À mi-parcours du Plan national de développement 2022-2026, la République du Congo s’est dotée d’une ossature technologique solide (2Africa, WACS, CAB, backbone national). Alors que le volume de données mobile explose de plus de 40 %, le gouvernement et l’ADEN font face à un impératif : dématérialiser l’administration (e-Gouv) et stimuler l’écosystème local pour que le numérique devienne un vrai moteur de croissance hors-pétrole.
Ce vendredi 14 août 2026, le secteur de l’économie numérique en République du Congo dresse un bilan d’étape nuancé mais révélateur de ses défis futurs. À mi-parcours de la feuille de route tracée par la stratégie Congo Digital et le Plan national de développement (PND 2022-2026), le constat est à double tranchant : si la construction des « tuyaux » (infrastructures physiques et cadre institutionnel) est une réussite incontestable, la bataille de la création de valeur par les usages locaux et la numérisation des services publics reste encore à gagner.
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Une infrastructure de classe internationale et un cadre institutionnel structuré
Sur le plan matériel, la souveraineté numérique du Congo repose désormais sur un réseau robuste et redondant :
- Câbles sous-marins internationaux : Le West Africa Cable System (WACS) à Matombi (opéré par Congo Telecom) doublé depuis août 2023 par le câble 2Africa, garantissant la continuité du haut débit.
- Projets sous-régionaux et interconnexions : Le réseau sous-fluvial Brazzaville-Kinshasa (2017) et le Central African Backbone (CAB) raccordant le Congo au Gabon (2018) et à la Centrafrique (2022), en attendant la finalisation de l’axe Cameroun.
- Backbone national : Un axe prioritaire Matombi – Pointe-Noire – Brazzaville cofinancé par Congo Câbles, Airtel, Congo Telecom et Silicone Connect autour du data center de l’ARPCE à Pointe-Noire.
Reçu le 10 août au siège de l’opérateur historique, le ministre des Postes, des Télécommunications et de l’Économie numérique, Frédéric Malik Nguema Nzé, a salué cette dynamique tout en exigeant la garantie de la continuité de service. En parallèle, l’édifice institutionnel s’est renforcé avec l’Agence de développement de l’économie numérique (ADEN, créée par la loi 69-2022), l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSI) et le Guichet unique des opérations transfrontalières (GUOT).
Explosion de la Data, défi du e-Gouv et diplomatie numérique régionale
Si le taux de pénétration du mobile dépasse 91 % de la population et que la consommation de données a bondi de plus de 40 % sur un an (au détriment des SMS et de la voix traditionnelle), l’enjeu crucial réside dans la nature des contenus consommés. Le pays doit éviter de devenir un simple consommateur de plateformes étrangères au détriment de l’écosystème local. De plus, le vaste chantier du e-Gouv pour la dématérialisation des démarches administratives peine à se concrétiser sur le terrain, constituant l’un des principaux chantiers de l’ADEN.
Sur le plan du financement et de la diplomatie, l’État a instauré le 1er juin 2026 une nouvelle taxe sur l’importation de terminaux à carte SIM pour financer la modernisation technologique, s’alignant sur les principes de la Déclaration d’Abuja. Par ailleurs, après le scrutin de fin juillet à Abuja pour la direction de l’Union africaine des télécommunications (UAT) où l’ingénieur congolais Luc Missidimbazi faisait acte de candidature, le Congo a été brillamment reconduit au Conseil d’administration de l’UAT au titre de l’Afrique centrale, consolidant ainsi sa voix dans les instances décisionnelles continentales.
POURQUOI C’EST IMPORTANT
En ce mois d’août 2026, l’analyse du secteur numérique congolais est fondamentale car elle met en lumière le décalage entre la présence des infrastructures et la maturité des usages économiques. Analyser le marché à travers la seule couverture réseau serait une erreur de perspective : sans services publics dématérialisés, sans startups locales fortes et sans compétences numériques chez les 76 % de Congolais âgés de moins de 35 ans, les tuyaux resteront sous-exploités.
Déployer le e-Gouv, stimuler la création de contenus locaux et utiliser la fiscalité numérique pour financer la formation des jeunes sont des enjeux de souveraineté numérique, de modernisation de l’État et de diversification économique absolus pour la période 2026-2030. Si le gouvernement accélère la numérisation des services publics, le Congo transformera son haut débit en valeur ajoutée.
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Prospective 2026-2030 : Transformer la connectivité en créatrice d’emplois pour la jeunesse
La suite du PND 2022-2026 et les préparatifs de la décennie 2030 imposeront d’orienter prioritairement les ressources vers l’appropriation technologique. La numérisation du cadastre, du système de santé et des formalités administratives créera l’effet d’entraînement indispensable pour les entreprises innovantes du pays.
Pour la période 2026-2030, la réussite de la stratégie numérique nationale reposera sur la réduction de la fracture statistique sur l’Internet fixe résidentiel, la cybersécurité des infrastructures critiques et la formation massive des jeunes créateurs de contenus et développeurs.
La position stratégique réaffirmée par le Congo au sein des instances de l’UAT en ce milieu d’année 2026 démontre qu’avec des tuyaux solides et une diplomatie numérique active, le pays détient les cartes en main pour réussir son décollage numérique.

