétriques.
Loin d’un simple échange marchand, l’opération pose les jalons d’un nouveau partenariat bilatéral où la maîtrise des réseaux et la fiabilité des engagements contractuels priment sur les seuls volumes de production brute.
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Côté camerounais : Le potentiel de Nachtigal face aux impératifs du réseau national
Le Cameroun bénéficie d’un atout hydroélectrique majeur avec l’entrée en service complète, en 2025, du barrage de Nachtigal d’une puissance installée de 420 MW, injectée dans le Réseau Interconnecté Sud (RIS). Cette nouvelle donne industrielle améliore significativement les capacités du pays, mais ne garantit pas pour autant une rente d’exportation permanente et sans contrainte.
La disponibilité réelle de la production reste tributaire des régimes hydrologiques saisonniers, des programmes de maintenance technique et de la capacité d’absorption d’une demande intérieure camerounaise en forte croissance. L’enjeu pour Yaoundé ne réside donc pas dans l’évacuation d’un hypothétique surplus passif, mais dans la valorisation optimale d’un capital énergétique exigeant des investissements continus pour stabiliser les lignes de transport et éviter les ruptures de charge.
Côté tchadien : Sécurité énergétique, décarbonation thermique et réalités tarifaires
Pour N’Djamena, l’accès au réseau camerounais constitue un levier de diversification salutaire. L’importation de 100 MW permettra de réduire la dépendance critique envers des centrales thermiques dépendantes du fioul lourd, coûteuses et émettrices de carbone, tout en renforçant la résilience d’un système électrique national isolé.
Néanmoins, les retombées économiques ne se traduiront pas automatiquement par un effondrement immédiat des tarifs pour les usagers tchadiens. La rentabilité finale du mécanisme dépendra étroitement du barème contractuel négocié, du coût d’amortissement des infrastructures de transit, des taux de déperdition technique sur la ligne de 225 kV et de la régularité effective du flux d’énergie délivré.
Du transit pétrolier à la toile électrique : Les exigences de l’interdépendance
Ce rapprochement crée une interdépendance bilatérale à double sens qui dépasse le schéma classique du fournisseur face à un client captif :
- Engagements de disponibilité : Le Cameroun doit garantir des livraisons stables tout en sécurisant l’alimentation de ses propres métropoles industrielles.
- Discipline contractuelle : Le Tchad s’engage sur le règlement prévisible des factures et la gestion harmonisée des pics de consommation.
- Gouvernance technique : La prévention des litiges et la maintenance préventive des lignes de transport requièrent des protocoles d’arbitrage conjoints.
- Priorité à l’interconnexion : L’Afrique centrale souffre moins d’un déficit absolu de gisements énergétiques que d’un manque criant de corridors de transport pour relier les zones de production aux bassins de consommation.
Identifié par le Pool énergétique de l’Afrique centrale (PEAC) comme un maillon d’infrastructure structurant, ce corridor électrique prouve que la complémentarité régionale s’organise sur le terrain avant de se décréter dans les sommets institutionnels.
POURQUOI C’EST IMPORTANT
En ce mois de septembre 2026, l’avancée de l’interconnexion électrique Tchad-Cameroun est fondamentale car elle transforme une proximité géographique en solidarité énergétique concrète au cœur de la zone CEMAC. Analyser ce projet comme un simple contrat d’achat de mégawatts serait une erreur de perspective : après le précédent historique du pipeline pétrolier reliant le bassin de Doba au terminal de Kribi, faire circuler des électrons transfrontaliers bâtit un nouveau socle d’interdépendance industrielle garant de la stabilité régionale.
Stabiliser les réseaux haute tension transfrontaliers, harmoniser les règles de tarification de gros et interconnecter les fleuves du Sud avec les métropoles sahéliennes sont des enjeux de souveraineté énergétique, d’industrialisation partagée et de cohésion économique sous-régionale absolus pour la période 2026-2030.
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Du corridor bilatéral au marché commun de l’électricité en zone CEMAC
Le raccordement effectif entre les réseaux camerounais et tchadien servira de banc d’essai pour l’intégration de l’ensemble des marchés du Pool énergétique de l’Afrique centrale (PEAC).
Pour la période 2026-2030, la mise en place de mécanismes de compensation multilatéraux, de règles tarifaires transparentes et de corridors de transport interconnectant le Congo, la Centrafrique, le Gabon et la Guinée équatoriale permettra de mutualiser les excédents hydroélectriques et gaziers de la sous-région, réduisant drastiquement le coût du kilowatt-heure pour les entreprises locales.
La dynamique enclenchée en ce début septembre 2026 confirme que l’intégration régionale ne progresse jamais aussi vite que lorsque les nations partagent des infrastructures vitales pour leur souveraineté.



