Réunis à Brazzaville ce vendredi 24 juillet 2026, les experts fiscaux et douaniers des six pays de la Cémac finalisent un plan de choc fiscal. L’objectif : soutenir la production locale, freiner l’explosion des importations et bâtir une véritable souveraineté alimentaire d’ici 2030.
Ce vendredi 24 juillet 2026, les représentants des administrations fiscales et douanières des États membres de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac) bouclent trois jours de concertation intensive à Brazzaville. Aux côtés des experts de la Commission communautaire, ces hauts responsables examinent les mesures fiscales et douanières destinées à concrétiser la stratégie régionale d’import-substitution décidée par les chefs d’État. L’enjeu de cette rencontre sous-régionale est crucial pour les économies d’Afrique centrale : il s’agit d’alléger la fiscalité sur la production locale, de décourager l’importation massive de denrées étrangères et de protéger le pouvoir d’achat des ménages face à une inflation mondiale persistante.
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Souveraineté alimentaire et exonérations douanières : Le plan stratégique de la Cémac pour le « Made in Central Africa »
Pendant trois jours de débats à Brazzaville, les délégations communautaires ont passé au cribles les leviers tarifaires permettant de créer un environnement des affaires propice aux industriels et agriculteurs locaux. La stratégie d’import-substitution vise à bâtir des chaînes de valeur régionales solides, capables d’approvisionner directement le marché intérieur. En révisant le cadre fiscal, la Cémac entend réduire la facture des importations qui pèse lourdement sur les devises des États membres, tout en incitant les capitaux privés à s’investir dans la transformation des ressources locales.
Selon le commissaire de la Cémac chargé du département des Infrastructures et du Développement durable, le Dr Francial Baudin Libengue Dobele, ces arbitrages constituent l’étape décisive pour opérationnaliser la vision des chefs d’État. L’harmonisation des règles douanières doit offrir aux entreprises sous-régionales un marché de plus de 60 millions de consommateurs. En favorisant la compétitivité des produits locaux, la communauté compte dynamiser le commerce intracommunautaire, stimuler la création d’emplois durables et faire baisser le coût du panier de la ménagère.
Chute des recettes pétrolières et croissance modérée : Pourquoi l’Afrique centrale doit d’urgence transformer son économie
La mise en œuvre de cette réforme fiscale s’impose dans un contexte macroéconomique particulièrement fragile. Les tensions géopolitiques mondiales et la baisse progressive des recettes pétrolières ont dégradé les finances publiques de la sous-région, faisant basculer le solde budgétaire agrégé de la Cémac d’un excédent de 0,6 % du PIB en 2023 à un déficit de 1,5 % en 2024. Par ailleurs, la croissance régionale moyenne, estimée à 2,9 % entre 2025 et 2027, s’avère insuffisante pour résorber le chômage des jeunes et faire reculer la pauvreté.
Face aux perturbations récurrentes des chaînes d’approvisionnement mondiales, la dépendance alimentaire de la Cémac est devenue une vulnérabilité sécuritaire. C’est pour parer à ce risque que la stratégie adoptée à Yaoundé cible en priorité cinq filières vitales : le poisson, le riz, le blé, la viande bovine et le manioc. Ces secteurs à fort potentiel de transformation industrielle doivent permettre de substituer la production nationale aux achats extérieurs, consolidant ainsi la balance commerciale des pays membres.
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POURQUOI C’EST IMPORTANT
En ce mois de juillet 2026, la refonte des cadres fiscaux et douaniers par la Cémac à Brazzaville est un tournant historique pour l’Afrique centrale. Analyser ces réunions comme de simples discussions administratives serait une erreur de lecture économique majeure : la sous-région joue sa survie financière et sa stabilité sociale en tentant de sortir du modèle extractif pétrolier.
Développer la transformation industrielle locale, sécuriser les approvisionnements en riz et en farine, et protéger les producteurs sous-régionaux sont des impératifs stratégiques absolus pour la période 2026-2030. Si la Cémac ne parvient pas à harmoniser sa fiscalité pour imposer ses propres produits, la sous-région restera à la merci de l’inflation importée et des chocs pétroliers futurs.
Feuille de route 2027 : Vers la finalisation d’un cadre juridique et douanier harmonisé à l’échelle communautaire
Au terme des travaux de Brazzaville, les experts des administrations fiscales et douanières doivent produire une feuille de route assortie de recommandations techniques précises. Ce document sera transmis aux instances décisionnelles de la Cémac pour validation finale. L’objectif est de mettre rapidement à disposition des acteurs économiques un cadre réglementaire clarifié, sécurisé sur le plan juridique et équilibré sur le plan budgétaire.
L’aboutissement de ces réformes doit encourager l’investissement privé dans l’agrobusiness et l’industrie légère tout en modernisant les administrations douanières. En se dotant d’instruments tarifaires de défense commerciale, la Cémac espère créer le choc de compétitivité nécessaire pour faire émerger des champions industriels régionaux capables de nourrir l’Afrique centrale.
Ce rendez-vous de juillet 2026 à Brazzaville marque une prise de conscience salutaire des dirigeants d’Afrique centrale. Face aux incertitudes mondiales, le développement de la production locale n’est plus une option mais une obligation stratégique pour bâtir une résilience économique durable.
Dès lors, face à la tentation du protectionnisme et aux intérêts des importateurs historiques, les États membres de la Cémac appliqueront-ils avec rigueur cette feuille de route d’ici 2027 ? L’harmonisation fiscale suffira-t-elle à rendre le riz, la viande et le manioc locaux moins chers que les produits importés pour le consommateur africain ? Le débat est ouvert, les réformes s’élaborent, et l’avenir industriel de la Cémac va continuer de retenir toute notre attention.



