Révélée par les experts de l’Observatoire sur la violence et le crime organisé en Afrique centrale, la montée en puissance de la cybercriminalité frappe de plein fouet les populations vulnérables au Cameroun et au Tchad. Entre l’usurpation des programmes d’aide gouvernementale, le mirage d’emplois factices à l’étranger sous la bannière du « Dubaï Dream » et le ciblage cruel des réfugiés par SMS frauduleux, des syndicats criminels structurés entre Yaoundé, Douala, Buea et N’Djamena pillent l’épargne modeste des ménages. Face à des escroqueries débutant à 25 000 FCFA et à l’impunité dénoncée par le professeur Ado Adamou Abba Ari, l’urgence d’une riposte policière et judiciaire transfrontalière s’impose avec acuité.
Ce dimanche 27 septembre 2026, la vulnérabilité socio-économique des populations d’Afrique centrale se heurte à une criminalité technologique sans scrupule. Selon les conclusions accablantes publiées par l’Observatoire sur la violence et le crime organisé en Afrique centrale, le Cameroun et le Tchad font face à une prolifération sans précédent d’escroqueries numériques calibrées sur mesure pour spolier les citoyens les plus fragiles. Loin des attaques informatiques complexes visant les grandes institutions bancaires, ces réseaux exploitent avec un cynisme redoutable la détresse financière des jeunes diplômés sans emploi, des petits agriculteurs et des familles de réfugiés pour leur extorquer leurs maigres économies.
Cette offensive numérique traduit une professionnalisation inquiétante des filières délinquantes régionales. En perfectionnant leurs techniques d’ingénierie sociale, ces organisations transnationales transforment la précarité en rente financière, provoquant des faillites personnelles dévastatrices au sein de foyers déjà fragilisés par l’inflation et le sous-emploi.
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Cameroun : Usurpation des programmes publics et le mirage du « Dubaï Dream »
Au Cameroun, où le taux de pénétration des smartphones et des réseaux sociaux a connu une expansion rapide, les cyberdélinquants ont mis au point une stratégie d’usurpation institutionnelle systématique. Dès qu’un département ministériel ou un organisme public annonce le lancement d’un fonds d’appui à l’entrepreneuriat des jeunes, d’une subvention agricole ou d’un projet d’insertion professionnelle, les criminels déploient en quelques heures des répliques trompeuses sur la toile. Des sites miroirs, des boucles de messagerie WhatsApp et des pages Facebook aux armoiries officielles clonées sont immédiatement activés pour attirer les postulants crédules.
Le piège se referme lors de la constitution du prétendu dossier d’éligibilité : les escrocs exigent le versement préalable de frais de dossier, de timbres fiscaux dématérialisés ou d’enregistrements administratifs par paiement mobile. Dans le même registre de prédation psychologique, l’arnaque dite du « Dubaï Dream » fait des ravages auprès d’une jeunesse instruite mais désespérée par le manque d’opportunités locales. Faisant miroiter des contrats d’embauche lucratifs dans les pays du Golfe ou en Europe, de faux recruteurs soutirent des sommes conséquentes pour de prétendus visas et billets d’avion avant de couper toute communication, abandonnant les candidats à leur ruine.
Tchad : L’escroquerie directe par SMS et le pillage des réfugiés en détresse
De l’autre côté de la frontière, au Tchad, où la couverture Internet demeure plus restreinte, les réseaux criminels adaptent leurs pièges à la réalité technologique locale en privilégiant le canal plus direct du message textuel. Par des campagnes d’envoi massif de SMS frauduleux, les fraudeurs se font passer pour des institutions financières officielles, des maisons de microcrédit ou des agences humanitaires internationales opérant dans les provinces orientales et méridionales du pays.
Cette méthode frappe avec une cruauté particulière les populations déplacées internes et les réfugiés ayant fui les conflits voisins, notamment la guerre au Soudan. Croyant recevoir une notification d’assistance alimentaire ou une allocation de secours d’urgence, ces victimes sont invitées à composer un code ou à transférer une somme initiale pour débloquer leur aide. Même lorsque les montants extorqués débutent autour de 25 000 FCFA — soit environ 40 euros —, leur prélèvement représente une ponction intolérable sur le budget de survie des ménages, tout en générant, par l’effet de masse, des gains illicites considérables pour les commanditaires.
L’analyse du Pr Ado Adamou Abba Ari : Le mur de l’impunité et le déficit de judiciarisation
Face à ce phénomène tentaculaire, la réponse pénale demeure largement impuissante. Spécialiste reconnu de la cybersécurité et enseignant à l’université de Garoua au Cameroun, le professeur Ado Adamou Abba Ari met en garde contre l’impunité quasi-totale dont jouissent les auteurs de ces méfaits. Selon l’universitaire, le faible taux d’élucidation des affaires découle directement de la sous-déclaration massive des infractions : paralysées par la honte d’avoir été dupées, résignées face aux lenteurs procédurales ou ignorant tout simplement leurs droits, les victimes ne portent presque jamais plainte auprès des services de police ou de gendarmerie.
Cette absence d’enquêtes judiciaires formelles permet aux syndicats du crime de perfectionner leurs opérations en toute sérénité. Structurés en cellules semi-autonomes, ces réseaux disposent de plateformes opérationnelles disséminées dans les grands centres urbains de N’Djamena, de Yaoundé, de la métropole économique de Douala et du pôle technologique de Buea, tout en entretenant des ramifications actives au Nigeria, en Côte d’Ivoire et au Soudan pour blanchir les flux d’argent mobile à travers des prête-noms et des portefeuilles électroniques intraçables.
POURQUOI C’EST IMPORTANT
En ce mois de septembre 2026, l’expansion des cyberescroqueries au Cameroun et au Tchad est fondamentale car elle constitue une menace directe pour la paix sociale et la stabilité économique de deux nations majeures d’Afrique centrale. Réduire ces délits à des escroqueries ordinaires masquerait leur effet toxique sur les politiques de développement : en détournant l’image des programmes publics et des organisations humanitaires, ces criminels détruisent le lien de confiance entre les citoyens et les institutions républicaines.
Priver de ses économies une famille vivant déjà sous le seuil de pauvreté accentue le risque de basculement vers la grande délinquance, tandis que l’impunité transfrontalière nourrit l’économie informelle du crime organisé au détriment des efforts de bancarisation et de digitalisation monétaire de la zone CEMAC.
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Vers une coopération policière et technologique renforcée
L’endiguement de ce banditisme numérique exige un sursaut coordonné dépassant les seules déclarations de principe des services de sécurité.
Les recommandations formulées par les analystes convergent vers la mise en place d’une véritable alliance opérationnelle entre les services judiciaires camerounais et tchadiens, adossée aux mécanismes d’Afripol et d’Interpol pour intercepter les flux financiers frauduleux par-delà les frontières nationales. En parallèle, les opérateurs de téléphonie mobile et les plateformes de paiement électronique portent une responsabilité civile et technique majeure : l’identification rigoureuse et biométrique des cartes SIM, le blocage préventif des comptes émettant des volumes suspects de transferts fractionnés et le déploiement de campagnes massives d’éducation citoyenne constituent les remparts indispensables pour assainir l’espace numérique et protéger la dignité des populations vulnérables.



